
Si Européens et Américains ont une approche des élections présidentielles liées à des intérêts commerciaux mais aussi sécuritaires, que dire du Qatar dont l'émir vient d'achever une visite de deux jours en Algérie.Les représentants de l'Emirat ont multiplié leurs allées et venues dans le pays ces dernières années. Et pour cause, «le président Bouteflika entretient des relations particulières avec ce pays qui l'a accueilli pendant sa traversée du désert», notait un expert en relations internationales. L'année dernière, les deux pays ont signé pas moins de huit accords de coopération et de partenariat dans les hydrocarbures, le transport et la sidérurgie. L'Emirat est engagé pour un important projet de complexe sidérurgique à Bellara et est le principal actionnaire à travers Qatar Telecom de Wataniya Telecom, propriétaire de l'opérateur mobile Ooredoo.Un bilan semestriel de l'année 2013 de l'Agence nationale de développement des investissements plaçait le Qatar comme premier en matière de déclarations d'investissement au premier semestre 2013 avec une part de 74,31% et un montant de 1,69 milliard d'euros. Entre 2010 et 2012, la monarchie représentait un flux d'investissements vers l'Algérie de plus de 700 millions d'euros, plus que tous les autres partenaires occidentaux. «Leur approche est guidée par l'intérêt économique. Les Qatariens ont fait quelques investissements en Algérie. Il est donc de leurs intérêts qu'il y ait un environnement propice pour qu'il n'y ait pas d'obstacles à leur projet d'investissement», estime Cherif Dris, docteur en sciences politiques. Dans une précédente interview à El Watan, le chercheur spécialiste du Qatar, Nabil Ennasri, expliquait l'intérêt économique du Qatar pour l'Algérie par le fait que l'émirat comme l'Algérie «est à la recherche d'une diversification de son économie à travers des investissements à l'étranger dans des pays qui offrent suffisamment d'opportunités et de stabilité dans ce contexte de crise économique et de remous politiques dans les pays arabes. Et l'Algérie est dans cette situation» justement.L'émirat ira-t-il jusqu'à soutenir la candidature du Président sortant à la prochaine élection ' L'ancien ambassadeur, Abdelaziz Rahabi, estime que les Qatariens «ne veulent pas s'impliquer. Ils sont plutôt favorables au statu quo» et d'ailleurs il n'a pas réellement d'intérêts économiques qui le pousseraient à le faire, explique-t-il. «Le Qatar est une puissance médiatique, pas une puissance économique. C'est aussi un allié des Etats-Unis, mais il n'a pas de rôle à jouer chez nous, à part ses capacités de nuisance qui sont les médias lourds». Pour Cherif Dris, le nouvel émir qui s'initie «aux rouages de la politique internationale et la diplomatie régionale» se veut «prudent». Une position qui est celle de l'émirat après le départ du cheikh Khalifa Al Tani sous l'ère duquel le Qatar était devenu «un acteur régional, en se positionnant notamment en faveur de la chute de certains régimes dans la région».Une prudence qui s'expliquerait peut-être aussi par les difficultés qu'il rencontre en ce moment au sein du CCG (Gulf Cooperation Council). Mais cette prudence ne signifie pas pour autant «un changement radical dans la politique étrangère du Qatar», pense notre interlocuteur.En tout état de cause, il «n'y a pas d'éléments solides pour dire si la venue de l'emir est un chèque en blanc donné au Président sortant et un soutien implicite au 4e mandat».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com