Alger - Revue de Presse

L'Etat paye la rançon



L'Etatva payer. La « paix sociale », pas les salaires. « La paix socia-le» est, aujourd'hui, le but à la baisse de beaucoup d'Etats. On est loin del'époque où des pays du Sud visaient à faire l'Histoire, à la refaire ou àatteindre l'utopie. Les pays aux idéologies agitées se font rares : il n'enreste que l'Iran, le Venezuela, un peu Cuba. Le but d'un pays pauvre est, aujourd'hui,de bien manger, dans le silence, chaque citoyen penché sur son assiette, chaqueassiette au diamètre du pouvoir que l'on possède. Le but ultime des utopiespauvres étant, aujourd'hui, une sorte de moutonnement calme des peuples, encadréspar les vigilances policières de leurs Etats. A la veille d'une déclarationd'amour nationale du FLN, de l'annonce par Bouteflika,de la rediffusion de Bouteflika sur écrans géants dela reconduction de Sidi Saïd à la tête de ses propres épaules, l'Etat vientdonc de décider des augmentations de salaires massives, avant même lafinalisation des statuts particuliers, avec effet rétroactif. Pourquoi ? Parceque les grèves ne menacent pas l'économie qui ne dépend pas d'euxmais du pétrole, mais parce qu'ils menacent la stabilité, c'est-à-dire laposition assise encouragée, la paix et introduisent dans les moeursl'indocilité, la délinquance politique et l'insoumission. Lorsqu'ils demandentdes salaires plus décents, les Algériens finissent toujours par demander unevie décente, puis des comptes et enfin, la démocratie. Il faut donc interromprele cycle pendant qu'il en est encore au stade oral du repas, et avant qu'iln'atteigne le stade ingérable des idées. Un mouvement de protestation trop longdans une histoire très courte, fait émerger des leaders et menace de remettreen marche la lutte favorite des Algériens : celle pour l'indépendance. Bien sûr,l'Algérie politique n'invente rien : cela se passe presque partout ainsi. Saufque chez nous, dans le contrat, il y a quelque chose de malsain. La « rançon »ne paye pas uniquement des salariés, elle n'achète passeulement la paix sociale et ne se négocie pas selon les marges de l'économieet la menace de son ralentissement par les débrayages. Elle reconduit unefiction : on fait croire au peuple qu'il travaille vraiment, aux grévistesqu'ils n'existent pas, à l'Etat qu'il est nécessaire et à l'économie qu'elleest vivante et plus viable que la rente. La rançon paye un peuple pour luiacheter des mandats car, il s'agit de la dernière légitimité possible, celle denovembre ayant été plombée par 10.000 faux anciens Moudjahid. Tout cela ne peutpas continuer indéfiniment.Ily a, au bout de ce genre de contrat, un moment de rupture. On peut payer unpeuple rien que pour le gouverner, mais pas pour toujours.
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