Alger

LA LONGUE NUIT DE DOUTE



Locaux quasiment vides, présence limitée des cadres et militants et ambiance morose : au lendemain des élections législatives anticipées du 12 juin, l'effervescence de la veille électorale a laissé place à l'incertitude au sein de certains partis politiques.Au siège du FLN, sur les hauteurs d'Alger, rien ne donne l'impression que l'ancien parti unique a participé au scrutin législatif. Seules des affiches collées de manière anarchique autour du bâtiment, situé rue Mohamed-Bag à Hydra, indiquent que la formation politique a confectionné une liste pour tenter de continuer à exister dans une scène politique qui semblait en faire un paria depuis l'émergence du mouvement populaire en février 2019.
Il était presque midi lorsque nous nous sommes rendus sur place. La porte du siège est fermée.Le préposé à l'accueil installé dans un bureau d'un des fonctionnaires du parti lance tout de go, l'air un peu désinvolte : "Il n'y a rien. Il n'y a personne. Revenez peut-être l'après-midi." "Je ne sais pas trop", tente-t-il d'éluder, en ajustant maladroitement son masque censé le protéger du Covid-19.
Il nous quitte aussitôt pour rejoindre ses interlocuteurs laissant la porte d'entrée sans vigile. Des personnes, visiblement des visiteurs, sont assis dans le salon attenant à la réception. Ils continuent à deviser sans donner l'impression de disposer de quelques informations sur le score obtenu par le parti.
Pourtant, des informations en provenance de certaines wilayas indiquent que le FLN a réussi à glaner quelques sièges en attendant l'annonce des résultats définitifs. Autre décor, autre ambiance : à quelques kilomètres de là, dans la commune voisine d'El-Mouradia, le siège du Mouvement de la société pour la paix (MSP) semble plus animé.
L'agent d'accueil est plus avenant que celui du FLN. Mais sa réponse à notre question de savoir si nous pouvions rencontrer quelque responsable trahissait quelque gêne. "Tout le monde est en réunion", répond-il avant de nous inviter à patienter à la cafétéria située au rez-de-chaussée.
Pourtant, il ne pouvait nier l'absence du président du parti, Abderrezak Makri : la berline qui le transporte et les agents chargés de sa protection sont justement là, indiquant ainsi sa présence. Mais, à l'intérieur l'ambiance n'est pas encore à la fête.
Seuls deux journalistes d'une chaîne de télévision privée sont là, en train d'attendre visiblement une éventuelle réaction des responsables du parti islamiste après l'annonce des résultats partiels par l'Autorité nationale indépendante des élections et quelques bruits en provenance visiblement d'une cuisine à côté brisant quelque peu l'ambiance terne de ce lendemain d'élection.
Deux étages plus haut, les responsables du parti sont en conclave autour d'Abderrezak Makri compilant les informations en provenance des wilayas de l'intérieur. On susurre déjà que le MSP est donné "vainqueur" dans beaucoup de régions. Mais, en attendant la confirmation des résultats, les responsables du parti veulent rester prudents.
"Ce ne sont que des supputations", commente une militante croisée à l'entrée. "Je ne peux rien dire", répond, pour sa part, une autre dame, membre du bureau national du parti en nous invitant à voir avec le chargé de communication, Nacer Hamdadouche, lui aussi affairé à glaner des informations.
Victoire du MSP
Alors que nous quittions le siège en début d'après-midi, Abderrezak Makri se fend d'un court communiqué annonçant la victoire de son parti dans "la majorité des wilayas et dans l'émigration".
Il met en garde contre "des tentatives de changer" les résultats et interpelle le "président de la République pour qu'il protège" la "volonté populaire". Mais seul le président de l'Anie peut annoncer les résultats !

Ali BOUKHLEF
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