Lyon
De notre correspondant
La bataille mémorielle n'est pas encore finie. La Fondation pour la mémoire de la guerre d'Algérie, des combats du Maroc et de la Tunisie sera installée dans quelques jours, le 19 octobre, par une cérémonie aux invalides à Paris, par le secrétaire d'Etat aux anciens combattants, Hubert Falco. Aussitôt après, son conseil d'administration se réunira et élira son président qui devrait àªtre l'homme d'affaires Claude Bébéar, selon ce qui avait été dit à l'Assemblée nationale, lors de la séance des questions au gouvernement, le 2 février 2010. Cette création, annoncée le 20 septembre dernier, fait suite à la loi du 23 février 2005 qui l'avait prévue. D'ailleurs, si l'attention s'était alors focalisée sur un alinéa concernant les bienfaits de la colonisation, le reste du texte était resté en l'état, et on n'a pas fini d'en mesurer toutes les conséquences.
En France, dit-on au secrétariat aux anciens combattants, «plusieurs Fondations mémorielles, consacrées notamment à l'histoire de la Seconde Guerre mondiale, existent déjà. Leur travail, unanimement reconnu, permet l'accès d'un large public à la compréhension d'une époque douloureuse». Bien que cette création ait suscité chez les historiens des interrogations et des critiques sur l'orientation de l'organisme, Hubert Falco continue d'avancer à contre-courant, estimant que la Fondation sera «au service de l'histoire, elle aura pour mission de faciliter l'accès du public aux archives, de favoriser les travaux scientifiques français et internationaux, et de transmettre la mémoire d'une période souvent mal connue».
On peut légitimement en douter, lorsqu'on sait que les membres fondateurs connus sont tous dans une vision franco-française, à savoir l'Union des blessés de la face et de la tête (les célèbres Gueules cassées qui, à l'origine, avaient été les bénéficiaires et l'argument solidaire pour créer en France la loterie nationale), la Fédération nationale André Maginot et le Souvenir français. Que du larmoyant autour des valeurs de la France éternelle. Sous les applaudissements des élus de la majorité présidentielle UMP, le secrétaire d'Etat avait déclaré à l'Assemblée nationale, en février dernier, en guise de miroir aux alouettes : «Cette fondation ne sera pas un instrument politique. Elle ne sera pas partisane. Elle n'est pas chargée d'écrire l'histoire de la guerre d'Algérie. Si cette dernière est au cœur du devoir de mémoire, en France, avec la fondation, chacun pourra venir déposer sa part de mémoire. Aujourd'hui, reconnaissons que cette mémoire génère encore une grande part d'ombre».
Sera-t-elle plus éclairée par la suite grâce aux effets de cette création ' On peut tout de même àªtre pour le moins dubitatif. Ne sera-t-elle pas plutôt chargée de réécrire l'histoire, selon la volonté des nostalgiques de l'Algérie française et de l'OAS ' Comment ne pas se poser une telle question, lorsqu'on a vécu la polémique insensée sur le film de Rachid Bouchareb Hors-la-loi qui «travestirait» l'histoire officielle française. Cette vision, au moment de Cannes et récemment encore lors de la sortie officielle, a largement été répercutée par les médias. Mais peut-être qu'en 2012, pour le cinquantenaire, la guerre sera-t-elle enfin finie pour de vrai…
On ne peut que l'espérer, surtout après l'arrestation vendredi sur la Côte d'Azur d'un extrémiste qui menaçait de faire sauter les cinémas qui projettent Hors-la-loi. Cet homme se présentait au nom du groupe Charles Martel, du nom du noble Franc qui avait «repoussé les Arabes» à Poitiers en 732, un groupe de triste mémoire dans les années 1970, lorsqu'il s'était manifesté pour des actions contre les Arabes, dans le sillage du premier choc pétrolier. Décidément, on tourne en rond.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Walid Mebarek
Source : www.elwatan.com