
-Gazprom et ENI sont parvenus cette semaine à un accord pour l'indexation des prix du gaz russe sur ceux du marché spot. Quelles seraient, selon vous, les conséquences de cet accord sur le marché 'La conséquence la plus dramatique est que cet accord risque d'entraîner une baisse des prix du gaz sur le marché européen. Gazprom est un géant du gaz. C'est aussi le principal fournisseur de l'Union européenne. Si l'ENI, qui est également un géant du marché de l'énergie, a obtenu une telle concession de la part de Gazprom, il faudra s'attendre à ce que les autres consommateurs de gaz demandent les mêmes concessions de la part de leurs fournisseurs.Le plus grave est que cette décision ne concerne pas uniquement l'indexation des prix du gaz sur ceux du marché spot, mais il s'agit bien de l'abandon d'un système régissant le marché du gaz depuis plusieurs décennies. Lequel système repose sur trois principes : l'indexation des prix du gaz sur ceux des produits pétroliers, les contrats à long terme et le principe de take or pay.C'est une décision qui aura de lourdes conséquences, desquelles l'Algérie ne pourra pas échapper. Je suis sûr que les acheteurs de gaz algérien finiront pas demander à être alignés sur cette procédure.Il ne faut pas non plus perdre de vue l'immense contrat passé par Gazprom avec la Chine. C'est un contrat très important. Un contrat de 300 milliards de dollars pour la fourniture de gaz russe à la Chine sur une dizaine d'années.Gazprom est d'ailleurs motivé par plusieurs facteurs. Il s'agit en premier lieu d'une réponse à la situation engendrée par la crise ukrainienne. C'est aussi le fait que Gazprom veut se battre pour conserver ses parts de marché.-Que pourrait faire Sonatrach pour faire face à cette nouvelle situation 'Sonatrach devra étudier le marché et les conséquences de ces accords sur le marché afin de s'adapter. Elle pourra aussi agir via le Forum des pays exportateurs de gaz auquel prend part la Russie. Il y a une rencontre de prévue prochainement. L'Algérie pourrait ainsi interpeller la Russie sur les motivations des décisions prises et des conséquences que cela induit sur le marché. D'autant que c'est une décision unilatérale alors que la Russie aurait pu poser le problème à travers le FPEG.Sonatrach ne doit pas perdre de vue qu'elle risque de perdre des parts de marché.-Cependant les choses ne semblent plus se passer au niveau politique, mais ce sont les préoccupations pragmatiques qui priment?Il est clair qu'aujourd'hui ce ne sont plus les grands principes politiques qui priment et que les producteurs sont plus préoccupés par la préservation de leurs parts de marché. Ils sont prêts à certaines choses pour protéger ou même augmenter leurs parts de marché. Il est clair que la Russie dispose d'énormes réserves de gaz, elle peut donc se permettre de faire ce genre de concessions.-Le marché asiatique constitue-t-il une réelle alternative pour Sonatrach 'Le marché asiatique reste un marché porteur puisque c'est là où les prix sont les plus élevés. Mais celui-ci présente certains problèmes. Il s'agit en premier lieu du fait de l'éloignement géographique. C'est un marché qu'on ne peut donc pas alimenter par gazoduc. Et vu la distance, il y a beaucoup de fournisseurs qui accèdent plus aisément à ce marché. Il y a d'abord le Qatar qui a misé sur le GNL. D'autres fournisseurs comme l'Australie, l'Indonésie et Brunei qui sont de sérieux concurrents. N'oublions pas non plus et surtout la Russie qui a démontré grâce au contrat décroché avec la Chine qu'elle était prête à alimenter le marché asiatique.-A moyen terme, d'énormes quantités de GNL risquent de se déverser dans le bassin pacifique. Cela ne risque-t-il pas d'induire un effondrement du marché 'C'est certain. C'est un marché très important et qui suscite beaucoup de concurrence. Beaucoup de fournisseurs risquent d'être de sérieux concurrents pour l'Algérie, car disposant de paramètres plus favorables comme la distance et la disponibilité. C'est là que se situe le problème. Car cela veut dire pour l'Algérie consacrer un partie de son gaz au GNL pour essayer de gagner quelques parts de marché, et aussi faire des efforts sur les prix. Pour faire face à la concurrence, si on veut prendre des parts de marché, il faudra impérativement faire des efforts sur les prix du gaz. Comme vous l'avez dit, il n'y a pas de politique dans le marché, c'est juste une question de pragmatisme.-Ne croyez-vous pas que Sonatrach devrait changer de stratégie pour ne plus être qu'un fournisseur de gaz et investir dans la transformation et la création de valeur ajoutée 'C'est clair. Et l'Algérie pourrait faire beaucoup de choses dans ce sens. On pourrait ainsi investir dans la pétrochimie pour créer de la valeur ajoutée.On pourrait également utiliser le gaz dans des unités hybrides pour la production d'électricité solaire. On pourrait imaginer qu'on puisse demain exporter de l'électricité solaire. Je pense que l'Europe pourrait être preneuse. C'est l'une des possibilités.Cela nécessite bien évidement de remettre à plat toute la stratégie du secteur. On ne peut plus continuer à fonctionner selon la stratégie des années 70. Il faut réévaluer les choses, s'adapter à la nouvelle donne, revoir notre potentiel et quels sont nos besoins réels. Il ne faut pas non plus oublier la demande sur le marché national lequel est fortement demandeur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Roumadi Melissa
Source : www.elwatan.com