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Le diktat des maquignons spéculateurs conjoncturels



Le diktat des maquignons spéculateurs conjoncturels
Ils en veulent pour preuve les coûts de l'engraissement de leurs bêtes. «Pour rendre les moutons de taille marchande cela demande beaucoup d'efforts, de sacrifices et de courage», diront-ils. Et à ceux qui les rendent responsable de la cherté de l'ovin ils rétorquent tous à l'unanimité : «Nous leur demandons de venir partager pendant au moins 10 jours notre quotidien s'ils veulent en savoir un peu plus sur l'une des raisons qui a rendu le prix du mouton sur pied aussi élevé.» Ils expliquent qu'avec un coût à la production qui ne cesse de s'élever, le prix du mouton sur pied ne peut que suivre la même tendance. Ce que nous ont confirmé des experts en production animale et d'autres vétérinaires qui ont travaillé pendant des années dans les régions à vocation agropastorale. À la question de savoir pourquoi le mouton est de plus en plus cher chez nous, un de ces spécialistes, qui occupe actuellement le poste de responsable vétérinaire au niveau de la Société Latraco, une filiale de la SGP Proda, implanté dans la localité de Birtouta (banlieue ouest d'Alger), que nous avons rencontré sur son lieu de travail, lundi dernier, évoquera également les coûts de production. «C'est en grande partie à cause du coût de revient à la production qui est de plus en plus élevé. Il faut savoir aussi que les éleveurs transhumant, ceux-là même qui fournissent en grande partie le marché de la viande ovine, travaillent durement et sans relâche afin de rentrer dans leurs frais et espérer tirer quelques dividendes de leur activité», dira le Dr Mouloud Bakir. «Beaucoup de nos concitoyens croient que les éleveurs de la steppe roulent sur l'or alors que c'est tout à fait le contraire. Dans leur majorité, les gains qu'ils arrivent à enregistrer s'amenuisent de plus en plus ces dernières années car leur dépenses ne cessent de croître», ajoutera le vétérinaire.Détaillant, à notre demande, les dépenses auxquelles doivent faire face ces éleveurs, le Dr Bakir citera en premier lieu la rareté des terres de parcours qui leur sont autorisées pour faire paître leurs troupeaux. Cette diminution des surfaces de pacage autorisées est, selon le Haut commissariat à la steppe, la conséquence directe du surpâturage observé ces dernières années. Aussi, les éleveurs se retrouvent-ils contraints de déplacer leurs troupeaux sur de longues distances pour trouver le couvert végétal nécessaire pour les besoins d'engraissement de leurs cheptels. Et ces déplacements coûtent chers.Une autre dépense est imposée par la météo. «Parfois, les éleveurs devant le risque de sécheresse, phénomène récurent dans cette partie du pays, se retrouvent obligés d'acheter des compléments d'aliments, à savoir de l'orge, qui leur est nécessaire pour la bonne croissance de leurs moutons. Mais l'orge est sous le diktat de spéculateurs qui la propose à des prix que les éleveurs estiment exorbitant», nous a souligné le vétérinaire de Latraco. «En faisant la somme de tous ces paramètres, c'est-à-dire la pénibilité du travaille, les dépenses inhérentes aux besoins de déplacements pour trouver les bons pacages, la cherté de l'aliment du bétail, le coût de revient à la production par tête de mouton, on peut facilement se faire une idée sur la fourchette du prix de revient de la viande ovine», conclut le Dr Bakir.Toujours à propos de cette fourchette, on apprendra du président de la filière ovine, qui est intervenu sur une chaîne de télévision privée, que le prix qu'il juge raisonnable pour les éleveurs est 1 200 DA le kilogramme. A ce prix, un mouton sur pied de 20 kg sera vendu par l'éleveur à pas moins de 24 000 dinars. Mais sur le marché, après avoir sillonné de nombreux grands points de vente de mérinos aux alentours de la capitale, on relèvera que les prix pratiqués dans ces lieux ne correspondent nullement au prix de référence avancé par le président de la filière. Comme si tous les vendeurs s'étaient donné le mot, le mouton d'à peu près 20 kg est cédé à pas moins de 40 000 DA. On peut admettre un écart plafond de 5 000 DA, mais afficher un écart de 12 000 DA, ce n'est plus du commerce, mais de la spéculation à grande échelle. Et il faut reconnaître que les éleveurs ne sont nullement responsables de la cherté du mouton. Les vrais et seuls responsables sont ces opportunistes avides de gain rapide et qui font monter le prix du mouton. Des personnes sans scrupules, mais possédant suffisamment de fonds pour faire main-basse sur les marchés à bestiaux ou aller s'approvisionner directement chez les éleveurs et ramener les bêtes vers les points de ventes pour en tirer un maximum de profit. C'est la combine des maquignons conjoncturels. Encouragés par l'absence flagrante de régulation et par les dysfonctionnements du marché de la viande, où il est devenu difficile de déterminer qui fait quoi, ils imposent leurs prix, sans se faucher l'herbe sous les pieds. Personne ne casse les prix. Ils sont tous du même bord, et ils «s'entendent» pour faire raquer le consommateur. Dès lors on peut se demander quand un tel désordre va-t-il cesser car il y va de la survie de toute une filière. Et avertira un gros éleveur lors d'une réunion de travail : «Il ne faudra pas s'étonner à ce que le prix du kilogramme de viande de mouton local atteigne, à moyen terme, les 5 000 DA si la situation ne change pas, autant dans la filière que dans le circuit de la commercialisation». Un scénario qu'exclut le ministère de tutelle car misant sur l'entrée en production des trois grands complexes de viandes rouges implantés dans les zones d'élevages du pays.Z. A.


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