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Le dernier sacrifice d'un papa…à l'ENA



Le dernier sacrifice d'un papa…à l'ENA
Très tôt, bien avant la naissance de l'aube, du rêve et de l'ambition, il prenait la route. Il n'avait pour accompagnateur et intime copain que son fils, son avenir et quelques sourates psalmodiées d'un CD mal gravé. Bruine aidant, le brouillard envahissait tous les horizons ne laissant aux premières lueurs qu'un infime couloir entre-nuages. Un concours d'entrée à la prestigieuse Ecole nationale d'administration attendait son enfant.Tout couronné de la trajectoire heureuse qu'avait empruntée son fils, seul signe de puissance extérieure parmi le dénuement qui l'étouffe, ce père communard allait conquérir Alger et ses embouteillages. Mais le pire des embouteillages n'est pas observable dans les longues files d'automobilistes mais bel et bien dans cette société inique, partiale et inégale. Société qui castre la décence et humilie la bravoure. Il voulait accompagner son fils à ce concours de l'ENA.Concours de circonstances ou circonstances concourant, il ne pourra voir l'apothéose qu'il croyait enfin la mettre telle une auréole ceignant la tête de son chérubin.Lui, l'employé de la commune, ce socle basique où viennent s'exprimer toutes les douleurs citoyennes, savait ce que donnait la résonance de ce sigle trinitaire. Une fabrique des cadres de demain. Il savait qu'il allait le mettre sur un chemin pouvant le faire grimper les hautes marches du pouvoir. Pour certains cela parait vrai. Pour d'autres c'est l'illusion qui l'emporte sur l'amère réalité. Et il ne reste possible que la résignation ou l'exil. Il y a toujours dans un atelier de manufacture les contrôleurs disons de qualité. Ceux qui sont censés apposer sur le produit le label de conformité pour le destiner à tel ou tel emplacement. Ainsi il y a le stock, il y a la vitrine. Ceux qui iront garnir les bureaux perdus et obscurcis, et ceux qui se prédestinent à des administrations calfeutrées, capitonnées et jonchées d'exultation et de charme. Le sort de chacun n'est parfois pas de l'exclusivité divine, une main comme, dit-on, est nécessaire pour chatouiller le destin. Dans ce pays les poids ont eu toujours deux ou plusieurs mesures. C'est selon le coefficient d'utilité marginale. Selon le degré de parrainage.L'homme qui quittait son patelin d'El Abadia (ex- Carnot) fixé dans les confins de la wilaya d'Aïn-Defla n'avait pour finalité que de voir un jour son fils, cet étendard masculin et lettré de surcroît, obtenir un morceau de soleil de ce si grand et généreux pays. Il n'avait pas un chauffeur pour son dépôt ou pour vaquer à ses multiples et insatisfaits besoins. Il savait le pauvre que sans la bénédiction des Saints vivants ayant pignon sur la vie et les carrières des gens, son fils ne remplira pas la case vide qui lui faisait défaut. Avoir du mérite et de la considération. Car dans ces contrées-là, ne pas avoir le sou et les épaules vous réduit à néant et vous rend négligeable et insignifiant.Aussitôt arrivé, aussitôt ébloui, le papa rencontrait la providence au seuil de l'Ecole. Ses jours s'arrêtaient là où sa carrière professionnelle finassait pour espérer à son fils la continuation. Il est mort au portail. Pris de malaise, d'angoisse, d'inquiétude, de félicité ' Le père venait d'accomplir instantanément son dernier sacrifice. Il offrait l'unique propriété dont il a la charge, son souffle en contrepartie d'un devoir final à exécuter. Le voir franchir le seuil de l'Ecole et mourir. Ainsi fut-il. Que Dieu ait son âme !
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