Cette baguette qui nous fait tant courir !
France Export Céréales (FEC), le premier fournisseur de l’Algérie en blés tendre et dur, a organisé, hier, à l’hôtel Sheraton d’Oran, une journée d’étude portant exclusivement sur l’adéquation entre le blé français et le pain algérien.
L’Algérie a importé environ 93% du blé français de la campagne 2005/2006 et 73% de celle de 2006/2007, apprend-on auprès des responsables de la FEC. Nonobstant la fidélité du client algérien, qui est parmi les cinq premiers consommateurs de blé dans le monde, les avantages qui lui sont accordés restent infimes, voire inexistants, ont déclaré les protagonistes algériens. Interrogé à ce sujet, le chef de l’entreprise Mitidji, Pdg du Groupe des moulins éponyme, a déclaré que «même si on a culture commune de la baguette avec les Français, il ne faut pas que ces derniers nous guident à la baguette». Et d’ajouter: «France Export Céréales devra épauler son partenaire algérien, surtout dans le domaine de la formation des techniques de meunerie et dans l’installation d’une cellule d’écoute des échos des marchés mondiaux pour établir une stratégie qui se veut future car l’injection des milliards de l’argent public pour soutenir la consommation n’est ni soutenable ni souhaitable dans un avenir proche». Dans son intervention, le Pdg du groupe Mitidji a également parlé du «partage d’une visibilité commune entre les partenaires français et algériens des prix du blé à moyen et court termes», notant que «l’état actuel du partenariat fragilise la filière et la viabilité des entreprises algériennes du domaine. Il faut savoir que 1,5 milliard de dollars US sont fournis par l’Etat, chaque année, pour maintenir le prix de la baguette à environ 9 dinars».
La production US du maïs est, par ricochet, le régulateur principal du prix du blé
Sur un autre registre, le pronostic des experts français présents reste optimiste: «la production mondiale du blé connaîtra une hausse pour la campagne 2009, ce qui pourrait contrecarrer les fluctuations erratiques des prix, ces dernières années», affirment-ils. Dans cet ordre d’idées, les agriculteurs français estiment atteindre le million de tonnes. Par contre, un expert algérien a déclaré que ces estimations restent de pures élucubrations et que le marché du blé mondial est régi par des lobbies puissants qui détiennent le monopole des prix. «Le marché mondial des céréales est un vrai système chaotique; le moindre battement d’aile d’un papillon survolant le Middle West américain peut provoquer un typhon en Europe et même chez nous», relève-t-on également des déclarations des experts. Chose qui a été réconfortée par l’expert français Xavier Rousselini qui, dans son intervention intitulée «Le marché mondial des céréales: un point avant le début de la campagne 2008/09», a énoncé que «tous les indices montrent que le marché du blé mondial connaîtra une certaine stabilité en 2009, car les signes d’une belle campagne sont perceptibles, mais on ne sait jamais...». Enfin, l’optimisme des intervenants est soutenu par la réussite des semis du printemps de la Russie, la production de l’Australie qui, en extrapolant, s’annonce bonne, ainsi que par les emblavures des terres laissées en jachère, durant ces dernières années, par l’Union Européenne, le Canada et les Etats-Unis. L’essor des prix, ces dernières années, est également un bon signe pour la stabilisation des prix de la campagne 2009 puisque tous les agriculteurs ont misé sur le profit du blé avec ses deux variétés, tendre et dur. L’enjeu primordial reste néanmoins celui de la production du maïs américain. «Il est, par ricochet, l’agent principal régulateur du marché du blé», a déclaré l’expert de la FEC. Comme a dit l’autre, «si les Etats-Unis s’enrhument, les autres pays couvent la fièvre». En effet, la production du maïs pourrait connaître un recul au profit du soja et du coton. On parle, dans les coulisses des marchés mondiaux, de la revanche du soja, ce qui, indice de taille, peut augmenter le prix du blé car ce dernier sera utilisé à sa place dans l’alimentation du bétail, les industries ainsi que dans la production des biocarburants comme l’éthanol. Questionné sur le problème moral de la production justement de l’éthanol par les pays de l’UE, le Brésil et l’Amérique du Nord, ce qui entraîne de plus en plus la famine dans les pays du Tiers-Monde, les experts français ont, à l’unanimité, qualifié cette vision «de purement médiatique et de sornettes»; ajoutant que «La production française actuelle d’éthanol est de 81.000 tonnes, les producteurs hexagonaux estimant atteindre les 100.000 tonnes lors de la prochaine campagne agricole. Il faut savoir que, pendant ces premières années du troisième millénaire, la tonne de blé faisait approximativement 80 euros sur le marché mondial et 110 euros dans celui des biocarburants». Sur un autre registre, les experts algériens ont formulé le vœu que l’Etat lève le monopole sur l’importation des céréales qui est, rappelons-le, sous l’égide de l’OAIC. «Multiplier les clients est une stratégie fiable pour influer sur le fournisseur car il sera contraint de négocier avec plusieurs et de les garder, sinon il perd le marché». Le revirement de l’Etat algérien vers d’autres fournisseurs céréaliers est devenu, ces derniers temps, une hypothèse bien fondée, d’où l’inquiétude de la FEC et l’organisation de cette journée d’étude «décidée plus pour un rituel diplomatique que pour enraciner de vrais postulats de partenariat pragmatique», conclura un meunier algérien. Reconsidérer ce partenariat sera sûrement l’ordre du jour des prochains pourparlers algéro-français.
Benachour Mohamed
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com