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"Kateb Yacine, enfant de la tragédie"



Organisée par l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC), cette conférence nationale a été marquée par plusieurs communications portant sur les écrivains de la diaspora et leur combat à travers l'écriture.Dans le cadre de la Journée nationale de l'émigration (dédiée aux massacres du 17 Octobre 1961), l'Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) l'a célébrée à travers une conférence nationale sur la littérature algérienne de l'exil "édition Kateb Yacine". Organisé samedi à Dar Abdellatif (Alger), cet événement a été marqué par une série de rencontres, portant notamment sur le rôle des intellectuels de la diaspora algérienne à travers leur écriture.
Animée par des universitaires et auteurs, cette journée était impartie en plusieurs séances, durant lesquelles les conférenciers ont tenté d'apporter des éclairages sur diverses personnalités et ce, à travers leur combat et leur attachement à leurs origines. Dans son allocution, le président de la conférence, l'universitaire Ahcen Tlilani, est revenu sur cette journée particulière qui rappelle le meurtre sordide de centaines d'Algériens en France par Maurice Papon et ses hommes. Concernant la littérature, il a soutenu que l'Algérie a toujours connu des auteurs issus de l'émigration et ce, depuis Apulée, l'émir Abdelkader, Réda Houhou...
"Après le déclenchement de la guerre de révolution, beaucoup d'écrivains sont partis et ont porté la cause algérienne dans leurs écrits, à l'exemple de Kateb Yacine, l'un des plus grands intellectuels à avoir défendu notre pays", a-t-il souligné. Tout en citant des écrivains ayant quitté l'Algérie après l'indépendance, à l'instar de Mohammed Dib et d'Assia Djebbar ou encore d'Ahlam Mosteghanemi, d'Amara Lakhous, de Yasmina Khadra...
"Paradoxalement, les voix ayant porté la cause algérienne à l'international sont celles de l'émigration." Dans sa communication intitulée Kateb Yacine, les non-dits d'une tragédie, Hmida Ayachi (auteur, dramaturge) a raconté sa première rencontre avec l'auteur de Nedjma.
"Cela remonte à 1978. J'étais encore lycéen, et Kateb dirigeait la troupe de théâtre de Sidi Bel-Abbès. Avec un camarade, nous voulions nous entretenir avec ce ?monument de la créativité'. Alors, il nous a proposé de regarder l'une de ses pièces", a confié H'mida Ayachi. Suite à cette invitation, son école a assisté à la représentation de La Guerre de 2000 ans. "Nous avons découvert un théâtre différent, qui se joue sur une scène vide, accompagnée par des textes courts et forts, ainsi que par de la musique populaire relevant de notre patrimoine culturel." Pour revenir à la thématique de sa conférence, l'intervenant a expliqué que Kateb Yacine est l'enfant de la tragédie.
"Il est né avec la tragédie du 8 Mai 45 ; il a vécu une tragédie collective : celle du peuple." Ces massacres l'ont accompagné tout au long de son parcours et ont été vécus par Kateb comme "un traumatisme personnel". Outre ces événements, l'auteur de Mohamed prends ta valise a eu droit à un autre lot de drames, notamment la maladie de sa mère, à laquelle "il était très attaché. À cet effet, il a extériorisé cette tragédie à travers la poésie".
Selon le conférencier, tous ces facteurs tragiques étaient une source d'inspiration, car "la tragédie est principalement présente dans son théâtre, sa littérature, sa poésie". Par ailleurs, il a évoqué, entre autres, quelques-unes de ses ?uvres, en soulignant que "Yacine s'intéressait dans son travail à trois guerres : algérienne, vietnamienne et palestinienne. Aussi, il vivait le drame de son peuple". Tout en insistant sur le fait qu'il était très attaché à l'histoire, notamment à l'émir Abdelkader, et à l'errance.
"Dans son appartement au centre familial de Ben Aknoun, il y avait toujours une valise posée dans une pièce. Il était constamment prêt à voyager, à partir (...) Pour lui, il fallait s'approcher du peuple." Pour sa part, l'écrivain et traducteur Mohamed Sari a évoqué dans sa communication l'importance de la traduction dans la "récupération" de la littérature de l'exil.
Même si elle est écrite dans la "langue de l'autre", pour ces écrivains algériens "l'acte d'écrire est en lui-même un acte de traduction". Cette journée s'est poursuivie avec diverses conférences portant sur l'émir Abdelkader, Mohammed Dib ou encore sur le film Le Silence du fleuve de Mehdi Lalloui.

H. M.
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