Alger - Revue de Presse

La dernière chance ?



Hier, à la rencontre des opérateurs de l'agriculture et de l'industrie agroalimentaire, beaucoup d'intervenants faisaient un constat d'échec des politiques agricoles menées dans le pays depuis l'indépendance. Il faut espérer que ces constats ne se perdent pas et que l'on saisisse, enfin, la gravité d'une situation que masque l'aisance financière.

De mauvais choix, animés souvent de bonnes intentions, ont été faits durant la première décennie de l'indépendance: leurs conséquences sont visibles aujourd'hui. Facture d'importation salée, dépendance alimentaire qui amoindrit potentiellement la souveraineté du pays, réduction de la surface agricole au profit de l'avancée du béton...

S'il ne faut pas regarder constamment dans le rétroviseur, cela ne dispense pas de regarder vers le proche avenir. L'actuelle flambée des prix des produits alimentaires sur le marché mondial devrait nous inciter à écouter avec beaucoup de circonspection ceux qui nous incitent à laisser faire le marché. La dépendance alimentaire fragilise le pays et rien, absolument rien ne garantit que, dans des contextes de tension, on ne subira pas la pression de l'arme alimentaire. Les relations internationales - on ne cesse de le savoir - ne sont pas régies par des civilités mais par le rapport de force. Produire une partie suffisante de ses besoins alimentaires ne relève pas seulement d'un impératif économique, et il existe, mais aussi de cela de la sécurité nationale.

Les données sont simples: la dépendance s'aggrave alors que la population croît et que les produits alimentaires renchérissent. La facture, déjà lourde, risque de devenir insupportable. Il y a une alarme sérieuse à lancer. Des politiques soutenues et cohérentes sont à mener maintenant et pas demain.

Quand la mince bande littorale, la plus fertile du pays, est dilapidée pour les besoins de la spéculation immobilière, on peut, sans exagérer, parler de non-assistance à une indépendance en danger. Pourquoi, par exemple, ériger une ville nouvelle dans la Mitidja alors qu'il s'agit de la sauver et de lui redonner sa vocation agricole ? N'y a-t-il pas suffisamment d'espace loin de cette bande littorale qu'on ne cesse de violenter de manière absurde ? Il est urgent d'arrêter le massacre. Les experts et les simples citoyens, atterrés par ce grignotage permanent des meilleures terres agricoles, ne cessent de le dire. Il y a un choix ferme à faire pour la conservation de ce qui existe. En urgence. Il faut arrêter l'extension des villes qui rognent sur la bonne terre et Alger nous en donne une illustration assez hideuse.

Mais la conservation, nécessaire et vitale, ne suffit pas. Des politiques ont été menées avec le but louable de redresser la situation, mais on constate, d'évidence, qu'elles ne sont pas suffisantes. Il ne faut plus hésiter à voir plus grand. L'actuelle aisance financière, qui n'est pas éternelle, ouvre des possibilités d'agir pour moderniser et dynamiser l'agriculture. Dans trente ans, on ne nous pardonnera sans doute pas d'avoir laissé passer cette immense chance. Cette dernière chance ?


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