Liban : Israël dans le piège iranien
Il est toujours difficile d’aller à contre-courant d’une opinion publique mais ce qui se passe, aujourd’hui, au Liban est bien plus complexe qu’une agression israélienne qui n’est pas la première du genre dans ce pays. Et, à moins que la communauté internationale ne réagisse unanimement pour y mettre rapidement un terme, c’est une guerre sans limite qui se profile. L’enjeu n’est ni les prisonniers arabes d’Israël, ni encore moins la Palestine mais le repositionnement de l’Iran depuis l’arrivée à sa tête de son actuel chef d’Etat.
Israël a tellement fait de mal dans la région avec le soutien des Etats-Unis que la rue arabe et musulmane, de manière générale, ne lui souhaite «avec raison» que sa disparition définitive. C’est ce à quoi s’est attelé à œuvrer Téhéran depuis l’arrivée à sa tête de l’actuel Président, d’abord dans le discours officiel et, ensuite, depuis le 12 de ce mois, en lui tendant le piège de l’enlèvement de deux de ses soldats par le Hezbollah, dans lequel il a foncé, tête baissée, avec son arrogance habituelle, confiant en sa puissance militaire que lui fournit sans compter l’Amérique. Alors que ce dernier s’embourbait en Irak (d’où l’Iran n’est pas absent) tout en construisant des utopies du genre «Grand Moyen-Orient» et «Nouveau Moyen-Orient», Téhéran a méthodiquement préparé son piège. Elle a noué des liens solides avec la Syrie qui s’est retrouvée isolée de tous, équipé fortement le Hezbollah en armes puissantes, consolidé son influence sur le Jihad islamique et le Hamas palestiniens et s’est déclarée officiellement attachée à achever son travail sur le nucléaire. Il se trouve seulement que l’ensemble des Etats musulmans connaît parfaitement l’Iran pour avoir eu à pâtir de ses velléités idéologiques, l’»exportation de sa révolution islamique» et même son projet hégémonique d’»empire chiite du Pakistan au Liban». L’Algérie en connaît un bout avec les réseaux qu’il avait tissés avec certains courants du FIS-disoous et du GIA avant fin 1992, qui ont été entraînés par Hezbollah en 1993-94, et avec d’autres en Iran même, entre 1997 et 2000 (voir le journal El-Hayat, Londres, du 28 juin 2005). D’autant que ces mêmes Etats, sur un autre plan, se trouvent de plus en plus confrontés à une implantation visible ou quasiment clandestine de «communautés» qui se réclament du chiisme dont ils ne sont pas toujours rassurés, surtout quand il s’agit de «conversions» nouvelles d’anciens sunnites.
Réduire la situation actuelle au Liban à une confrontation entre le Hezbollah et Israël pour une affaire de prisonniers ou même de l’occupation de la zone de Chabaâ serait simpliste. La solidarité avec les Libanais qui n’aspiraient qu’à la paix et qui croyaient en la vertu du dialogue pour régler leurs problèmes internes est une chose, mais suivre le Hezbollah plus proche des intérêts idéologiques de Téhéran que politiques de son pays en est une autre.
Elle recommande une prudence à toute épreuve. Celle dont Israël a manqué et que lui font payer les katiochkas, en attendant les missiles Zelzal et autres Chihab de même que les attentats kamikazes d’une autre espèce. Et au-delà, le risque d’un embrasement général.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com