Naïma n'aura pas sa demi-journée demain. Le 8 mars «est tombé» un vendredi et le vendredi est un jour de repos «normal» pour elle, puisque c'est le début du week-end «semi-universel».
Elle aura plus de temps pour déambuler avec ses copines et ses deux filles dans la rue Didouche, roses en main et sourire en bandoulière. Mais la demi- journée que lui concède chaque année son patron va lui manquer, elle sait que c'est toujours ça de' perdu.
Si le patron n'a pas la présence d'esprit de «devancer l'événement» en offrant aujourd'hui, à elle et à toutes ses collègues, le «bouquet traditionnel», ce sera aussi perdu, puisque demain elle ne passera pas la matinée au bureau à attendre la sonnerie de midi pour aller à «sa» fête.
Mais le bouquet, elle s'en moque un peu. Des fleurs offertes dans un cadre professionnel, ça manque terriblement de chaleur. Distribuées comme des sandwiches par un agent de service qui fait le tour des bureaux, ça ne l'a jamais émue outre mesure.
Mais la demi-journée, ça, c'est une perte sèche. «Même le calendrier est contre les femmes», a-t-elle tenté de plaisanter intérieurement, mais finalement, ça ne l'a pas vraiment fait rire.
Naïma ne sait pas si le fait de sortir vendredi pour arpenter la rue Didouche, le bouquet en main et le sourire en bandoulière sera une nouveauté agréable ou une mauvaise surprise. Ça fait longtemps qu'elle n'a pas mis les pieds dehors un tel jour dont elle a oublié les couleurs.
Elle n'est pas très sûre que le vendredi a des couleurs mais son mari à qui il arrive d'aller à la pêche lui a raconté que le blanc des qamis est dominant.
Du coup, elle a voulu savoir si le blanc des qamis est le même que celui d'Alger la blanche, mais tous ceux à qui elle a posé la question ont eu peur de répondre.
Naïma, elle, n'a pas peur de sortir en raison des couleurs mais en raison du vide. C'est aussi son mari qui lui a raconté que la ville était déserte vendredi.
Il lui avait dit ça un vendredi matin quand il a voulu vérifier s'il y avait suffisamment de pain pour qu'il prenne une baguette avec lui en allant à la pêche.
Naïma est toujours sortie le 8 mars, elle ne sait pas vraiment pourquoi, mais elle sort. Elle n'aime pas Cheb Yazid mais elle adore les roses et les sourires.
Elle sait que les fleuristes vont travailler demain parce que c'est leur journée' d'affaires, mais elle est presque sûre que les sourires masculins vont rester à la maison.
Les hommes aiment bien voir les femmes dans la rue mais pas au point de sortir le vendredi. Un 8 mars un vendredi, ça suscite tellement de questions' Alors Naïma s'est demandé si quelque chose ne va pas changer.
Il paraît que Cheb Yazid ne va pas chanter mais elle s'en fiche, elle n'a jamais été à ses concerts. Il paraît qu'il y aura moins de femmes dans la rue en raison du vide et des couleurs, mais elle reste optimiste.
Il paraît que cette fois-ci, il y a des femmes qui préparent quelque chose de «spécial», mais elle ne sait pas quoi. Naïma n'est pas une militante, mais elle se sent femme.
Du coup, elle s'est demandé ce que peut bien faire une femme comme elle un 8 mars qui «tombe» un vendredi. Alors elle a pris son portable et elle a appelé les militantes qu'elle connaît.
Elle a toujours pensé qu'elles ont réponse à tout, celles-là. Comme aucune d'entre elles n'a répondu, Naïma a eu cette idée : pourquoi n'irait-elle pas à la pêche avec son mari '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Le Temps d'Algérie
Source : www.letempsdz.com