-D'un point de vue sociologique, comment expliquer l'aversion de certains Algériens pour le payement des impôts '
L'Algérien continue de fonctionner selon la mentalité du Baylek. En d'autres termes, le citoyen algérien considère que c'est d'abord à l'Etat de lui garantir des droits avant qu'il ne s'acquitte lui-même de ses devoirs. Le point essentiel c'est que le non-payement des impôts entre dans le cadre de la fraude et même de la corruption dans sa définition la plus large, dans la mesure où il s'agit d'échapper à une obligation légale. L'autre point est que citoyen algérien n'est pas conscient de l'importance des impôts, puisqu'il réclame des services sans participer à leur financement.
-Le fait d'être un pays rentier n'encourage-t-il pas cette mentalité '
Le problème est plus profond que cela. Il renvoie à l'impact du facteur historique sur la conscience de l'Algérien vis-à-vis de l'Etat. Pour lui, l'Etat a toujours été en tort et le payement des impôts est considéré comme une punition. Cela est en relation avec la période de la domination turque quand l'impôt était confisqué de l'Algérien sans contrepartie en termes de services rendus. Pendant la colonisation française, également, l'impôt était une manière de priver l'Algérien de ses droits, qui, en cas de non- payement, se voyait confisquer ses terres et ses propriétés. Dans son subconscient, l'Algérien assimile donc l'impôt à une punition et non à un devoir dont la contrepartie est de bénéficier de services.
-La Constitution défend le principe de l'égalité devant l'impôt qui, pour de nombreux Algériens, n'est pas respectée. Ce sentiment d'injustice ne justifie-t-il pas leur comportement '
En effet. Si on regarde bien, celui qui paye systématiquement l'impôt c'est le simple salarié, parce qu'il est prélevé à la source. Pour le reste, le payement intervient après le contrôle. C'est pour cela que chez certains opérateurs économiques et même les professions libérales, il y a une évasion fiscale fondée sur les fausses déclarations. Cette fraude donne au citoyen le sentiment que l'Etat applique le principe de deux poids, deux mesures, puisque les impôts taxent les pauvres et les moyens salaires et épargnent les gros revenus et les industriels. Cette appréciation vient d'une méconnaissance des mécanismes d'imposition et de recouvrement de l'impôt. Les services des impôts doivent être à la hauteur de la mission qui leur est dévolue, que ce soit sur le plan du contrôle ou de l'évaluation réelle des richesses détenues par certaines catégories de population. Le barème n'est pas clair et dans beaucoup de cas, on utilise le forfait, ce qui fait que le pouvoir d'appréciation est exclusivement celui de l'agent du fisc, ce qui peut donner lieu dans certains cas à des dérives, voire à des injustices.
-Ne pas payer ses impôts est donc quelque part justifié '
Il faut qu'un effort soit fait pour mettre en avant l'importance des impôts et celle pour les citoyens de s'acquitter de leur devoir avant de réclamer des droits. Il faut aussi une politique rationnelle en matière de fiscalité. Cela est possible si on prend en considération la véritable fonction de l'impôt qui est une contrepartie des services que l'Etat doit procurer aux citoyens dans tous les domaines de leur vie quotidienne.
-Mais quand on voit l'argent qui est détourné, l'ampleur de la corruption et la défaillance du service public, les contribuables ont de quoi douter '
Evidemment et cela constitue un gros problème. Beaucoup de contribuables ne voient pas où va l'argent des impôts et reçoivent en contrepartie des services médiocres. Il y a un lien entre la réalité vécue par les citoyens quotidiennement (l'accès à la santé, à l'éducation') et les impôts. Il faut améliorer les services publics et démontrer que les impôts récoltés vont dans le bon sens et ne sont pas destinés à être détournés par une certaine oligarchie au détriment des couches les plus pauvres.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com