Alger - Revue de Presse

L’analyse du jeudi



Les civils dans le collimateur du GSPCLe GSPC s’est toujours défendu de s’en prendre à la vie des civils. C’est même l’une des raisons qui a justifié, selon ses affirmations, la dissidence du GIA de ses premiers noyaux en 1996 avant sa proclamation en organisation autonome deux ans plus tard. Depuis, s’il a effectivement essayé d’éviter de tomber dans le «déviationnisme» du GIA qui s’est spécialisé dans les massacres qu’on lui connaît, il ne s’est pas empêché de pratiquer le racket à grande échelle des populations dans des faux barrages, des incursions et des enlèvements, les extorquant de leurs biens et argent en utilisant l’intimidation et la terreur. Ce que le salafisme «pur», dont il se réclame, interdit du fait que le «djihad ne saurait être financé avec des fonds arrachés injustement (bi ghir haq)». De même, il n’a pu résister à la tentation facile d’attenter à la vie des jeunes conscrits rendus à la vie civile après l’achèvement de leur service militaire, avant de mettre cette pratique en veilleuse, apparemment suite à une «fetwa» très explicite d’un de ses idéologues du Moyen-Orient (Abou Bacir). Mais comme le vecteur premier du terrorisme est, d’abord, la terreur qui le porte, le GSPC a atteint, ces derniers jours, le seuil à partir duquel il renoue ouvertement avec sa nature terroriste en déclarant, sans détour, sa décision de viser dorénavant les civils. Cette mi-juillet, il a, en effet, diffusé un communiqué qui n’a pas encore trop circulé du fait que son site Internet n’est pas opérationnel mais dont, au moins, un quotidien national a reçu une copie dans laquelle il annonce une prochaine étape où il n’aura plus à épargner la vie des civils. Les «justifications» qu’il présente sont celles-là même auxquelles le GIA a recouru en son temps et qui l’ont amené à devenir le monstre qu’il fut. «Justifications» qui, faut-il préciser, sont mises en avant par l’ensemble des organisations «djihadiques» qui se réclament du salafisme (Tchétchénie, Irak) sans qu’elles soient tranchées définitivement dans la polémique qui les entoure au sein de la mouvance. La pierre angulaire de ces «justifications» est la théorie du «tatarosse» ou «tamatrosse» (selon les «écoles»). Cela consiste, en gros, à accuser les civils de constituer un bouclier autour des forces de sécurité pour les protéger des attaques des «moudjahidine». Dans son communiqué, le GSPC se plaint qu’il n’arrive plus à organiser des coups d’éclats contre les forces de sécurité du fait que les civils vivent et collaborent avec elles et, même, leur assurent différents services comme des approvisionnements en produits d’intendance, si bien qu’elles ne se consacrent plus qu’aux embuscades et ratissages contre les «moudjahidine». En rendant les civils responsables de son incapacité d’être plus sanguinaire, il leur donne un délai de deux mois pour rompre tout contact, de quelque nature qu’il soit, avec l’armée et les autres forces de l’ordre, suite de quoi, ils n’auront à s’en prendre qu’à eux-mêmes. Pour nouvelle qu’elle puisse paraître, cette sortie du GSPC, est en fait à lier à un «Appel» lancé le 15 mai dernier, au moment fort de l’offensive contre le revers qu’il a subi au mont Seddat (Jijel), où il était question, entre autres, de «boycotter» l’armée. Mais en réalité, il ne s’agit rien d’autre que d’une orientation du GSPC dans la voie du GIA qui était déjà dans l’air à travers ses écrits depuis le début de l’année en cours et à laquelle il veut donner des échéances précises, en mettant en avant cette théorie du «tatarosse». Sur ce point précis, le GIA, en son temps, a largement démontré son fourvoiement et la levée de boucliers contre lui à travers le monde. Le GSPC serait bien avisé de relire l’instructif document rédigé en janvier 1997 par un ex-terroriste qui s’est donné pour nom Ayoub Ahmed Abdellah et qu’il a intitulé «Nacihat el-achbèl bi et-tafriq beyn el-houda wa edh-dhalal» (Conseil aux jeunes pour distinguer entre la foi et l’égarement) où il interpelle le GIA sur trente et un points présentés sous formes de réflexions, dont le «tatarosse». Mais, le GSPC devrait surtout méditer la conclusion des «Mémoires» de Omar Abdelhakim (Abou Mosaâb es-Souri) à propos du terrorisme en Algérie : «La longue expérience s’est achevée... Et, bientôt, peut-être, elle sera une matière pour les archives de l’histoire de l’Algérie. Ce fut un épisode douloureux avec un effroyable prix payé par le peuple algérien. Nous avons perdu, en tant que djihadistes et en tant qu’islamistes, notre dernière bataille «de la fin du 20ème siècle».
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