Photo : M. Hacène
Par Samir Azzoug
«Je ne vote que pendant les élections locales». Rabah, la soixantaine bien entamée, scrute attentivement les quelques affiches collées sans grands égards sur les panneaux dédiés à la campagne électorale au centre de la commune de Sidi Moussa. «Je reconnais la plupart de ces candidats. Nombre d'entre eux sont des incapables, il y a même des marginaux, mais cela me fait plaisir qu'il y ait quelques personnes respectables, compétentes et intègres qui participent à cette élection», commente-t-il en désignant des profils jugés dignes de la tâche à laquelle ils aspirent. Sidi Moussa, la commune marginalisée de 45 000 habitants, que même l'Entreprise des transports urbains et suburbains d'Alger (Etusa) boude, vit aussi sa campagne électorale pour les locales. Neuf listes de candidats pour les communales et seize pour l'élection de l'Assemblée de wilaya sont présentées aux quelque 30 000 électeurs résidents.
«Je suis content de voir autant de candidates sur les listes. C'est une révolution pour cette commune qui reste rurale et conservatrice», fait remarquer Mohamed, jeune fonctionnaire dynamique. Une dizaine de jours après le lancement tardif de la campagne électorale, les partis politiques en lice pour l'Assemblée communale de Sidi Moussa ont loué des locaux dans les principales artères de ce qui continue à se faire appeler le «village» (el bilage) pour installer leurs permanences. Drapeaux, accessoires et affiches ornent désormais ses allées donnant une impression de kermesse à cette localité trop souvent assoupie, hormis son trafic routier intense. En cette journée de lundi pluvieux, il n'y a pas foule devant les panneaux d'affichage ni au niveau des permanences, mais est-ce à dire que les résidents ne s'intéressent pas aux prochaines échéances électorales ' Même si le discours ambiant reste empreint de scepticisme, de rejet parfois atteignant les cimes de l'ironie mêlée de colère, il est notable que les discussions sur le sujet, alimentent souvent les conversations. «T'as vu ! untel s'est présenté aux élections» entend-on souvent. La particularité des élections locales, de par la proximité des candidats ne laisse pas indifférent. La coloration politique et les programmes pèsent moins que les rapports sociaux des personnes mises en avant. «Je connais ce candidat. Oulid Houma (c'est un voisin). C'est un gars bien, je pense qu'il a menti un peu sur son diplôme, mais c'est un fils de bonne famille», atteste Mourad derrière son comptoir d'alimentation générale. Ce dernier se dit harcelé par des «rabatteurs, des jeunes que je connais», mobilisés par certaines formations politiques pour influencer les potentiels électeurs. «Je n'y crois pas tellement à ces élections, mais j'espère que les futurs élus travaillent vraiment dans l'intérêt de la commune», poursuit Mourad reflétant ainsi un dilemme purement algérien : déception et espoir, nihilisme et attentes. «La campagne a démarré en retard et lentement (d'ailleurs presque toutes les permanences politiques attendaient encore de recevoir les imprimés de leurs programmes). La journée, c'est très calme. Mais le soir ou les week-ends, des curieux ou d'autres citoyens qu'on connait viennent discuter avec nous. Certains, juste pour rigoler un peu. D'autres demandent le programme et questionnent sur les candidats inscrits», raconte un jeune permanencier. L'intérêt que portent les résidents de Sidi Moussa à la campagne électorale n'est pas perceptible à l''il nu. On ne s'agglutine pas autour des panneaux d'affichage, on n'encombre pas non plus les permanences de la propagande partisane' mais on en discute et beaucoup. C'est cette forme d'intérêt que les partis devraient savoir exploiter. Malheureusement, malgré les nombreux locaux loués par les prétendants à l'APC, les jeunes femmes et hommes assurant les permanences (sans remettre en cause leurs motivations), restent des «bleus» en terme de discours et d'argumentation politiques. Ces locaux font plus office de «show room» partisans où les photos du chef du parti et de la tête de liste semblent être les seuls faire-valoir. Mais, ne désespérons pas, la campagne électorale a encore de longs jours devant elle. Et une dynamique plus intelligente se doit d'être impulsée. Car l'enjeu reste encore de faire déplacer les électeurs vers les huit centres et 69 bureaux de vote prévus pour le 29 novembre 2012. Et plus encore, faire émerger l'une des 57 communes de la wilaya d'Alger, riche par son agriculture et sa zone industrielle de plus de 160 hectares, de sa torpeur. Elle qui fut un hameau en 1853, et se trouve à moins de 25 km de la présidence de la République, elle doit maintenant sortir de sa ruralité'
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S A
Source : www.latribune-online.com