Alger - A la une

L'émigration algérienne en France



L'émigration algérienne en France
Quand on parle de froideur, il ne s'agit pas toujours de la rigueur du nord de la Méditerranée, mais surtout de problèmes relationnels qu'on eut à subir nos émigrés dans la société française depuis les origines. Les premiers migrants algériens, presque tous des hommes bien portants pour faire des travaux de force, ont traversé la mer en grande partie pendant et après la 1ère Guerre mondiale pour répondre à une offre d'emploi unique dans l'histoire de la France qui avait enregistré des millions de victimes pendant 1914-1918.
Les Algériens comme tous les autres magrébins et les Africains étaient embauchés dans les mines, les chantiers de construction, les fonderies, les hauts fourneaux pour accomplir des travaux périlleux que les nationaux de France refusaient de faire. Beaucoup d'Algériens revenaient malades, sans aide médicale, sans pension. Beaucoup ne tardèrent pas à mourir après leur retour, de tuberculose ou de toute autre affection pulmonaire due à la poussière du charbon dans les mines du nord de la France ou du territoire belge. Une situation inconfortable pour les nôtres Depuis les origines de cette émigration involontaire, les Algériens ont été montrés du doigt sous le sobriquet de bougnoules. Pourtant, ils étaient là pour répondre à des besoins urgents de main d''uvre. Involontairement, ils ont traversé la mer pour vivre durement de l'autre côté de la Méditerranée et faire vivre leurs familles restées au pays. Et pour ramasser quelques économies aux leurs, nos émigrés ont dû être obligés de vivre à plusieurs dans une même chambre, de cuisiner ensemble, une vie dure pour la première génération de migrants obligés de passer leur week end au café tenu par quelqu'un des leurs. Le Café des émigrés a toujours été un espace de rencontre, un lieu d'échange des nouvelles du pays. Ces Cafés ouverts un peu partout dans les villes industrielles ou lieux d'embauche pour émigrés, étaient fréquentés aussi par les écrivains publics qui n'arrêtaient pas d'écrire des lettres ou d'en lire pour les nôtres, illettrés dans leur écrasante majorité. Cela nous rappelle Kateb-Yacine qui avait fait ce travail d'écriture pour des amis émigrés comme lui par plaisir de se mêler au monde ouvrier, d'origine nationale où il s'était fait beaucoup d'amis, partis involontairement parce qu'il n'y avait point de travail dans leur pays colonisé pendant 132 ans. Au fil du temps, peut-être après quelques décennies, au lieu de chambres communes, les émigrés ont fait pousser des bidonvilles aux abords des grandes villes pour une vie dans l'insalubrité générale et la misère. On ne sait pas ce que ces constructions de fortune sont devenues faute d'informations fiables. Les conséquences de cette longue colonisation Pendant 132 ans, des Algériens allaient en France et des Français renforçaient leur administration en Algérie. La colonisation de peuplement a commencé au lendemain de la conquête par l'arrivée de toutes sortes d'individus d'origines diverses venus faire colons, gendarmes, policiers, administrateurs, militaires de carrière. L'historien Ageron parle dans un livre consacré à l'occupation de l'Algérie de pauvres hères italiens, espagnols, russes, pour la plupart des bannis dans leur pays venus chercher fortune en acquérant facilement la nationalité française. Les juifs d'Algérie l'avait acquise au XIXe siècle pour devenir des citoyens français à part entière pour mieux servir l'administration coloniale. Ne restaient pour les Algériens que quelques arpents de terre pour pratiquer une agriculture et un élevage traditionnels pour survivre et l'émigration vers la France. Et les Français d'aujourd'hui trouvent la présence des émigrés algériens insupportable. Mais il s'agit d'émigrés de la 3e génération. Beaucoup sont descendants d'identité pour travailler dans les mines, les hauts fourneaux, d'autres sont issus de mariages mixtes. Pour assurer une meilleure communication entre les employeurs et les ouvriers algériens en France, on a assuré en Algérie un enseignement de la langue française qui ne dépassait pas le certificat d'études. Ceux qui avaient fait des études secondaires et universitaires étaient pour la plupart des enfants de notables : caïds, instituteurs privilégiés. On se réfère à des films, reportages écrits, livres parlant de la vie des Algériens de la génération des dernières décennies d'avant l'indépendance ou de celle qui l'ont suivie. Dans son film consacré aux algériens en France, Daniel Karlin parle de tiraillement entre la société d'accueil et la société d'origine. Ils ne sont ni Français, ni Algériens. La société française les repousse en tant qu'étrangers indésirables, la société algérienne les considérant comme des absents. Tahar Bendjelloun, écrivain marocain devenu citoyen français qui a obtenu le prix Goucourt s'est penché sur la situation des couples maghrébins dont les maris vivent en France pour des raison de travail, en mettant l'accent sur les maladies vénériennes auxquelles se sont toujours exposés ces migrants masculins. C'était jusque dans les années soixante dix, le sida n'existait pas encore. Et aujourd'hui, que pouvons-nous dire ' Après les 132 ans de colonisation dont 7 ans et demi de guerre, la plus meurtrière des guerres de Libération, l'émigration continue et irréversiblement. Des Algériens sont encore en France avec le statut pour la plupart de binationaux et pas seulement la France, mais tous les pays du monde rentrent en Algérie par le biais de la parabole. Que de souvenirs de séquelles bonnes ou mauvaises restent de la période coloniale au cours de laquelle ont écrit de nombreux écrivains français de la trempe de Fromentin qui a fait aussi de somptueux tableaux de peinture, Théophile Gautier, Alphonse Daudet, Guy de Maupassant, Pierre Loti et beaucoup d'autres dont les écrits restent à coloration coloniale. Des écrivains algériens sont arrivés aussi à se hisser au niveau des grands maîtres de l'écriture française. Mohamed Dib, Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Malek Haddad, Kateb Yacine qui en sont des modèles pour leurs écrits ont raconté cette histoire qui lie l'Algérie à la France.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)