
La méthode adoptée jusque-là pour narrer des bribes de notre histoire ne captive personne. Demain, nous aurons encore droit à des images de la guerre de Libération mille fois vues et revues. Seul effet sur notre jeunesse, la lassitude. Pourquoi' Comment' Bonnes questions!...C'est quoi le 1er Novembre 1954 que nous commémorons demain' La question semble facile. C'est le déclenchement de la guerre de Libération nationale! Mais pourquoi a-t-elle été déclenchée' Cela commence à être moins facile. Pour chasser la France qui nous colonisait! C'est quoi la colonisation' C'est l'occupation du pays, comme le furent le Maroc et la Tunisie! Non, ce n'est pas tout à fait la même chose. Au Maroc et en Tunisie c'était le protectorat pas la colonisation aggravée par l'annexion pure et simple de notre pays. C'est quoi la différence' Pour faire simple, dans le système du protectorat, l'administration interne est laissée aux autochtones. Ils gardaient une certaine autonomie. La colonisation ne reconnaissait pas notre existence. La bonne compréhension n'est cependant pas évidente pour le commun des mortels. La meilleure pédagogie se trouve dans notre histoire sociale. Dans la vie quotidienne des Algériens sous la colonisation. Or, depuis l'indépendance, cette histoire sociale a été délaissée. On ne la retrouve que dans l'oeuvre de Mohamed Dib. Il faut se rappeler l'immense succès qu'a connue l'adaptation au petit écran de son oeuvre. L'incendie plus connue des Algériens par Dar Sbitar. C'était dans les années 1970. A part ce petit rayon de lumière, rien n'est venu par la suite pour entretenir la mémoire collective. Présenter la colonisation uniquement par la guerre de Libération nationale ne suffit pas aux Algériens nés après l'indépendance et toutes les générations suivantes pour comprendre pourquoi il a fallu prendre les armes pour libérer le pays. Cela ne suffit pas pour comprendre pourquoi cette guerre a duré près de 8 ans. Rien de pédagogique n'a été entrepris chez nous pour aider à la compréhension de la particularité algérienne au temps des colonies. Il y a un vide mémoriel très dangereux que les intellectuels et même l'Etat ont le devoir et l'obligation de combler. L'histoire vue sous le seul angle militaro-politique devient, du coup, lassante pour le grand public. L'incendie de Mohamed Dib décrit la condition misérable des familles algériennes dans la Casbah d'Alger. Pour l'intérieur du pays où les conditions de survie étaient autrement plus atroces, nous manquons de témoignages. Pour illustrer cette grave négligence, nous allons nous intéresser au 50e anniversaire du recouvrement de la souveraineté de la radio et la télévision algériennes qui a été fêté lundi dernier, 28 octobre. Toutes les émissions de la télé publique, consacrées à l'événement, se passent à l'intérieur de l'institution. Sans rien enlever au mérite des techniciens, des artistes et des hommes de presse qui ont relevé le défi après le départ massif des colons, il y a tout un pan de cette histoire qui a été oublié. L'existence d'une radio ou d'une télé ne peut avoir de sens que par ses auditeurs et ses téléspectateurs. Pas une seule fois, nous n'avons vu les réalisateurs de la télé tendre le micro ou braquer la caméra sur des Algériens qui auraient pu donner leur avis sur la télé et la radio après l'indépendance. S'ils avaient pris la peine d'essayer, ils auraient reçu une seule réponse: CONNAIT PAS! Les seuls en mesure de donner une explication à ce vide mémoriel sont ceux qu'on appellera ici les «cheveux blancs», c'est-à-dire ceux qui ont dépassé la soixantaine. Ils les auraient informés qu'en 1963, il n'y avait pas de téléspectateurs algériens. Aussi simple que cela. La télévision a été introduite en Algérie dans la deuxième moitié des années 1950. Il n'y avait que les colons qui en profitaient. Pour deux raisons. La première est d'ordre financier. Les Algériens étaient hantés par le souci quotidien de se nourrir. L'achat d'un téléviseur n'effleurait même pas leur esprit. L'autre raison était d'ordre culturel. Les programmes étaient souvent incompatibles avec nos traditions. Restait la radio pour les causeries religieuses du cheikh Abdelkrim Djillali, pour les pièces radiophoniques interprétées par l'immense Hassan El Hassani ou Mohamed Ouniche ou encore les mélodies envoûtantes de Khelifi Ahmed, d'El Anka, de Deriassa (le père) et d'autres. Vers la fin des années 1950, ce fut au tour de Guerouabi puis de Mahieddine Bentir qui se produisait à la salle Pierre Bordes (actuelle salle Ibn Khaldoun). Pour les infos, les Algériens changeaient de fréquence pour tendre l'oreille, au milieu des parasites, à la célèbre voix de la résistance «Saout Al Arab». Il faut préciser que ces auditeurs étaient les Algériens qui vivaient à la périphérie de la ville. Au-delà, point d'auditeurs. C'est dire que le 28 octobre 1963 fut un exploit technique plus que culturel. Surtout pour la télé. Demain, c'est le 1er Novembre. Les images mille fois passées vont être repassées. Ce qui va encore lasser notre jeunesse. Faisons une pause avec ces images vues et revues et penchons-nous un peu plus sur notre vécu, notre enfer de colonisés. Pour expliquer pourquoi il ne restait comme solution que la guerre. Le sacrifice suprême de nos martyrs n'en sera que mieux compris. Et l'indépendance appréciée à sa juste valeur pour être mieux défendue!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Zouhir MEBARKI
Source : www.lexpressiondz.com