L'histoire des clubs de football algériens reste à écrire. On connaît plus souvent leur palmarès que les conditions de leur naissance et leur évolution. Plusieurs d'entre eux, qui enchantent encore les Algériens et font vibrer les stades, sont nés durant la colonisation, comme une façon de s'affirmer face à un colonisateur méprisant. Par ailleurs, ils ont été de véritables écoles de nationalisme avant de connaître, après l'indépendance, des fortunes diverses.Omar Mokhtar Challal a consacré un ouvrage historique à la glorieuse équipe de L'Entente sportive de Sétif. Intitulé L'Entente au coeur, 1958-1988 : un trentenaire historique, il est publié chez Casbah Editions. De prime abord, on découvre que l'Entente de Sétif a été fondée en 1958, date qui semble récente au regard du palmarès de ce club et de son aura auprès de tous les Algériens. Comme pour la majorité, sinon la totalité des clubs anciens, on retrouve des nationalistes algériens à l'origine de la naissance. La région de Sétif fut un bastion de la résistance anticoloniale et, notamment, l'épicentre des manifestations du 8 Mai 1945. L'auteur désigne Ali Layasse comme étant le précurseur du club.Amoureux de football, infatigable dénicheur de talents, son humble métier de gardien de stade le prédestine à être proche de ce sport déjà populaire. Son terrain de chasse, ce sont les «Q'atças», les terrains vagues de la ville où des footballeurs en herbe s'adonnent à leur passion avec virtuosité. En fondant l'Entente, Ali Layasse voulait faire acte de militantisme et couper l'herbe sous les pieds de Guy Fontano, truand notoire de la ville qui dirigeait la Jeunesse Sportive de Sétif, lequel, par sa connaissance du milieu et ses moyens financiers, soudoyait de jeunes Algériens en leur promettant monts et merveilles.La guerre de Libération nationale avait commencé depuis quatre ans. Pour rendre effective l'existence d'un club défendant les couleurs des Algériens dans un environnement hostile, il fallait se référer à l'organisation révolutionnaire du FLN. Celle-ci donne son accord, assurée que le club allait porter haut l'étendard de l'algérianité. A partir d'octobre 1958, le club va rapidement sortir de l'anonymat grâce au recrutement de jeunes Sétifiens talentueux. Tout symboliquement, le premier match de l'Entente aura lieu contre une équipe militaire de la région, à savoir le GH2, l'équipe de l'Héliport.Cette rencontre inaugurale permet à l'Entente qui remporte sa première victoire de montrer ses potentialités footballistiques mais aussi nationalistes car les deux dimensions étaient alors indissociables. Le club voit sa réputation grandir, ce qui provoque la colère des ultras de l'Algérie française. Fort de leur prépondérance, ils feront tout pour le saboter, notamment en magouillant dans les coulisses auprès des arbitres. A la fin du conflit, le club devient plus ambitieux et tente de se renforcer en recrutant Mokhtar Arribi comme entraîneur.L'indépendance acquise après plus d'un siècle de domination française, une nouvelle ère s'ouvre pour l'Entente. Avec des moyens financiers très limités, le club arrive quand même à remporter la première coupe d'Algérie de l'histoire au stade du 20 août 1955 à Alger contre l'ES Mostaganem, le dimanche 23 avril 1963. Une année plus tard, l'équipe continue sur sa lancée avec des joueurs très talentueux comme Lounis Mattem, et parvient à remporter sa deuxième coupe d'Algérie face à un autre grand club de l'Est, le MO Constantine, le 17 mai 1964.La saison sportive 1964/1965 s'annonce sous de mauvais auspices avec le départ de Mattem pour le CR Belcourt. Mais le club, fort des ressources de son école de formation arrive à amortir le choc et devient le spécialiste des victoires en coupe d'Algérie. L'Entente surmonte d'autres tourments, surtout lors du retour en 1967 de l'enfant prodige de Sétif, l'entraîneur Mokhtar Arribi. D'autres joueurs marquent de leur empreinte le club, à l'image d'Abdelhamid Salhi, véritable gentleman sur le terrain qui lui fait gagner une cinquième coupe d'Algérie en 1980 !L'Entente a profité de la réforme sportive de l'année 1977/1978 pour se doter de moyens supplémentaires qui vont lui permettre de remporter son deuxième titre de champion d'Algérie en 1986/87.Mais grisé qu'il était par le succès et connaissant des problèmes d'organisation, pour la première fois de son histoire, le club tombe en deuxième division. La traversée du désert ne dure qu'une année et c'est l'aventure africaine qui attend ce prestigieux club. La saison 1988-1989 sera ainsi une saison extraordinaire avec la consécration africaine. L'Entente va à la redécouverte de l'Afrique et des terrains difficiles sans oublier l'arbitrage qui était à l'époque très partial. Tous ces aléas ont motivé les joueurs à aller au bout de cette aventure passionnante.Au final, l'Entente remporte la coupe d'Afrique des clubs en surclassant la redoutable équipe nigériane d'Iwanwanu. Le récit s'arrête hélas à l'anniversaire du trentenaire de l'Entente et laisse le lecteur sur sa faim. En amont, l'auteur a un peu négligé de nous donner un aperçu du club qui a précédé l'ESS, à savoir l'USFMS, et aussi de dresser des portraits des personnalités citées qui ont marqué l'Entente. Mais, pour l'essentiel, l'auteur réussit à nous attacher à la saga de «Kahla ou Beïda» (noir et blanc) dont l'histoire est aussi contrastée que les couleurs. Omar Mokhtar Challal, «L'Entente au coeur, 1958-1988 : un trentenaire historique», Casbah Editions, Alger, 2015.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Slimane Aït Sidhoum
Source : www.elwatan.com