«Les frontières séparent,
les douanes rapprochent». Tel est le slogan quasi poétique sous lequel l'OMD
tend à célébrer sa journée internationale le 26 janvier de chaque année. Alger,
avec ses proses et ses vers, était à Tamanrasset.
Tamanrasset se
perche à l'embarquement comme un long périple. L'idée d'y être suscite déjà
l'envie de ne plus repartir. A 2780 mètres d'altitude dans le majestueux
plateau de l'Assekrem le vent glacial soufflait à petites doses sur les moines
qui y vivent encore. Le père Foucauld fondateur de cette confrérie en 1905 y a
élit refuge. Le givre matinal ne se différencie point de celui qui gèle
l'asphalte dans les piedmonts du Nord. Une spiritualité inavouée inspire l'âme
et détend les méninges cervicales. La vie, ici demeure toujours en attente de se
poursuivre dans un ailleurs qui ne finit jamais. L'air s'abstient de
s'identifier à ceux qui se sont font un supplice de couvrir les cieux du Nord.
Il est doux et gentil. Anesthésiant les allergies, il commissionne la vitalité
et la fait succéder à l'atrophie. La ville des hommes bleus n'est plus ce
qu'elle fut. Un hameau paisible et empli de quiétude. Elle est devenue un
ensemble d'artères laissant l'écoute aux vrombissements des moteurs mazoutés.
La ville étrangle la féerie de toute la région. L'évolution sociétale à un
trait identique à ce qui se passe sous d'autres horizons nationaux et vous
confirme l'existence dans un esprit pur algérien.
Les chiffres
avancés là ne pouvaient se contenir dans la «vasteté» du territoire. Les
nuances qu'offrait le relief dans les rapports officiels que dans la tête des
citadins ne semblaient pas obéir à une palette de maitre. La couleur y était
ocre et rougeâtre. Alger était là pour surélever la vision de l'autochtone qui,
lui n'entrevoyait dans la loi qu'une sacralisation de sa quotidienneté. C'est
l'habitude séculaire qui faisait office d'un code non écrit. Les savantes
interventions de spécialistes voulaient dépoussiérer un peu les plis tassés de
vieilles lois en bute à l'évolution de la pratique. Le commerce dans son sens
ne pouvait être une cohérence expresse de dispositions et de cahiers de charges
farcis de marque de fabrique, de label ou de marques déposées. Il ne se
confinait qu'en une et unique opération atavique. Le troc. Echanger une valeur
contre une autre quel que soit son volume, sa morphologie ou son utilité
marginale. Là, l'économie est censée se faire loin de l'arène de Zighoud Youcef
ou de l'hémicycle aux mains toutes levées. Elle se pratique à l'honneur, au
nif. La parole paraphe la transaction et ratifie l'accord conclu. Le meilleur
tribunal en cas de conflit n'a pas d'infrastructures judiciaires. Une tente, un
regroupement une tasse de thé ; la résolution est vite trouvée.
La douane ne doit
plus exprimer l'icône d'une barrière. Elle célèbre sa journée internationale
dans une statistique dénombrée favorisant l'ouverture et cédant le pas à la
fluidité des flux et des reflux. La frontière définie longtemps comme domicile
principal de prédilection pour ces institutions étatiques, a connu au fil de la
mutation humaine de nouvelles définitions. Du démantèlement des clôtures et
débroussaillement des mentalités, l'armée des gapians et des gabelous en a fait
une virginité. La frontière n'est plus un mur ni une nationalité. Elle est
certes «un tracé physique, délimité et bien borné» qui estampille la
souveraineté territoriale d'un Etat, sans qu'elle ne soit bornée à l'émeri. Les
plus lourdes bordures subsistent dans les écritures légales. Elle devait, cette
frontière se contenir dans un accord et dans la chaleur d'une main à serrer de
part et d'autre. Ainsi le besoin universel de transcender le contrôle négatif
en une amitié commerciale saine et utile, allait se faire dans l'échange et la
mutualité. Des experts venus de la métropole tentaient de dénouer l'écheveau du
maquis réglementaire forcé à s'absoudre dans une pratique que seule l'histoire
en sait déboucler. Le troc dans la région est comme une réunion de famille. La
douane en organisant un tel regroupement l'aurait bien compris. Le souk aux
milles marchandises étalées donnait la force sensationnelle de se transposer
par enchantement dans l'une des scènes d'un Baghdâd évaporé ou d'un Nadjaf
disparu. La sobriété des marchands laissait entrevoir une convivialité qui ne
peut se sceller qu'avec la prise d'un verre de thé pourtant made in china. Les
épices, les ingrédients exotiques fusionnaient en leurs couleurs disparates
avec le vif éclat des étoffes et tissus bariolés. Les animaux vivants, les
viandes séchées, les rameaux d'ail et de piments rouges peignaient avec
beaucoup d'ardeur l'espace de l'offre et de la demande. Dans le marché on y
gouttait la vie tout en étant à pied. Radieux, l'homme de Tamanrasset et son
voisin de négoce démontrent aux badauds plus qu'aux clients occasionnels l'art
d'un marketing original. Le sourire et l'amabilité. L'hostilité nordique est
vite écrasée par ce sens humain. La loi nationale devait tenir compte,
affirmaient les séminaristes de cette manifestation pérenne dans son
originalité.
L'Algérie avec
ses milliers de périmètres garde toutes ses barrières dans son plan de
modernisation, qui fait de la surveillance, non pas une entrave mais une
assistance. Ses quantièmes, son CNIS, ses logiques sont moulés à la forme
universelle. Pour preuve, l'Organisation Mondiale des Douanes a retenu Alger
pour faire une conférence de recherche le 5 et 6 mars 2012 sur les usages de la
quantification dans les administrations fiscales et douanières des pays en
développement et émergents «La quantification est avancée comme une solution
appropriée pour réguler les rapports des fonctionnaires en interne et avec
l'extérieur de leur administration. Qu'il s'agisse d'atteindre un niveau
optimal de recettes, d'améliorer l'efficacité des contrôles, de renforcer
l'autorité politique et le contrôle hiérarchique interne, d'améliorer le
rapport aux différents types d'usagers, la quantification est perçue comme une
technique administrative vecteur d'objectivité».
Ces
administrations perdurent à recadrer leurs missions classiques de détroit
filtrant toute transaction accomplie ou à accomplir dans l'acte du mouvement
international en une harmonie de passage et de traitement. Les Douanes ne
constituent plus une particule du reste du monde. Dans la conjoncture mondiale
actuelle régie par la puissance économique le seul desideratum de l'Etat
n'arrive plus à profiler à lui seul le rôle que doit avoir sa douane nationale.
L'institution douanière dans un Etat continue à être outre l'instrument
régulateur qu'il fut, mais un élément fédérateur de toutes les politiques de
commerce transnationales. Ainsi les douanes pourraient dans un proche avenir
s'apparenter à des organismes dépourvus à degré nommé de préséances locales.
Elles agiront pour le bien collectif international. Une espèce d'ONG étatique (
?) autrement dit les «sociétés de surveillance» en cours d'usage ou
d'élaboration vont voir leurs statuts raffermis dans le sens d'une stricte
prise en charge de l'intérêt purement économique que national dans son sens
grégaire et souverain. Ceci est conforme au concept néoconservateur qui fait
prendre le politique par la seule laisse économique. Les Etats sont maintenant
ainsi régentés. Les révolutions aussi.
Le douanier d'In Guezzam est un poète, un
charmeur de dunes. A Tébessa il tend à faire jeûner les goinfres appâts du bon
cheptel, comme à Tlemcen il aspire à éponger par son museau nu l'odeur du fuel
et du gas-oil. Dans la plénitude cosmique, il scrute l'horizon pour un
lendemain serein et rassuré. Du contrôle coercitif au contrôle orientatif, de
la douane-saisie à la douane-conseil, le pays aux sept frontières s'est déjà
câblé dans cette connectivité interplanétaire pour avoir fait de l'excellence
douanière une thématique de recherche scientifique. Le Secrétaire général de
l'OMD, M. Kunio Mikuriya, disait que « La connectivité englobe les liens
interpersonnels et institutionnels ainsi que les passerelles d'informations».
Le troc exercé à Tamanrasset illustre à merveille ce lien de connectivité. Le
gars d'ici n'a rien à voir avec le virtuel informatique qui se dessine dans le
building du siège de Bruxelles, qui à des milliers de kilomètres sait que
quelque part dans le désert, au grand Sahara, dans les dunes dorées les liens
ne sont qu'interpersonnels. Pour le lui le système harmonisé est un bon
voisinage. Une bonne et loyale transaction.
Dans le verbe de
Bouderbala toujours vif « la rupture épistémologique» signifiait au sens de
cette connectivité ; «la découverte de nouvelles pistes d'action pour un
service qui ne doit être ni méchant, ni affreux. Tout juste vigilant, doux et
raffiné. L'attentif et l'art d'agir devaient suppléer l'empirisme et la
laideur». Du coup des vents promotionnels de fraicheur sont venus s'incruster
dans les rangs pour faire retrancher vers le nul les vieilles actions
rabougries. Si l'adolescence a ainsi vaincu le mauvais pli, le téléchargement
du savoir nécessite une masse de temps. Le troc chez Bouderbala dépasse la
notion fugace d'un simple acte d'import-export, il constitue «un mécanisme de
rapprochement».
Ainsi le patron
des douanes vient à placer justement son institution comme un ligament adhésif
et non comme un organe séparateur. Telle est la philosophie que dégage
synoptiquement le slogan de l'OMD. En présidant ce séminaire dédié au commerce
du troc, commémorant par ce fait la journée mondiale des douanes, le directeur
général insistait sur le devoir de démêler le cafouillis réglementaire dans le
quel semblent baigner toutes les formules de ce commerce. Des foires locales
aux diverses manifestations périodiques ; la distinction doit avoir lieu. La révision
et la réactualisation des textes vont s'articuler autour du bien et du mal. Le
contrôle aura l'apanage d'un attirail attractif et non simplement imbu de
contrainte. «Le fait de convenir au cadrage du troc ne coupe pas l'harmonie
ancestrale établie entre les populations» dira Bouderbala obnubilant par ses
roulades sémantiques. De nature vivrière, ce commerce de compensation est
appelé à s'accroitre dans des dimensions hautement marchandes. «La douane doit
l'accompagner lorsqu'il est transfrontalier» a-t-il en outre rassuré.
La douane en ce
temps bimillénaire, ne consiste plus une herse sur une chaussée ou une
banquette devant un tarmac. Le temps recommande pour elle de mener à l'unisson
un rêve collectif : franchir les frontières affranchies avec franchise et en
franchise régulée des droits et taxes. Car à la faveur des réseaux sociaux qui
méconnaissent les frontières ; de nouveaux types de troc viennent de naitre. Le
swap, les après-midi du troc dans certaines localités, les trocs aux plantes
organisés par certaines communes en Europe promettent un avenir sans gabelle.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El Yazid Dib
Source : www.lequotidien-oran.com