
Des multiples problèmes qui attisent la crise du logement dans la capitale, il y a celui-là qui ne relève pas des considérations matérielles, financières ou bureaucratiques, pour prodiguer le produit et le mettre à la disposition des citoyens. Il est, pour ainsi dire, en fin du parcours locatif, qui tient plutôt d'un comportement général d'une certaine catégorie de la population de la capitale, et elle est nombreuse, qui réside dans la wilaya d'Alger et ses périphéries, chez beaucoup depuis longtemps, mais pour la plupart dans un cadre particulier, celui du travail ou celui de l'exercice d'une profession particulière. Mais qui détiennent un ou plusieurs logements à l'intérieur du pays, en province comme on dit, mais vers qui ils ne se rendent pas s'installer après la retraite ou la fin du contrat de travail.Dans tous les pays du monde, où les communautés possèdent le minimum d'organisation dans les mouvements de la cité et les occupations des lieux, dans la durée et dans l'espace, selon les besoins des uns et des autres, les individus qui logent dans la capitale de leur pays pour la nécessité du travail, ne considèrent pas leur existence dans son ensemble comme immuablement attachée à cette cité. Dès la retraite ou au lendemain du terme du contrat de travail, la grande majorité prend le chemin de la contrée d'origine en libérant une masse énorme de logements à pourvoir. Certains se trouvent retenus par la nécessité d'une présence permanente pour cause de commerce, d'investissement à long terme ou de lien familial impossible à rompre, mais quasiment le gros des «migrants» dans la capitale n'y demeure pas après la période accordée au travail, quelle que soit la durée du contrat.En Algérie, la capitale possède une signification surdéterminée, dans tous les sens du terme. Ce n'est pas seulement une ville qui donne du travail et de l'habitation, dans laquelle on trouve de quoi acheter à manger, à se vêtir, à se cultiver et à se distraire ?quand bien même les responsables de cette question ne font pas de gros efforts pour orienter les activités de culture et d'animation vers les villes de l'intérieur? mais une cité qui représente le pouvoir et ses attributs. Sa symbolique et son mythe aussi. De même que le citoyen est entouré par les divers ministères et autres grandes institutions de l'Etat, qu'il ressent comme une extraordinaire force de protection, il est en permanence comme dorloté dans cette conscience commune qui lui fait miroiter la primauté en teneur dans la valeur nationaliste, voire patriotique ?Le Vent des Aurès ou La Nuit a peur du Soleil ne pèsent pas lourd devant La Bataille d'Alger, dans l'imaginaire collectif des citoyens acquis psychologiquement à la capitale. La mentalité de la cité d'Alger comme conquête est toujours présente dans l'esprit des générations, au point où on considère comme acte d'abandon ou de lâcheté le fait de quitter définitivement la capitale pour aller s'établir dans ses biens ailleurs ; il est courant de voir les retraités ou les commerçants et les travailleurs dans le circuit des professions libérables, bâtir confortablement dans le patelin d'origine, au «bled», pour dire les choses dans les termes communs, mais ne pas les occuper et rester à Alger, même dans un F3 haussmannien ou dans un huitième étage de l'Aadl.Les statistiques viables ne sont pas disponibles pour exprimer des chiffres qui renseigneraient sur le manque à gagner de logements à ventiler parmi les citoyens demandeurs, concernant ce problème des contribuables, détenant des logements hors de la capitale-souvent pour leurs progénitures aussi- toutefois le fait est là, qui peut être démontré par les investigations administratives les plus simples. Dans le même élan, il n'est pas difficile de distinguer ces nombreux citoyens, souvent sans relation de travail dans la wilaya d'Alger, qui se font aider dans le cadre de l'aide au logement rural dans les wilayas d'origine et en même temps de faire des demandes de logement dans la capitale.Cette entrave, visible à l'?il nu ou pas, a une dimension chiffrée, qui peut être par milliers ou dix fois plus, mais elle est illégale, voire criminelle, lorsque un grand nombre de citoyens travailleurs, parmi les jeunes mariés, surtout, sacrifie en nourriture, en habillement, en confort, en soins souvent, pour louer très cher et qui regardent les années passer, avec elles le désespoir du chez-soi. Ces citoyens viennent peut-être d'une autre région de l'Algérie, parce que le travail les appelle, un travail légitime et honnête. Et cela suffit pour qu'ils aient droit au logement. Pour le reste, c'est une question de conscience, bonne ou mauvaise.N. B.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadir Bacha
Source : www.latribune-online.com