
Si les fossiles directeurs (repères de datation) permettent aux archéologues de cibler des périodes aléatoires des niveaux archéologiques, la céramique, elle, permet d'identifier une datation plus précise et ainsi d'enrichir la connaissance sur la vie des groupes humains.Et cela grâce à l'étude précise et rigoureuse des conditions techniques de la fabrication des objets. «La céramique est considérée de nos jours comme étant un moyen indispensable pour la datation des niveaux archéologique», explique Mustapha Dorbane, maître de conférences à l'Institut d'archéologie de l'université Alger 2, et chef de projet sur les céramiques antiques. «Quand les pièces de monnaie font défaut, les archéologues se réfèrent automatiquement à la céramique pour dater une strate (accumulation des sédiments qui se déposent en couches). Cela nous permet d'avoir une lecture plus précise et nous renseigne davantage sur la chronologie civilisationnelle d'un site», développe le chercheur. Lors d'une fouille archéologique, les chercheurs procèdent avant toute chose à l'étude des strates. Ces couches donnent l'occasion aux archéologues de déterminer non seulement la nature du site archéologique, mais aussi de retracer son histoire en analysant chaque unité stratigraphique.Selon M. Dorbane, l'aboutissement de chaque fouille est systématiquement lié à la révision, à la datation ainsi qu'à la valorisation du terrain et des moyens pour le faire. «Lors de la réalisation de ma thèse de doctorat, je me suis évertué à intégrer les technologies nouvelles dans les recherches archéologiques devenues de nos jours une condition sine qua non dans le développement actuel de l'archéologie», indique-t-il.Cela va sans dire que l'intégration de la technologie dans cette sphère offre la possibilité d'une meilleure gestion du patrimoine. Elle permet également, grâce à la modélisation, de communiquer au mieux les résultats archéologiques au grand public. M. Dorbane explique aussi que lors de sa recherche, il a eu recours à deux options pour pousser plus loin encore son enquête. La première option consiste à élaborer une base de données à des fins analytiques. Même si, selon le chercheur, la base de données ne constitue pas une finalité, mais simplement un outil d'approche et d'analyse.«J'ai donc eu à établir cet outil pour le traitement de 1166 cas (objets appartenant à des céramiques diverses)», souligne le professeur. La seconde option repose sur l'introduction d'un système d'information géographique (SIG). Ce système permet d'acquérir, d'analyser, de représenter et d'archiver toutes les données géoréférencées. Les archéologues peuvent par la suite repousser les limites de leurs travaux. Grâce au SIG, ces chercheurs ont la possibilité de tester de nouvelles hypothèses et de bénéficier également d'un soutien subsidiaire à la décision. «J'ai donc réussi à mettre en place une carte de répartition géo-spatiale des lieux de découvertes.Cette technique n'était pas utilisée dans les anciennes recherches archéologiques en Algérie», se félicite M. Dorbane. Il ajoute en outre que pour ce faire, il a dû passer au crible toutes les documentations existantes de toutes les fouilles systématiques dotées d'un rapport. Quelles soient (les études) de l'époque coloniale ou celles de la période post-indépendance en excluant tous les objets qui étaient dénués de leurs rapports. «J'ai fait la typologie de ces céramiques. La production ? céramiques sigillées importées d'Italie, d'Espagne ou encore de la Gaule ? que j'ai prise en considération, les produits sigillées datent de la fin du 1er siècle avant J.-C. au 3e siècle après J.-C.Ces sigillées représentent les seuls éléments dotés d'informations sur le lieu de production. Ce qui permet de dater l'objet et de le mettre dans le contexte chronologique», argue-t-il. L'étude de la céramique montre la place que celle-ci occupe dans la recherche archéologique. Pour la datation des niveaux d'occupation, l'étude de la céramique semble être indispensable d'abord par ce qu'elle facilite la comparaison avec d'autres sites archéologiques. Ensuite, et c'est le plus avantageux, elle arrive à dater avec le plus de rectitude et de précision possible la strate que l'on est en train d'étudier.Selon M. Dorbane, l'utilisation de ces technologies dans l'étude de la céramique a donné également l'occasion d'appliquer un croisement de chronologie entre la date d'activité du potier, la date d'activité de l'atelier et la date des différents objets. «Si, par exemple, l'objet est fabriqué en Gaule, il existe un temps de cheminement (traversée) de ces objets.Cela peut être d'une année, de deux ans. On a donc essayé de raffermir la chronologie à 5 ans près. En prenant certains cas des anciennes fouilles et en appliquant ce croisement de chronologie, j'ai pu corriger la datation qui était virtuellement erronée, comme le cas de la fouille de Tipasa», avance-t-il.Par ailleurs, Mustapha Dorbane explique qu'à l'aide du système d'information géographique, il a eu la possibilité de superposer 83 cartes, dans lesquelles il a pu identifier les trois importantes zones d'importation. «J'ai appliqué dans ma recherche le système d'information géographique appelé ArcGis grâce auquel j'ai pu avoir une carte et une lecture de différents points de l'endroit où se trouvait cette panoplie d'objets.J'ai donc pu déterminer trois zones d'importation de la céramique, Constantine (Cirta, qui fut la capitale du royaume de Numidie), la partie centrale qui était autour de Tipasa, Alger et Cherchell (capitale de la Maurétanie césarienne), et enfin la partie ouest du côté d'Oran (Portus Magnus)», instruit-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fatma Zohra Foudil
Source : www.elwatan.com