L'entrepreneuriat social existe déjà en Algérie et il a des précurseurs comme Hadj Khelil (Bionoor) ou Smaïl Chaib (SMSBridge), a indiqué, lundi, Tarik Ghezali, spécialiste du sujet, lors d'une conférence organisée par l'association Care et la Fondation Friedrich Neumann. Le principe de l'entrepreneuriat social est de concilier entre la logique d'entreprise et les buts sociaux des pouvoirs publics et des associations. Selon lui, il y a un terreau favorable à son développement en Algérie.
Efficacité économique et intérêt général ne s'opposent pas nécessairement. C'est le postulat de l'entrepreneuriat social dont l'essor depuis le début des années 1980 démontre qu'il est possible d'être efficace économiquement et utile socialement. Préférant définir l'entrepreneuriat social par des exemples plutôt que par des concepts, Tarik Ghezali a commencé son intervention par le récit de plusieurs « belles histoires » de réussite d'entreprises sociales. L'entreprise danoise Specialistern fondée en 2004 par Thorkil Sonn s'est s'appuyée sur les capacités accrues des personnes autistes pour développer une activité économique basée sur le test et contrôle qualité de logiciels. Le défi a fonctionné : Specialistern compte aujourd'hui une cinquantaine d'employés dont 3'4 de personnes autistes et travaille avec de grands groupes informatiques tels que Microsoft et Oracle. Pour l'Algérie, Tarik Ghezali a cité l'exemple de Bionoor, première entreprise algérienne à avoir reçu la certification « agriculture biologique » pour la production de dattes. Fondée par Hadj Khelil, l'entreprise emploie aujourd'hui une dizaine de personnes entre l'Algérie et la France ainsi qu'une vingtaine de saisonniers et exporte ses produits issus du commerce équitable à l'étranger.
« Le profit n'est pas une fin mais un moyen »
Ces exemples permettent de dégager les fondements de l'entreprise sociale. En premier lieu, le projet a toujours une finalité sociale ou sociétale. « Les entreprises sociales apportent des réponses concrètes aux besoins fondamentaux (se soigner, se nourrir, se loger, travailler...) de toutes les personnes, y compris celles non solvables, fragiles socialement, handicapées ou vivant dans des territoires difficiles », a souligné l'intervenant. Autre fondement important : « la lucrativité limitée » c'est-à-dire que l'argent n'est pas considéré comme une fin mais un moyen. « Les profits sont majoritairement réinvestis dans le projet car on ne cherche pas à maximiser la rentabilité financière mais l'impact social », a expliqué Tarik Ghezali. L'entreprise sociale doit, comme toutes les autres entreprises, avoir un modèle économique viable qui permette de la création d'emploi. Les entreprises sociales créent plus d'emplois que la moyenne car elles sont souvent plus « intenses » en main d''uvre. Un atout non négligeable dans un pays comme l'Algérie où il faudrait deux à trois fois plus d'emplois, notamment pour les jeunes. Les jeunes s'intéressent de près à cette nouvelle voie entrepreneuriale a affirmé Tarik Ghezali. « Les premières initiatives de promotion de l'entrepreneuriat social en Algérie sont menées par des étudiants, comme ceux de l'Ecole nationale supérieure d'informatique (ESI) ou des réseaux internationaux tels que AIESEC ou Makesense ».
Un terreau favorable en Algérie
Les ressources sont donc bien présentes. Les écoles de commerce ou d'ingénieurs du pays intègrent déjà dans leurs programmes une dimension sociale à l'entrepreneuriat, selon Abdenour Nouiri, directeur du laboratoire Marketic au sein de HEC. Il a présenté le projet « Formation innovation entreprendre » (FIE) lancé en avril dernier par sept écoles algériennes (HEC Alger, ESI, ENP, ENSTP, ENSSMAL, ENSA et ENSSET d'Oran avec l'appui de l'INSA de Lyon). Son but est de sélectionner des candidats porteurs de projets qui présenteront un business plan le 2 juillet à la place du traditionnel mémoire de fin d'études. Selon Tarik Ghezali, l'Algérie présente un terreau favorable au développement de l'entrepreneuriat social. « Il existe déjà un réseau important de coopératives et plusieurs entrepreneurs sociaux algériens ont émergé au niveau international comme Hadj Khelil (Bionoor) ou Ismaïl Chaib (SMSBridge) ». Il ne reste plus qu'à suivre la voie tracée par ces précurseurs de l'entrepreneuriat social. Car comme disait Mark Twain : « Ils ne savaient pas que c'était impossible...alors ils l'ont fait », a-t-il conclu.
ENCADRE
Bio-express - Tarik Ghezali est âgé de 35 ans. Il est né et a grandi à Alger avant de suivre des études supérieures en France à l'école centrale de Paris. Il a cofondé le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) et le Labo de l'économie sociale et solidaire. Il est l'auteur de "L'efficacité économique au service de l'intérêt général, Le livre Blanc des Entrepreneurs sociaux (Ed. Rue de l'Echiquier, 2012) et "Un rêve algérien, Chronique d'un changement attendu" (Ed. Aube, 2012).
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nejma Rondeleux
Source : www.maghrebemergent.info