Comme leur nom ne l'indique pas, les gardes champêtres étaient, au lendemain de l'indépendance et jusqu'au début des années soixante-dix, des gardes armés dépendant directement du président de l'APC et dont le rôle était de veiller sur tous les biens communaux ainsi qu'à l'application des lois relatives à la vie en société. Ils étaient habilités à dresser des procès-verbaux que le P/APC en sa qualité d'officier de police judiciaire pouvait présenter à la justice. Personne, durant ces temps bénis de tous, n'osait creuser ne serait-ce qu'un petit trou dans la chaussée sans autorisation et sans remise en l'état. Aucun enfant ou adulte ne pouvait toucher une fleur du jardin public ou même enlever une feuille d'un arbre planté sur le trottoir. Aucun habitant ne pouvait sortir sa poubelle en retard ou très à l'avance par rapport au passage des éboueurs, ni les cafetiers, ni les commerçants ne pouvaient occuper même une infime partie du trottoir attenant à leurs magasins. Les enfants regardaient à deux fois avant de traverser ailleurs qu'au passage protégé, et même les adultes étaient vite rappelés à l'ordre. En outre, les propriétaires d'engins à chenilles prenaient toutes les précautions en traversant la chaussée et gare à celui qui la dégradait, même sur une infime partie. Les gardes champêtres de l'après indépendance connaissaient tout sur tout le monde, ce sont eux qui indiquaient qui était pauvre et devait recevoir l'aide de l'Etat via le Croissant-Rouge algérien. Ils avaient leur mot à dire sur tout ce qui touchait la vie de la commune. Au niveau des marchés, les étals ne débordaient jamais au-delà de la surface appropriée et personne ne jetait les détritus et les légumes ou les fruits pourris sous ses pieds pour les abandonner ainsi et rendre le marché impraticable comme de nos jours. Nous pourrions écrire plusieurs pages du journal sur ce que les gens -nous autres- ne faisaient pas car se sachant surveillés par des gens intègres et incorruptibles qui faisaient leur travail par amour de leur pays. D'ailleurs ces gardes champêtres étaient tous d'anciens moudjahidine qui gagnaient ainsi leur vie, en continuant avec la même abnégation à le défendre contre toute atteinte, de quel que côté qu'elle vienne. Mais actuellement, toutes ces valeurs ont disparu. C'est comme si l'Algérien se vengeait de lui-même, car, que dire de celui qui dégrade sans aucune gêne la route sur laquelle il circule, ou de celui qui vient garer sa voiture sur le trottoir, obligeant peut-être son propre fils à marcher sur la chaussée avec tous les risques qu'il encourt, ou encore de ce marchand qui coupe les «queues» (en trop) des légumes après les avoir pesées, et qui les jette juste sous ses pieds, emportant ensuite sa marchandise et laissant le sol plein de restes nauséabonds et glissants, obligeant les éboueurs à faire des heures supplémentaires. Ils sont nombreux, les citoyens qui regrettent ces temps et qui souhaitent vivement le retour de ces hommes qui veillaient si bien au bien-être de tous.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : T M
Source : www.lequotidien-oran.com