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La Chrysalide ou la lente conquête de la liberté



La Chrysalide ou la lente conquête de la liberté
En filigrane se lit la douleur de l'arrachement à la terre natale et l'émerveillement dans une contrée d'abondance, « loin des langues grossières et des regards durs qui jugent sans appel ». Montréal, ville cosmopolite et de décontraction, fait oublier les frustrations avant de découvrir que le décor de carte postale cache aussi des difficultés dont souffrent surtout ceux qui viennent d'ailleurs.Rachid est l'un de ces hypocrites, qui dans ce lointain pays cherche aussi à piétiner les sentiments des femmes comme Nora. Celle-ci, qui vit en ménage avec lui, recueillera Selma à son arrivée au Québec. L'amour n'est pas une denrée rare seulement en Algérie.Le personnage principal du récit est Selma, une jeune étudiante de vingt et un ans, dont la vie dans un quartier populaire d'Alger est une suite de déboires. Elle étouffe dans la maison familiale où la mère passe son temps à éteindre les incendies et préserver l'harmonie dans un foyer où les s?urs sont effacées devant un frère agressif et soupçonneux. Les gestes de Selma sont épiés et surveillés par cet unique frère qui tolère mal ses libertés, pourtant bien minces. Comble de malchance, son fiancé Mourad, un médecin obligé de s'exiler comme des milliers de jeunes, vit à l'étranger. Il fait durer le supplice de sa promise en faisant reculer l'échéance du mariage. Sa fiancée songe à rompre cette idylle qui se prolonge. Un malheur n'arrivant jamais seul, elle supporte meurtrie et impuissante, la honte d'un terrible secret. Elle fut victime d'un viol dans son quartier où un voyou l'avait agressée. Cette avanie s'ajoute aux difficultés de vivre dans une société gangrenée par le « piston » et l'incivisme. Autant les malheurs de la fille, sa quête têtue, émeuvent, autant le discours politique qui par moments vire à la dénonciation au premier degré des responsables, alourdit le rythme du récit.Visage inattendu et repoussantLe seul espace où Selma respire est une troupe théâtrale. L'univers de jeunes artistes contraste avec celui de l'affairisme, des magouilles et des détournements. Tout le monde y a recours. Pour obtenir un visa, Selma se voit, elle aussi, obligée de laisser de côté ses beaux et nobles principes. Poussée par une amie, Radia, dont l'altruisme, au demeurant louable, fait bon ménage avec la duplicité, elle intègre à son corps défendant ce milieu rebutant pour obtenir le sésame qui lui permettra d'aller loin. C'est pour fuir cette vie étouffante qui pousse vers l'hypocrisie et le pays qui peine en ce début des années 2000 à retrouver son équilibre qu'elle part rejoindre son fiancé au Canada. Elle ne sera pas au bout de ses peines.Si le pays de l'Erable est une sorte de paradis sur terre, son fiancé se révèle sous un visage inattendu et repoussant. La vérité sera dure. Son fiancé était marié et ses messages facti-ces n'étaient que ruses pour abuser de sa confiance. Porté par une écriture simple et accessible, le livre se lit comme une aventure qui par moments, notamment le plan échafaudé pour se venger de Mourad, ne manque pas de « pi-quant ». Il alterne les moments d'abattement et l'espoir qui font ressembler l'héroïne à une chrysalide qui naîtra difficilement à la li-berté. La vie n'a pas laissé de répit à cette jeune femme dont la vie chaotique reflète les aspirations et les rêves de toute une génération.R. Hammoudi*La Honte se vit seule, de Zehira Houfani Berfas 203 pages, Editions Frantz Fanon, 650 DA.
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