«Il faut se garder des identités réductrices, source de conflits»
C’est un témoin attentif de son temps et de sa société qui a attaché sa fonction d’inspecteur de l’Education au journalisme. Quand il parle, on sent une expérience pleine et une connaissance de la société témouchentoise.
Son amour au travail du vignoble, l’a sti-mulé à écrire l’histoire locale et léguer un précieux livre intitulé «Aïn Témouchent à la rencontre du feu sacré». A travers ce bouquin, Mouas Saïd a voulu interpeller les fossoyeurs de l’intelligence et des valeurs héritées de nos ancêtres. Il a également voulu montrer par cette œuvre qu’Aïn Témouchent a marqué l’histoire de l’Algérie en rappelant le sacrifice consenti par le biais de ses valeureux enfants et l’éclat de brillants esprits et d’érudits.
La voix de l’Oranie: «Aïn Témouchent à la rencontre du feu sacré» est votre premier livre. Vous semblez assez satisfait de ce travail. Quelle finalité assignez-vous à ce livre?
Mouas Saïd: Par delà les aspects événementiels et les personnages qui y figurent, «Aïn Témouchent à la rencontre du feu sacré» reste d’abord un ouvrage de symboles.
La contrée de Sidi Saïd a été un carrefour de luttes séculaires bien avant la colonisation. Parce que la région recelait des richesses naturelles notamment agricoles. Elle était convoitée par différentes tribus qui ont tenté de disputer ces richesses aux autochtones. Il y a aussi les colons qui l’ont occupé pendant 132 ans. L’histoire d’Aïn Témouchent que j’aborde sans prétendre la couvrir entièrement montre que les gens du terroir ont eu leurs icônes dans les domaines des lettres, des sciences et des arts. J’ai voulu, à travers ce livre, restituer ce patrimoine, ou du moins une partie, à la mémoire collective. Pour que l’on sache qu’il a existé des valeurs morales et spirituelles pour lesquelles beaucoup d’hommes et de femmes ont combattu en y laissant parfois leur vie. J’ai voulu interpeller tous les fossoyeurs de l’intelligence et des valeurs léguées par nos ancêtres afin de leur dire que Aïn Témouchent ne mérite pas son sort présent au plan culturel et intellectuel.
-Avez-vous reçu des échos après la parution du livre? Pensez-vous que le public a favorablement accueilli «Aïn Témouchent à la rencontre du feu sacré»?
-Le livre a reçu un accueil très favorable. C’est la première fois qu’un enfant du terroir porte un regard croisé sur l’activité culturelle de la société depuis les années 1800.
Ceux qui ont pris la peine de le lire se sont déclarés agréablement surpris par la foultitude de repères historiques et m’ont exprimé leurs remerciements. Les autres qui, pour une raison ou une autre, n’ont pas eu l’occasion de le lire et se sont contentés de porter des critiques à travers la rumeur ou des versions tronquées, n’ont tout simplement pas cette aptitude à saisir la portée d’une œuvre culturelle quelque que soit sa valeur d’autant que des villes rurales ou semi rurales comme Aïn Témouchent ont eu une perception de la chose culturelle qui leur est propre. Un livre est une somme d’efforts et de recherches, sa parution est en soi une gageure, laissons aux initiés le soin d’en débattre le contenu.
-Vous voulez dire qu’il y a eu des incompréhensions?
-En fait il y un seul chapitre qui a suscité une forme de polémique. Le chapitre 8 se rapportant aux premières élites locales. J’ai survolé en guise d’exemples, quelques noms d’intellectuels ou de familles prises au hasard pour illustrer le fait qu’au lendemain de l’indépendance Aïn Témouchent a pu compter sur son intelligentsia. Le livre n’est ni un annuaire téléphonique, ni un «who’s who» de la bonne société. Je l’ai signalé dans le préambule du livre. Je ne pouvais tout de même pas citer tous les diplômes de la localité, certains et pas les moins pensants, ont réagi négativement parce qu’ils ne se sont pas retrouvés, eux ou leurs proches, dans l’ouvrage. Oui! Quelque part, j’ai été subjectif, quel est l’auteur d’un livre qui ne l’est pas? Il y a enfin ceux qui m’ont fait le reproche d’avoir «oublié» les sportifs et les militants de la révolution. C’est un livre sur la culture que j’ai fait. Je ne suis pas un historien de vocation pour écrire sur la révolution, il y a certainement des gens plus qualifiés que moi pour aborder un tel sujet. Aïn Témouchent, ce n’est pas seulement le Raï ou le vignoble, c’est une ville qui a enfanté de brillants esprits et de nombreux érudits.
-Et cette référence au «Feu sacré», c’est quoi au juste?
-Toute communauté éprouve le besoin de se ressourcer, sans quoi elle perd ses repères identitaires. Nos aïeux les Ouled Zaïr, Ouled Khalfa, Ouled Zeîdour et ceux des autres tribus du témouchentois nous ont légués plus qu’un mode de vie, un code de conduite où la patrie, l’honneur, la solidarité, l’effort et la foi en Dieu tiennent une place sacrée. Et quand l’école s’imposa à eux, ils y ajoutèrent le savoir.
C’est autour de ses valeurs de ce «feu sacré» qu’ils forgèrent leurs armes. Ce même feu qui a galvanisé le combattant, nourri le poète, inspiré l’artiste et permis aux élites locales de pénétrer les sciences et les arts. S’il faut résumer par un seul mot cet élan salutaire, les âmes bien nées, nous parleront du «NIF» qui prend ici une fonction hautement symbolique. La seule chose qui vaille la peine d’être défendue, c’est bien le «Nif», un rempart moral face à la Hogra, l’humiliation et l’abandon.
-Est-ce un livre sur Aïn Témouchent ou sur les Témouchentois?
-C’est un livre sur la culture qui visite les élites anciennes quelles que soient leurs origines. Il faut se garder des identités réductrices, source de conflits. La conception tribale de l’identité est aujourd’hui dépassée. Les gens qui gouvernent le monde ont choisi de consacrer le mérite et la compétence, pas les liens claniques. On naît Algérien et on le reste partout où l’on vit dans ce pays pour lequel se sont sacrifiées des millions de personnes. Il y a des particularismes qui fondent notre richesse culturelle mais ne déterminent pas notre appartenance dans l’absolu. Les éléments de notre identité ont évolué avec le temps, malheureusement davantage dans le mauvais sens. Nous vivons une grave crise de société, il faut revenir au passé, l’interroger pour en déceler les ressorts les plus puissants. C’est l’idée force qui court en filigrane de mon livre. Intégrer notre héritage moral pour en faire un élément de survie, de dépassement, telle est la mission des hommes de culture.
Sadj
Bravo à votre livre qui est vraiment bien fait, félicitation !
bonne continuation et beaucoup de réussite
Melle fouatih - opératrice - oran, Algérie
15/12/2010 - 9266
votre livre est un honneur nous les mouas a travers toutes l'algerie a alger boumerdes tiziouzou bouira blida guelma tiaret maskara grenoble marseille et paris
nous les descendants des mouas sommes vraiment fiers d'avoir un nomé said parmis les mouas
bon courrage
mouas sidali - promoteur - ain temouchent, Algérie
17/10/2010 - 7504
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com