Malgré les assurances du ministère du Commerce, les boulangers ne sont pas rassurés pour autant. Les professionnels craignent le pire avec la spéculation sur la farine qui a pris forme depuis que la crise du pain a éclaté dans plusieurs régions du pays. Les rappels à l'ordre du ministère concernant le prix de ce produit sont sans effet, estiment la majorité des boulangers, du moment que «la farine que nous achetons jusqu'à 2.400 DA est facturée à 2.000 DA par les minotiers. Et nous n'avons pas le choix. C'est à prendre ou à laisser». Cette situation a provoqué le courroux de ces professionnels pour qui la fin du tunnel n'est pas encore visible. A les croire, la crise est appelée à s'aggraver dans le temps si aucune mesure concrète n'est prise pour stabiliser le marché. Insuffisance dans l'approvisionnement de la farine et rareté du pain ont bien profité aux spéculateurs du marché qui se frottent les mains et font augmenter les enchères. Les professionnels ne parlent plus de pénurie de pain mais de mauvaise distribution du produit essentiel dans la fabrication de cet aliment, la farine. Selon l'ex-représentant du comité des boulangers dissous, M. Benabdessalem, «bien que l'Etat soutienne le prix du blé qui est vendu aux minotiers par l'OAIC, les boulangers ne bénéficient que de 40% de la farine subventionnée. Les 60% restants sont destinés à la fabrication d'autres produits, biscuits et autres». Cette situation, explique notre interlocuteur, a été à l'origine de l'apparition de la crise puisque «la distribution de la farine se fait par quota. Impossible de satisfaire toute cette demande». Autres pratiques de spéculation apparues suite à cette crise, la vente de la farine par des minotiers aux détaillants avec un prix plus cher pour être revendue, ensuite, aux consommateurs. «En conséquence, le soutien de l'Etat n'est, de ce fait, pas destiné directement aux concernés. Il profite plus aux spéculateurs et non aux boulangers qui eux se retrouvent tout simplement coincés dans un cercle vicieux», argue l'ex-représentant du comité des boulangers qui estime que «les seuls victimes de cette situation sont les boulangers et les consommateurs». Cette crise a eu aussi son impact sur le poids du pain. «Certains boulangers ont préféré réduire du poids réglementaire de ce produit. Une baguette de 250 g a été réduite à 200 g seulement. Les quantités de pain produites sont dans ce cas directement vendues aux petits revendeurs qui les vendent à un prix plus cher», lance ce boulanger qui a baissé rideau parce qu'il ne trouvait plus de rentabilité dans ce créneau. «Vous avez bien constaté qu'il y a plus de revendeurs de pain, ces jours-ci, que de boulangers. Et les agents du commerce contrôlent les boulangers seulement pas les revendeurs». C'est cette situation qui a poussé certains boulangers vers l'informel, leur marge bénéficiaire ayant beaucoup diminué ces derniers mois. Dans cette crise du pain qui est encore visible dans certaines régions du pays, la corporation vit une autre crise, celle de représentativité. Les membres du comité des boulangers dissous se démarquent des représentants de l'Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA) qui négocient avec le ministère du Commerce et revendiquent l'élection d'un nouveau comité. «C'est la condition sine qua non qui va permettre, souligne M. Benabdessalem, d'étudier le problème en profondeur avec la tutelle et trouver des solutions». Dans un communiqué rendu public, les contestataires présentent un démenti sur une quelconque rencontre avec le ministère du Commerce pour traiter des problèmes de la boulangerie. Les représentants de l'UGCAA estiment, pour leur part, que les négociations avec le ministère vont bon train et la crise est en train de se régler progressivement. «S'il existe certaines tensions sur le pain actuellement, c'est dû à la spéculation car il existe des quantités suffisantes de farine pour approvisionner les boulangers», a déclaré, hier, le représentant de l'UGCAA au niveau de l'Ouest. Un regard sur la situation au niveau de certaines régions. A El-Tarf et Jijel, la crise du pain persiste. A El-Kala, El-Tarf, Boutheldja, Ben M'hidi, Besbès et Dréan, relevant d'El-Tarf, la baguette de pain est devenue un véritable casse-tête. Il faut se lever tôt le matin pour l'acheter. Depuis une semaine, la plupart des boulangeries baissent rideau avant dix heures du matin. Selon ces boulangers, leur rythme de travail a considérablement baissé à cause du manque de farine. Le prix du pain a atteint les 15 DA ces jours-ci. La grève des boulangers dans la wilaya de Jijel se poursuit avec un taux de suivi important. Le prix de la baguette est passé de 7,50 DA à 8,50 DA et 9 DA. Certaines communes ont connu plus de tension que d'autres sur le pain qui a vu son prix augmenter jusqu'à 10 DA.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : B Mokhtaria
Source : www.lequotidien-oran.com