Le 8 Mai 45 aurait dû nous inspirer pour nous remémorer la violation du droit des peuples à disposer de leur destin. 45, 54, deux dates faites des mêmes chiffres par destin, il suffit de les inverser pour compter les morts.Mais l?actualité est là plus que jamais urgente, plus urgente en tout cas que l?Histoire, parent pauvre de la mémoire par tradition volontaire, par soucis de simple commémoration par les salons algérois où Sétif est l?honneur une fois l?an. Ensuite l?amnésie. L?actualité, ce sont les inquiétudes justifiées, les risques d?émeutes dans les pays pauvres, le basculement possible du peu d?acquis de la démocratie importée par les mauvais vents de la mondialisation, vers un retour des dictatures et des dictateurs. En toile de fonds la faim. Ben Kimoun garde le sourire froid des asiatiques qui cache mal le prix à payer. Qu?y pourront les 27 agences, programmes et fonds des Nations Unies devant cette envolée subite des cours de produits de première nécessité , devant les courtiers des grandes places boursières? Pas grand-chose, des cellules de crises tout au plus et des fonctionnaires internationaux grassement payés pour réfléchir aux solutions. Le prix confirme donc qu?il demeure ce rapport de force opposant le riche et le pauvre fruit d?un système mondial qui tourne toujours au profit des nantis et à leur seul profit. L?Algérie, vient de mettre la main à la poche en affectant 160 Milliards de dinars pour soutenir les prix du lait et du blé. Dur et tendre blé. Pour garantir donc un «mesfouf» pour chaque famille en attendant des jours meilleurs et refuse d?augmenter le prix du gaz domestique, au risque de se voir tirer les oreilles par l?OMC et au risque de mettre aussi de l?huile sur le feu déjà ardent. Les autres produits sont inabordables pour la majorité précarisée par une politique de prestige, folie des grandeurs et par peu d?attirance d?investissements productifs directs créateurs d?emplois et sources durables de revenus. Nous ne serons pas les seuls dans cette galère mais nos richesses n?expliquent en rien l?état de dégradation du pouvoir d?achat. Finie l?embellie.Il faut à présent remboursé les gains sous une forme plus subtile mais plus directe. Les augmentations salariales n?ont touché évidemment que les salariés et n?ont pu permettre que de payer les dettes des ménages, accumulées lors de ces dernières années.Un seul objectif aurait du guidé les actions du gouvernement, un seul : produire plus pour réduire les coûts et moins dépendre des importations au lieu de discourir sur le sexe des mouches pendant qu?il était encore temps.Les programmes existent, leurs exécutants dorment du sommeil du juste ou font semblant d?être éveillés. Comme le souligne Mamadou Cissokho, du Réseau des Organisations Paysannes et Agricoles du Sénégal «un peuple qui ne peut pas s?alimenter est un peuple condamné !». La souveraineté est à ce prix. La souveraineté est devenue plus alimentaire que territoriale et les discours n?ont de valeur que s?ils peuvent être écoutés par des ventres rassasiés.Les nationalismes s?effritent devant la mondialisation de la faim. Le reste est une affaire d?échéances reportées. Chaque chose en son temps. Plutôt que de surveiller les prix à travers les comités ad hoc bureaucratiques et inefficaces à l?ère d?Internet et des systèmes d?informations géographiques, il est urgent, très urgents, de les maîtriser en produisant l?essentiel de notre alimentation. Bien sûr que cela n?intéressera pas les importateurs en tous genres qui bénéficient de largesses douanières, fiscales et administratives, mais il ne faudra alors plus attribuer aux émeutes le caractère antinational qui leur est attribué par les artisans de l?émeute. Bien sûr que cela intéressera moins encore des fonctionnaires qui tirent de la corruption leur enrichissement à vue d?il par des signes extérieurs qui défient la morale, mais il ne faut plus s?étonner que les cibles premières des émeutiers soient les édifices publics symboles de l?institution. Il ne suffira plus alors de déclarer que la crise alimentaire est liée au contexte international, mais de dire comment l?on s?y est préparé en période de faste pétrolier pour éviter les ondes de chocs qui frappent les pays pauvres. Les riches ont eu tout le temps de se préparer en accordant à leurs chercheurs particulièrement et à la ressource humaine plus généralement, l?intérêt qu?ils méritent. A leurs chercheurs, ils ont demandé de les soustraire à la dépendance énergétique, et alimentaire prioritairement en leur offrant l?essentiel des moyens de leurs nations. En traduisant le fruit de leurs travaux en décisions politiques. Aux autres, ils ont ouvert la voie à la réalisation de soi, en mettant le paquet sur un enseignement intelligemment qualitatif, orienté d?abord vers les besoins nationaux et un système de solidarité nationale institutionnalisé. Une stratégie. D?abord une stratégie. Car si l?on compare le nombre et le niveau financier des programmes lancés en Algérie avec ce que nous renvoient les étalages de notre marché local, il y a de quoi avoir peur. Nous confirmons que nous ne produisons rien. Nous transformons peut-être une partie de notre consommation mais nous ne produisons aucun intrant en dehors de ce que nous offre le sous-sol.Où est alors passé ces fameuses stratégies industrielle et agricole qui ont fait plus de bruit qu?elle n?ont produit d?idées valables ? La circulation du capital n?attend pas que nous nous préparions pour nous arroser de ces bienfaits. Elle arrose ceux qui s?y préparent et assèche ceux qui attendent la fatalité.«Les prochaines semaines sont critiques. Pour deux milliards de personnes, les prix alimentaires élevés sont maintenant une question de combat quotidien, de sacrifice et même de survie », déclarait le Président de la Banque Mondiale, lors de la réunion de Berne sous les auspices de l?ONU. Soulignons quotidien et survie pour mieux comprendre. C?est que le constat est mortellement vrai du fait que les stocks alimentaires mondiaux sont au plus bas depuis 80. L?autre vérité, c?est que les pays développés ne sont plus intéressés par l?exportation des produits agricoles depuis l?avènement des biocarburants. Leurs systèmes de recherche ont répondu à terme aux stratégies du capital. Que deviendrons-nous alors ? Des peuples qui continueront à se plaindre, voire à mendier un bout de pain ou un sace de riz, pendant que les plus malins ne seront plus là avec armes et bagages. Des peuples dont les gouvernants trop occupés à ajuster leurs corps aux trônes qui les supportent passeront leur temps à expliquer qu?en théorie ils ont tout fait pour éviter le pire, mais qu?en pratique les choses sont différentes. A l?instar du russe qui explique la différence entre la théorie et la pratique à son fils en prenant exemple sur sa famille.Parce qu?en théorie nous avons bien une Histoire, Etat, des institutions, un peuple, une armée, une économie, une santé publique, une justice, des écoles, des lycées, des Universités, des équipes de recherche, des autoroutes...En pratique, l?heure de vérité nous dira ce que nous sommes. Et elle est là.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ahmed Saïfi Benziane
Source : www.lequotidien-oran.com