
Cette sortie de Haftar a contraint l'ONU à réagir en accusant le gouvernement de Tobrouk de saper les efforts de la médiation.Depuis plusieurs semaines déjà, la question pendante de la signature d'un accord engageant les deux principales factions en Libye se posait. Après que le gouvernement reconnu de Tobrouk ait crié victoire en juillet dernier, son rival de Tripoli a jeté un froid en refusant le texte proposé par l'envoyé spécial de l'ONU, à moins que tous ses amendements - neuf au total - ne soient pris en compte. Bernardino Leon a fait de son mieux pour à la fois satisfaire tout le monde et son père, révisant son projet d'accord dans lequel furent introduits sept des amendements préalablement attendus par Tripoli. Convaincu d'avoir effectué le plus dur, il a cru pouvoir annoncer voici une dizaine de jours, à Genève, la conclusion imminente de ses efforts. Peine perdue.Pour aussi laborieuses qu'elles aient été depuis de longs mois, les tractations avouaient, selon les participants des deux camps, des progrès sérieux de sorte que l'optimisme volontiers affiché par le représentant du secrétaire général de l'ONU, également chef de la mission onusienne en Libye, pouvait paraître des plus légitimes. A tel point qu'on pensait réellement imminente l'annonce d'un accord scellant la paix et la réconciliation dans un pays meurtri, malgré les multiples obstacles et la surenchère des exigences posées de part et d'autre par les belligérants.Lorsque Tripoli a exigé, dans l'un de ses amendements, la tête du général Khalifa Haftar, et lorsque Bernardino Leon a introduit dans le texte du projet d'accord cet amendement, entre autres, il était inévitable que les évènements prennent une toute autre tournure. C'est le choix auquel s'est justement livré le bouillant général qui a lancé samedi dernier une offensive aérienne sur Benghazi, provoquant six morts et une dizaine de blessés, avec l'intention affichée de doucher l'optimisme ambiant sur l'imminence de l'accord.Cette sortie de Haftar a contraint l'ONU à réagir en accusant le gouvernement de Tobrouk de saper les efforts de la médiation. Dans une déclaration, la Manul a en effet condamné «fermement l'escalade militaire à Benghazi», estimant que «le timing des frappes aériennes menées par les forces du gouvernement reconnu par la communauté internationale vise clairement à saper les efforts en cours pour mettre fin au conflit». La Manul a en outre rappelé les souffrances de la population de Benghazi depuis 2009 et le fait que ces attaques interviennent à quelques jours de l'Aïd el Adha, un préjudice aggravé pour des Libyens qui aspirent à «vivre dans la paix et la tranquillité».Outre la condamnation par les Etats-Unis et les pays européens qui soutiennent sans réserve la médiation onusienne, il y a lieu de relever celle de l'Algérie qui «condamne avec force le regain des violences en Libye notamment les derniers raids sur la ville de Benghazi», selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Alger réitère son «appel à la retenue pour préserver la cohésion et l'unité du peuple libyen» pour lesquelles la diplomatie de notre pays a fourni d'intenses efforts, accueillant les partis et la société civile, puis les chefs des groupes en conflit, à l'exclusion des organisations terroristes, afin de baliser la voie à l'incontournable solution politique qu'elle préconise depuis des années.Cette stratégie de la tension n'est pas le fruit du hasard et les partisans de la violence, dont le général Haftar se veut le chef de file, savent bien que la paix n'est en aucun cas au bout des fusils. Leur objectif, à un moment où les négociations sont parvenues à leur phase ultime et bien sûr critique, ne vise rien d'autre qu'à surenchérir dans l'escalade de la terreur, afin de réduire à néant les progrès obtenus. «L'Algérie, qui appelle tous les frères libyens à faire preuve de sagesse et de retenue et à éviter tout acte pouvant porter atteinte à la cohésion du peuple libyen, réaffirme son soutien à ce pays frère et son appui au processus de négociations sous la supervision des Nations unies ainsi que son soutien à tous les efforts internationaux visant à parvenir, dans les plus brefs délais, à une solution politique qui garantirait l'union de la Libye et de sa souveraineté», dit le communiqué du MAE. Encore faut-il qu'il soit entendu par les Libyens qui, au sein des deux factions, souhaitent réellement en finir avec une guerre préjudiciable au peuple libyen tout entier. Témoin, l'attaque de la ville de Koufra intervenue dimanche, dans le sud-est du pays, et dans laquelle une trentaine de personnes ont été tuées par des bandes rivales.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chaabane BENSACI
Source : www.lexpressiondz.com