Un système syndical conforme au système politique
Quel nouvel ordre national interne voudraient instaurer les autorités compte tenu des entorses apportées au pluralisme syndical, au champ donc de l’action et la revendication syndicales, à l’action politique ou plutôt partisane dans un champ politique dont on ne sait même pas où il est réellement implanté? Il y a quand même à constater une grave violation de la constitution en ce sens que celle-ci reconnaît et consacre le pluralisme syndical alors que les pouvoirs publics n’ont d’yeux que pour l’organisation syndicale officielle. Cela pouvait apparaître relativement compréhensible quand les autorités avaient investi dans l’endiguement de l’influence du SIT que nombre d’observateurs prévoyaient comme capable de noyauter les syndicats autonomes. Mais en est-ce encore le cas aujourd’hui?Nous sommes dans une situation où les syndicats autonomes se sont trouvés forcés à recourir à l’organisation des grèves pour arracher leur légitimité et négocier une paix sociale durable qui tiendrait compte des inquiétudes des populations au vu de la grave dérive des prix dans un contexte où la faiblesse du niveau d’évolution des salaires contribue à tirer le pouvoir d’achat vers le bas.
Un dilemme pour le pouvoir. Faudrait-il continuer à pratiquer la politique de l’autruche, c’est-à-dire refuser de voir la réalité ou en prendre compte et ainsi pouvoir mieux réunir les conditions de l’instauration d’une paix sociale?
Il est évident que le système syndical mis en place -ou plutôt reconnu par les pouvoirs publics- reste en conformité avec le système politique basé sur le fait que l’Alliance réagit comme un parti unique, au quart de tour selon les sollicitations du pouvoir.
Une fois de plus, il est apparu que les partis au pouvoir n’ont aucune influence «températrice» sur les mouvements sociaux, ce qui conforte la thèse que tout est en réalité fictif, aussi bien les audiences dont ils se revendiquent que celle que posséderait l’UGTA qui est d’ailleurs une organisation de masse dont l’appareil est conjointement dirigé par le FLN et par le RND, cela selon les appréciations, de tous les observateurs, déjà exprimées à travers la presse.
Il faut bien le constater. L’Algérie ne se donne ni les moyens de s’engager réellement sur la voie de la démocratie -celle-ci étant à approcher selon la vision occidentale car il n’y a que ce modèle qui peut servir de référence, à moins de créer une démocratie spécifique-, ni ceux qui permettront de s’engager sur la voie de la théocratie, ni même ceux de s’engager sur la voie de la dictature, celle-ci étant contrariée par les forces de la violence qui créent pratiquement, sous intimidation, des zones où elles exercent leurs lois.
Le pouvoir se dit qu’il n’est pas prêt pour ouvrir le champ politique, pas prêt pour ouvrir le champ syndical, ni celui des médias. Quel ordre nouveau? Il ne s’agit pas d’une recherche tâtonnante de solutions à une équation politique, ni de chercher à obtenir un consensus sur les éléments constitutifs d’un nouvel ordre national interne, ni encore de continuer à se heurter à la difficulté de cerner de nouveaux repères pour une société dont des couches entières ont paru n’avoir pas évolué en cohérence. Le pouvoir sait très bien ce qu’il veut et agit progressivement en conséquence, sans se précipiter puisque tout a été programmé depuis longtemps. Il n’y a que ceux qui n’y ont rien compris qui soutiennent que le pouvoir fait dans la navigation à vue.
Rochdi Ould Yahia
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com