Alger - A la une

"Je suis un passager clandestin de la littérature"



"Je suis un passager clandestin de la littérature", c'est ainsi que l'auteur invité sur le stand de l'Institut français d'Alger, s'est défini lors de la rencontre organisée en marge du Sila. Mais Jean-Christophe Rufin est un passager qui "a fini en première classe" comme il le dit si bien. Médecin de formation, humaniste de c?ur, voyageur sensible à tout ce qui se passe autour de lui, cet académicien de renom ? le plus jeune académicien élu en 2008 -, historien, diplomate, conseiller ministériel, romancier de talent ayant à son actif, entre autres : Check Point, Katiba, L'Abyssin, Globalia a été lauréat du Prix Goncourt du premier roman, et autres distinctions.Cette rencontre a permis d'en savoir plus sur le riche parcours de ce médecin qui a choisi cette profession d'abord pour faire comme son grand-père qui était "médecin à une époque où certes la médecine n'était pas efficace mais elle était humaine". Il nous apprend avec humour qu'il pensait naïvement que la médecine était un métier littéraire, un engagement, un art, mais il s'est avéré que non ; c'est devenu une science et c'est quelque part "tant mieux car malade, je vais voir un médecin et non un poète". Jean-Christophe Rufin, invité plus tard à L'estrade du Sila, puis le lendemain au siège de l'Institut français d'Alger pour une conférence nous apprend bien des choses sur ce choix de l'écriture, sur cette option qu'a privilégiée le médecin doublé d'écrivain de prendre en considération toute l'activité qui gravite autour de lui et toute l'actualité qui l'entoure et dont il en extrait la substance pour en faire un texte à lire, pour dire et dénoncer. Toujours avec une pointe d'humour, il nous apprend que "les médecins ont souvent des maladies et des malades préférés, moi je préfère les asthmatiques dans leur manière de décrire cette sensibilité qu'ils ont envers ce qui les entoure (...) mais je suis neurologue et donc même les phénomènes liés aux maladies neurologiques m'interpellent". Mais notre auteur avoue qu'il n'ose pas parler de ses patients dans ses romans car le médecin est tenu par le serment d'Hippocrate qu'il ne doit pas rompre en divulguant leurs secrets.Toujours est-il que chez notre auteur, les deux regards se croisent et sont complémentaires : "Il est vrai que le médecin écoute son malade lui raconter ses douleurs et ses maux avec force détails qu'il effacera par la suite ne gardant que l'essentiel de ce qui l'intéresse pour diagnostiquer son mal", mais l'écrivain qui se cache en Jean-Christophe Rufin prend tous les détails racontés et s'en sert comme matière essentielle à son roman. Pour lui "un personnages incarne toujours un problème" et très souvent "les romanciers perçoivent de la société des faits que les analystes n'ont pas perçu et il faut donc les écouter".Ainsi, des faits vécus dans la vie réelle de l'auteur ? rencontre avec un personnage singulier comme un consul par exemple quand on est en fonction, vivre des drames et des violences entre communautés, guerres civiles... sont rapportés d'une manière décalée et imagée dans ses romans historiques pour dire un mal, dénoncer un abus, toucher à un fléau de société ou raconter tout simplement en tant qu'auteur et faire réagir en tant qu'humaniste sensible aux maux de nos sociétés. Interrogé sur le degré de crédibilité des prix et concours actuels et sur l'objectivité des membres d'un jury, l'auteur affirme que "ce sont les lecteurs qui font la crédibilité d'un auteur et je dois dire que j'ai gagné des lecteurs fidèles qui me suivent depuis mes débuts".Samira Bendris
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)