«Le temps des dénégations est terminé»
Une fois de plus, l’histoire s’invite dans les relations algéro-françaises pour rappeler ici et là-bas que l’avenir entre Alger et Paris doit encore se conjuguer au passé, dont il urge pourtant de chasser les démons.
C’est un peu dans cette pers-pective qu’il convient d’ins-crire le discours prononcé, hier, par l’ambassadeur de France en Algérie, M. Bernard Bajolet, en visite, hier, à Guelma, une des villes martyres ayant été le théâtre des massacres du 8 mai 1945. Pour l’ambassadeur français, qui s’exprimait devant des universitaires, «le temps des dénégations est terminé». Cette phrase est loin du devoir de repentance clamé par l’Algérie, mais force est de reconnaître qu’elle est tout de même d’une tonalité supérieure par rapport à celle du prédécesseur de M. Bajolet, qui s’était limité, il y a trois ans à Sétif, à qualifier de «tragédie épouvantable» les massacres du 8 mai 1945, mais sans pour autant situer les responsabilités. «Le temps des dénégations est terminé», comme le dit l’ambassadeur, cela laisse entendre que la France officielle est, aujourd’hui, prête à regarder son passé colonial en se démarquant de sa bonne conscience qui fait de la colonisation «une œuvre civilisatrice» pour les indigènes. Mise à part cette phrase-clé, Bernard Bajolet a convié l’assistance à revisiter l’histoire en estimant que la date historique a marqué, pour le monde, le terme du second conflit mondial et la fin du régime nazi mais qui a, dans cette ville, d’autres résonances la renvoyant à l’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire de l’Algérie coloniale». Et de considérer que ces massacres «ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d’une tache indélébile».
L’ambassadeur de France, dont le discours a dû avoir l’onction du Quai d’Orsay, a fait référence au discours prononcé par le président Sarkozy à Constantine, lors de sa visite en Algérie en décembre 2007 et dans lequel il avait fait alors un exercice d’équilibre en culpabilisant la colonisation en tant que système dont sont victimes aussi bien les Algériens que les Français.
L’ambassadeur français, à la suite de son président, est partisan de regarder le passé non pas pour alimenter le ressentiment, mais pour éclairer l’avenir des relations bilatérales. Et «pour que ces relations soient pleinement apaisées, il faut que la mémoire soit partagée et que l’histoire soit écrite à deux, par les historiens français et algériens».
«La France doit faire sa part de chemin, la plus grande, sans aucun doute, mais elle ne peut pas la faire toute seule. Il faut que les tabous sautent, des deux côtés, et que les vérités révélées fassent place aux faits avérés», a-t-il ajouté. En fait, pour Bajolet, l’intérêt dans les relations bilatérales est de se placer sur le terrain du pragmatisme synonyme du «gagnant-gagnant» et de laisser, exclusivement, la tâche de l’écriture de l’histoire aux spécialistes de cette matière dont les outils et le recul scientifique permettent d’aboutir à une version plus ou moins consensuelle de la période coloniale. «La connaissance et la reconnaissance du passé ne doivent pas accaparer seules notre attention, mais elles peuvent nous aider, Français et Algériens, à mieux aborder, ensemble et fraternellement, l’avenir que nos jeunes sont en droit d’espérer».
Et de conclure sur les perspectives dont est porteur le projet de l’Union de la Méditerranée chère à Nicolas Sarkozy. «Ce qui a été réussi en Europe peut l’être aussi en Méditerranée», dit-il. Encore faut-il que ce projet, qui reste pour le moment comme un plan sur une comète, puisse avoir un contenu concret pouvant faire contrepoids aux blessures du passé colonial.
H. Senouci
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com