Alger - A la une

La vie



La vie
«Une vie sans émotion est une vie perdue.» Roger Fournier
En été, la poussière, les odeurs d'égout et celles des ordures qui empuantissent l'air chargé de certains quartiers populaires vous rappellent que vous vivez bien dans ce pays privilégié qui dort sur un matelas de 200 milliards de dollars mais que l'écrasante majorité des enfants rêvent de quitter au plus vite. En hiver, c'est la boue, les inondations, les routes impraticables qui dénoncent l'incompétence des services chargés de la voirie ou de l'entretien des voies de communication.
Il faut avoir vécu peu ou prou dans un autre pays pour évaluer le décalage (pas seulement horaire!) entre le mode de vie d'ici et la façon de vivre de là-bas. Le jeune homme qui pose le pied pour la première fois sur un de ces sols bénits où la démocratie n'est pas un vain mot, est abasourdi par l'aisance et la sensation de liberté qu'il éprouve. S'il n'y avait pas le problème d'argent, il se sentirait aussi léger qu'un papillon au mois de mai.
D'abord, il n'est qu'un élément dans une foule bigarrée où chacun vaque à ses propres affaires sans s'occuper du voisin, du collatéral. Les différences de costumes, les accoutrements divers n'attirent plus l'oeil dans ces villes cosmopolites où tout le monde donne l'impression de vivre sur un nuage, où la grande majorité des gens songe plus à profiter de ce court segment de temps qu'on appelle «la vie» qu'à surveiller le voisin ou à «bouffer» des yeux celui qui est installé en face dans une salle d'attente ou dans un transport public. Ah! les transports publics! C'est là où le bât blesse dès que l'on a goûté au bus, au métro, au RER ou au bateau-mouche avant d'emprunter le train onze sur les grands boulevards.
La régularité des véhicules, le confort, le silence ouaté des pneus qui glissent sur voies. On se sent tout petit! Quand on pense à la promiscuité dans les épaves roulantes entre Alger et sa banlieue (non traversée par l'autorail bien sûr), on pense à la condescendance du receveur bien dans sa peau de voyou, à la nonchalance des conducteurs ou au mépris total qu'ils expriment envers «la marchandise» qu'il transporte et qui émet de temps à autre de timides protestations, mais les différences ne s'arrêtent pas là: le sentiment de sécurité s'accroît avec la propreté des rues. Vous ne verrez jamais là-bas un camion-benne emprunter à 13 heures de l'après-midi une chaussée rétrécie par un chantier à l'abandon et le stationnement abusif de véhicules de livraison qui se succèdent toute la journée au vu et au su des agents de l'ordre dont les véhicules sont soumis aux mêmes embarras...Mais la différence frappante entre ici et là-bas, ce sont les cafés, bars et restaurants qui offrent de magnifiques terrasses aux promeneurs fatigués et peu portés sur les jardins et parcs où les gens de tout âge, las de l'enfermement des appartements, viennent goûter l'air frais et les caresses des rayons du soleil.
Les terrasses de café sont les endroits privilégiés pour la discussion, les échanges d'idées ou l'observation de la société, à travers les passants pressés ou traînant le pas. Je n'oserai pas parler de la décision imbécile que vient de prendre un «élu» communal qui interdit la projection de films dans un cinéma qui porte un nom révolutionnaire et qui a été restauré à grands frais.
Dans un pays où les bars fort rares sont de plus en plus réduits à des bouis-bouis, où les terrasses sont supprimées purement et simplement, où de nombreux lieux de convivialité sont transformés en fast-foods, la société tourne le dos au tourisme populaire et tout simplement à la vie.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)