Alger - Revue de Presse

L’opposition, selon El-Ibrahimi



Ahmed Taleb El-Ibrahimi s’était donc retiré de la politique depuis 2004. Il ne l’a pas annoncé en ce temps-là, mais il vient de le révéler enfin sur Al-Jazeera.
Qu’après quatre ans de retraite, l’on ne s’en soit pas rendu compte, c’est la preuve que nous-mêmes, soi-disant citoyens-électeurs d’un système “démocratique”, continuons à intégrer cette règle de fonctionnement du système politique national : se retirer de la vie publique, ce n’est pas renoncer à ses ambitions politiques. Par cette curieuse manière de quitter la scène, on se met en réserve du système comme ailleurs on se met en réserve de la République.
Du coup, la déclaration même de Taleb n’a plus de sens : c’est le système qui décide de l’opportunité de rappeler aux affaires qui lui convient. Et nul ne peut prévoir, à l’avance, sa réponse aux arguments du moment. L’ambition ne suffit pas à s’imposer et le renoncement ne suffit pas à se faire oublier.
Quand il fut fait appel à Boudiaf, il ne se trouvait pas beaucoup d’Algériens pour se rappeler ou pour avoir appris en trente ans d’indépendance qu’un héros de l’initiative révolutionnaire de 1954 se murait dans son exil marocain. Nous le découvrîmes, à notre grande honte d’Algériens fiers — mais ignorants — de leur histoire.
Nous avions depuis longtemps appris à admettre le passé que le présent nous impose et les valeurs que la force nous dicte.
Aujourd’hui, à peu près, n’importe qui peut être improvisé grand dirigeant, et le scandale n’aura d’autre effet qu’une surproduction d’une littérature humoristique orale. N’ayant pas la force ou le courage de nous en révolter, nous préférons sourire à l’évocation de noms de titulaires de fonctions institutionnelles prestigieuses, voire stratégiques. L’ENTV se chargera de les présenter, à qui veut l’écouter, comme de providentielles chances dont profite la gestion du pays.
Ahmed Taleb explique sa décision de retrait par le fait qu’“il était conscient de l’inégalité de la bataille entre un pouvoir qui possède les armes pour faire peur, de l’argent pour gagner les électeurs et les médias pour les disperser, et un candidat qui ne possède que son programme”. Comme s’il n’en a pas toujours été ainsi ! Quand, un moment, on oublie que l’homme qui s’exprime ainsi a partagé l’autorité de régimes qui ne toléraient même pas l’idée qu’un Algérien puisse concevoir son propre programme, on se surprend à compatir à l’injustice infligée à un opposant.
Eh oui ! le système est ainsi fait qu’il dispose de ses hommes à sa guise et les dépose à sa guise. Mieux encore, et Ahmed Taleb le découvre à ses dépens, quand les luttes populaires ont fini par forcer le système à tolérer l’idée d’opposition, il s’est organisé pour qu’il puisse la choisir !
Aujourd’hui, il y a l’opposition “du” système qui a pignon sur rue, qui est officiellement médiatisée, qui souscrit à la rente, roule carrosse blindée et habite au Club-des-Pins, et l’opposition “au” système qui est policièrement surveillée, judiciairement harcelée, poussée au silence et à la marge.
Pour engagé que fut le militant, pour brillant qu’est l’intellectuel, l’homme politique n’a pas fini d’apprendre. Il lui restait peut-être à découvrir ceci : ce n’est pas à la retraite qu’on apprend le métier d’opposant.
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