Alger - Revue de Presse

La chasse aux chrétiens pour faire oublier le reste



Peut-on parler de l'évangélisation supposée de l'Algérie en affirmant que c'est un faux problème, unnouveau diable local et une misère du populisme vacant ? Du point de vue de «laloi Belaïz» sur les libertés religieuses pondue il y a deux ans, l'Algérie«défend l'une de ses constantes nationales». Du point de vue de la vue saine,le pays plonge dans l'auto-islamisation par le haut et par le bas. Entre ceuxqui prennent les églises clandestines ou légales pour des consulats, et ceuxqui prennent le pays pour une vaste et unique mosquée, il y a un devoir : celuide rappeler la liberté et de faire se souvenir tout le monde que, pendant cetemps-là nous sommes toujours sous-développés, musulmans, islamistes, nouveauxchrétiens ou fourbes convertis. Depuis deux ans donc, le prosélytisme estdésormais passible de lourdes peines, l'exercice des rites religieux nonmusulmans est en liberté conditionnelle et les textes de la République sont invitésà «mettre un terme aux activités et tentations visant à faire douter lesAlgériens de leur croyance et de leur religion». La religion punit déjà la«Ridda» du renégat par la peine de mort là où l'Etat républicain explique quetout missionnaire est déjà passible de peines de prison. Le texte de loi quivise surtout l'anti-croisade et pas les animistes, les bouddhistes, les païensde toutes sortes, est une conséquence logique de dix ans de terrorisme et del'impasse idéologique qui coince le pays dans la confusion. Il sera suivi pardes campagnes insidieuses dans la presse, quelques focalisations dangereusessur des régions du pays comme la Kabylie et donnera lieu à une surenchère devisibilité et de nationalisme religieux chez les officiels de la religion del'Etat. Pour en saisir le scandale, en découvrir l'intolérance et en éprouverle complet décalage, il suffit pourtant de se consacrer à un petit jeu detransposition. Imaginez donc. Quelle sera la réaction des nôtres et des «leurs»si dans un inversement de mondes, c'est là-bas, en Occident, que sont frappésde suspicion pénale nos propre signes «ostentatoires» et sont taxés decriminels nos propres imams d'origine parce qu'ils auraient porté la bonneparole à S/S/Denis par exemple. Imaginons donc une France ou une Allemagne ouun autre pays, plus au Nord comme le Danemark, déjà coupable de quelquescaricatures au yeux de notre caricature raciale, si une loi est adoptée«là-bas», prévoyant «des peines de 2 à 5 ans de prison et une amende de 500.000à 1.000.000 de dinars (5.000 à 10.000 euros environ) contre toute personne«musulmane» qui «incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant àconvertir un chrétien à une autre religion». Une loi qui prévoit des sanctionssimilaires contre toute personne musulmane qui «fabrique, entrepose oudistribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou tout autre supportou moyen, qui visent à ébranler la foi...». Imaginez donc un pays civilisécapable de «pondre» un texte qui interdit l'exercice du culte autre quemusulman en «dehors des édifices prévus à cet effet et subordonne l'affectationdes édifices pour l'exercice du culte à l'obtention d'une autorisationpréalable». Une loi qui a pour objectif principal «l'interdiction duprosélytisme et des campagnes clandestines d'islamisation» et qui prend enotage, par polices et soupçons interposés, les minorités musulmanes en Occidentpour des raisons de religion d'Occident. Comment réagirons-nous ? Nefoncerons-nous pas les cases de l'hallali dénonçant le racisme, l'intoléranceou la chasse au musulman ? N'irons-nous pas, tous autant que nous sommes, àdénoncer l'amalgame entre terroriste et musulman et à dénoncer l'Américainblanc, le Patriot Act, Sarkozy ou le fameux lobby juif ? Bien sûr la réponse laplus facile à un Guantanamo occidental, c'est un Guantanamo de ce côté-ci descroyances. C'est donc ce que nous faisons et cela dure, entre certains de chezeux et certains de chez nous, depuis dix ans ou quelques siècles déjà.A la guerre entre religieux, se mêlent cependant chez nousles contradictions de nos misères: dénoncer les christianisations permet de«nationaliser» un Dieu universel, de s'approprier une religion au nom del'Etat, planter ses diables entre arabité et amazighité locale et braquer lesregards sur une ennemi virtuel, plus utile que l'amitié entre les peuples.Certains diront que l'Occident fait pire. Dans ce cas, il faut choisir : soitnous sommes tous importateurs au point d'importer même l'intolérance, soit noussommes intolérants et là nous ne sommes déjà plus tous musulmans.
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