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L'Algérie représentée par Lounis Baouche



Une des galeries des plus importantes sur la place d'Alger, Rhizome, a pris part récemment, soit du 20 au 24 octobre dernier, parmi 36 galeries internationales, à la 7ème édition de la Paris Internationale. À cette occasion, la galerie a représenté l'artiste visuel Lounis Baouche (Algérie). Rappelons que Rhizome qui travaille sur la promotion des artistes contemporains émergents, en mettant l'accent sur l'art algérien et celui de sa diaspora, Rhizome représente actuellement Adel Bentounsi et Bardi, tout en continuant à développer son pool d'artistes en y inêlant aussi bien des talents émergents que des artistes confirmés.À noter que Paris Internationale a été fondée en 2015 comme une alternative innovante aux foires d'art traditionnelles, et s'est rapidement imposée comme une plateforme incontournable pour la promotion d'artistes émergents et la redécouverte de figures plus établies. Collaborative, libre et audacieuse, la foire associative fondée à l'initiative d'un collectif de galeries, offre depuis sa création une sélection riche et pointue de projets artistiques portés par des galeries du monde entier. Pour ceux qui ne connaissent pas encore le jeune artiste Lounis Baouche, ce dernier est artiste visuel algérien, né en 1994. Diplômé de l'école régionale des beaux-arts d'Azazga, il vit et travaille à Béjaïa (Algérie).
La dystopie et ses cordes
Lounis Baouch, s'intéresse aux relations sociales qu'entretiennent les individus entre eux, plus particulièrement, les rapports d'autorité, d'oppression et de résistance. Son travail est pluridisciplinaire et inclut la peinture, le dessin, la céramique en passant par l'installation. Il envisage, actuellement, d'entamer la vidéo d'art dans ses projets futurs. Il joue des cordes de la dystopie et s'entraîne à affirmer un monde qui lui semble familier. Il s'intéresse aux éléments qui façonnent l'imaginaire collectif et à la manière dont se construisent les archétypes qui définissent les rapports humains, en insérant sur des fonds plâtreux, des personnages naïfs, des corps en morceaux, ainsi que des formes géométriques qui finissent par constituer des fragments de narration. Aussi, il est indiqué dans le dossier de presse, qu' Il estime que non seulement, il doit y avoir une forme, mais aussi de la couleur et des modèles archaïques souvent retrouvés dans les vestiges des civilisations ancestrales, sous forme de peintures rupestres, de sculptures, de céramique etc. Cette dernière évoquant pour lui, à la fois, l'éphémère et la constance.
En d'autres termes, au moment de la réalisation de ses sculptures, il exécute son acte de manière consciente que son travail sera voué tôt ou à tard à se briser, ou à devenir vestige de la postérité.
En évoquant l'archétype, Lounis l'associe au besoin pressant d'idéalisation ou de l'idolâtrie. Il associe ses personnages à des figures qui pourraient faire partie de nos familles, ancestrales ou futuristes; car ils sont toujours reliés à un imaginaire collectif qui lui, se transmet de génération en génération (passées, présentes et futures). L'approche artistique du jeune Lounis se veut bien philosophique et repose sur la notion d'«Anthropocène. Idiocène'»
L'ère humaine et l'univers
Anthropocène ou «l'ère de l'humain», dit-on. La conception que l'humain soit l'entité centrale la plus significative dans l'Univers, en appréhendant la réalité à travers son seul oeil, alors que le monde dans lequel nous vivons actuellement, chaotique, en équilibre critique et ayant dépassé un point de non-retour, porte rapidement à harponner cette doctrine par son côté obscur. Qu'en est-il de l'homme contemporain' Cet être supposé être le plus significatif et dont l'action est décisive sur le devenir de la terre et de son espèce même! Ce sont les réflexions et les questions que pose Lounis Baouche dans cette série, nous apprend -on.
En évitant formellement l'illustration et le figuratif, Lounis positionne ses oeuvres dans la métaphore et puise des éléments de son environnement direct ou des événements d'actualités qu'il qualifie de marquants, pour représenter son archétype d'homme contemporain. Il évoque, entre autre, l'anthropophagie en référence à certains faits, absurdes, ayant pour le moins pris une envergure médiatique démesurée et qui, d'après lui, dévoilent la nature de l'humain en situation de crise. Il dit que «L'humain est bon en temps d'accalmie, mais dévoile rapidement son côté bestial, primitif et acéphale en temps de crise».
L'un des exemples les plus extraordinaires de cannibalisme moderne pour Lounis, demeure celui de la pénurie de papier toilette, au début de la pandémie mondiale liée à la Covid-19. Il juxtapose le Narcisse du Caravage, à son narcisse du XXIe siècle, réduit à se contempler dans sa propre urine, devenant ainsi, quasiment identique aux personnages du film «Idiocracy» de Mike Judge.
En somme, Baouche nous invite dans cette série, à questionner ce qu'il reste d'humain en nous, être tiraillés entre l'égocentrisme et la prétention de race supérieure, et les ravages qu'engendre notre bêtise, présageant l'ère la plus courte de l'histoire de la Terre. Au final, l'ère de l'Anthropocène n'aurait-elle pas eu plus de sens à s'appeler l'ère de l'Idiocène'
Un travail en somme bien, instructif, profond et très intéressant. À découvrir!
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