Le sommet d?Alger ne sera pas marqué du sceau de l?histoire même s?il a fait souffler un petit vent de réformes au fonctionnement de la ligue arabe, ce qui n?est quand même pas rien quand on sait que l?organisation végète depuis soixante ans dans des structures sclérosées. Mais la pertinence des changements s?appréciera à l?aune des réalités arabes et, à ce niveau-là, ce ne sont que des pesanteurs d?une lourdeur extrême. Totalement désuni, soumis à des régimes musclés - impopulaires pour la plupart - et livré aux appétits locaux et étrangers, le monde arabe n?a fait émerger que l?hypocrisie, y compris sur la question palestinienne censée être sacrée et fédératrice. En rejetant « l?offre de normalisation » du sommet d?Alger qui l?a subordonnée à la restitution des terres occupées, Israël a bien compris que sa stratégie usitée jusque-là est la plus payante : sans concession, il peut « faire tomber » un à un les pays arabes par le biais de paix séparées ou des échanges diplomatiques ou économiques. D?une manière ou d?une autre, une bonne moitié des Etats de la région est déjà dans le giron israélien. Ceux-ci ont certainement pesé hypocritement pour que le sommet d?Alger n?aille pas plus loin qu?un appel à Tel-Aviv et n?utilise pas des moyens coercitifs pour faire plier l?Etat hébreu, notamment le pétrole et les capitaux déposés dans les banques occidentales et chiffrés à 1200 milliards de dollars américains. Dans le contexte actuel de crise économique et énergétique, de telles armes ne feraient-elles pas reculer le sionisme mondial ? En matière d?hypocrisie toujours, relevons aussi les défaussements arabes sur les questions-clés de la démocratie, des droits de l?homme et du statut de la femme. Le sommet d?Alger s?est contenté de réaffirmer les principes généraux à travers de banales généralités, s?abstenant de faire un diagnostic précis de la situation catastrophique régnant à ces niveaux. Les conférenciers se sont bien gardés de proposer des mesures concrètes - avec un échéancier - susceptibles de freiner la descente aux enfers en matière de libertés démocratiques. Les grands du monde arabe ont quitté Alger sans s?expliquer, sans avoir rendu des comptes et sans aucune obligation pour l?avenir. Le même rituel depuis soixante ans. Les Algériens, eux, auront quand même la satisfaction de retrouver une capitale bien embellie par ces deux jours d?une joute bien dérisoire.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com