
Abderrahmane Djalti est un chanteur qui a marqué des générations entières et qui continue d'envoûter les fans. Il vient de boucler ses trente ans de carrière avec dix-sept albums dans son escarcelle. Dans cet entretien, il revient sur sa riche carrière, en n'omettant pas de donner son avis sur la nouvelle génération d'artistes.- Vous avez décidé de célébrer vos trente ans de carrière par un concert que vous avez organisé le 30 décembre 2016 à la salle Ibn Zeydoun, à Alger...Nous n'avons pas l'habitude de voir ce genre d'anniversaire consacré aux artistes. Certains n'y pensent même pas. D'autres ont disparu sans qu'on leur ait rendu hommage de leur vivant. J'ai pris l'initiative, avec mon copain Réda Aloune, d'organiser ce concert à la salle Ibn Zeydoun. Mais très vite, nous nous sommes rendu compte que cela coïncidait avec les trente ans de ma carrière.En effet, cela fait trente ans que je suis sur la scène artistique algérienne et internationale. C'est ainsi que nous avons décidé de fêter mes trente ans de carrière, mais également pour avoir d'autres idées. Ce genre de célébration doit être organisé par tous les artistes.Tout artiste doit fêter cet événement important, à l'image des jubilés des footballeurs en fin de carrière. Mais attention, moi je ne suis pas en fin carrière ! Je suis encore jeune et j'ai encore beaucoup à donner à la chanson algérienne (rires). J'ai toujours dit que l'artiste algérien a besoin d'être accompagné dans ses projets.- Pouvez-vous revenir sur le programme que vous avez présenté à votre public lors de cette célébration ' Quel programme avez-vous offert au public ce soir-là 'Il y a eu une vingtaine d'anciens titres que mon public connaît fort bien. J'ai également présenté deux ou trois titres de mon prochain album. Il y a eu une autre grosse surprise. Concernant l'orchestre, j'allais ramener mes anciens musiciens avec lesquels j'ai travaillé au tout début de ma carrière, malheureusement certains d'entre eux ont arrêté la musique. D'autres sont partis à l'étranger.D'où l'idée de me produire avec des musiciens de la nouvelle scène algérienne. Ce sont d'excellents musiciens qui travaillent à l'oreille et à la partition. Quand l'artiste est entouré de bons musiciens, il est à l'aise sur scène et peut donner le meilleur de lui-même. Par ailleurs, je tiens à signaler que je ne vais pas priver mon public à Paris. Je vais organiser le même événement, en mars ou avril 2017, au Centre culturel algérien de Paris.- Quel bilan de ces trente ans de carrière faites-vous 'Trente ans, c'est toute une vie. C'est comme les montagnes russes, ça descend et ça monte. J'ai fait des albums qui ont réussi et d'autres qui n'ont pas eu le succès escompté. Dans la vie d'un artiste, il y a des hauts et des bas. Des réussites et des échecs. Quelquefois, il y a des titres qui sortent au moment opportun.Le plus important pour moi, au cours de ces trente ans de carrière, c'est que j'ai donné le meilleur de moi-même. J'ai travaillé avec mes tripes. J'ai fait mon devoir. J'ai d'autres ambitions à concrétiser pour offrir à mon public d'autres nouveaux titres. D'ailleurs, je compte gratifier mon public, en 2017, d'un autre album, avec une nouvelle approche. Il faut dire que je ne suis jamais satisfait de ce que je présente au public algérien.Au fond de moi-même, je me dis qu'il y a toujours des choses qui manquent.L'artiste algérien a toujours été abandonné. Tout ce qu'il présente au public, il le fait en solo. Il faut reconnaître que depuis 2005 et 2010, je constate qu'il y a un système qui a changé par rapport à la prise en charge de l'artiste par certains organismes privés et publics. L'artiste se sent désormais plus confiant de par cette prise en charge.Quand je fais le bilan de ma carrière, je me rends compte que le plus important pour moi, c'est ce que me renvoie le public. D'ailleurs, dans mon dernier best-of, j'ai remercié à travers une chanson mon fidèle public qui m'a accompagné dès le début de ma carrière jusqu'à aujourd'hui. Je suis satisfait à 60%, mais pour réaliser les 40% restants, il y a encore du chemin à faire.- Quel est votre regard sur la nouvelle vague d'artistes algériens 'Il faut dire qu'il y a le problème de la nouvelle tendance de la scène artistique algérienne. Les nouveaux groupes font un travail remarquable. Ces artistes ont de belles voix et présentent de beaux textes. Mais le véritable problème réside dans le manque de scènes. Je l'ai toujours dit à chacune de mes interventions, l'artiste n'est sollicité, malheureusement, que pendant le Ramadhan ou la saison estivale.Le reste de l'année, tout s'arrête. Je parle en général. Je pense que dans un aussi grand pays, avec plus de 1400 km de côte, les festivals ne devraient pas s'arrêter. Il est vrai qu'aujourd'hui nous sommes atteints par la crise, mais avant aussi la scène manquait d'activités.Quand un artiste passe sur scène une ou deux fois par an, il y a un grand point d'interrogation. Avec 48 wilayas, l'artiste ne devrait pas chômer. Il pourrait travailler toute l'année. L'artiste est découragé. Je vais prendre mon exemple : quand je vois aujourd'hui comment je suis bien entouré, cela me motive, me booste à produire davantage et à améliorer ma situation artistique.Il y a des artistes qui supportent cette marginalisation et d'autres pas. L'autre chose qui bloque l'artiste algérien, c'est l'absence de chaînes de télévision spécialisées dans la musique. Nous n'avons que des chaînes spécialisées dans le sport et la politique. Il faudrait essayer de penser à créer ce genre de chaînes en faveur de la musique.- Avez-vous songé à changer de style musical 'Je sais qu'on doit suivre son temps. Dans la musique, il y a un public avec lequel j'ai grandi. Je ne dois pas le trahir en changeant de style. Je compte garder l'âme de mon style, tout en apportant de nouvelles sonorités. Il est tout à fait normal qu'on se mette à jour avec la technologie de l'heure. Il y a de grands artistes qui font des duos avec la nouvelle génération, tel Charles Aznavour.C'est un honneur de participer avec la nouvelle génération à travers de nouvelles idées. Je peux toujours apprendre au contact de cette nouvelle génération. Pour preuve, les jeunes musiciens qui travaillent avec moi. Il faut qu'il y ait une fusion avec la nouvelle scène artistique algérienne.- La chanson sentimentale algérienne existe t-elle 'Je suis convaincu que la chanson sentimentale existe, mais son approche a changé. C'est normal. Ce genre musical n'est pas tellement apprécié par le public. Je pense que ce déclin est dû aux sms et à internet. Avant, quand on était épris de quelqu'un, notre c?ur battait la chamade quand on le voyait, maintenant tout se fait à travers le portable et la technologie. Ceci étant, je pense que quelle que soit l'époque, la chanson sentimentale continuera d'exister. Le sentiment le plus cher d'une personne, c'est l'amour. Pour ma part, je continuerai à chanter des chansons sentimentales.- Abderrahmane Djalti aime-t-il collaborer avec d'autres artistes pour des duos 'J'ai fait pas mal de duos durant ces trente années de carrière, notamment avec Karima El Saghira et Malika Meddah. Mes deux derniers duos, je les ai faits avec Hassiba Abderraouf, Zaouedj bentna et Boutayba Seghir. Je pense que les duos font partie de la carrière artistique. Dans mon prochain album, je prévois trois duos, dont un avec une nouvelle voix algérienne très prometteuse. Et puis, ne dit-on pas que la vie est faite de duos (rires) '- Après votre première expérience réussie dans le cinéma, avez-vous été sollicité par la suite par un éventuel réalisateur 'Malheureusement, après ma première expérience dans le film du regretté réalisateur Djamel Fezzaz, Lahn El Amel (Mélodie de l'espoir), je n'ai pas été sollicité. Quand ce film sentimental est sorti sur les écrans en 1993, il a eu un grand succès. Je ne sais pas pourquoi plus personne ne m'a contacté par la suite. Peut-être que certains réalisateurs pensent qu'ils ne peuvent pas le faire. J'ai toujours dit que j'étais disponible pour faire d'autres films et incarner d'autres rôles et dans n'importe quel style de film.A l'époque, le regretté Djamel Fezzaz m'avait dit que j'avais, certes, joué mon côté artistique, mais que je pouvais camper d'autres rôles intéressants. Nous devions faire la suite de ce film, hélas la mort l'a fauché. Ceci étant, j'ai toujours de l'espoir de faire d'autres films. Je suis disponible quant à d'éventuelles propositions. Je reconnais que cela sera un peu difficile pour moi après la comédie musicale Mélodie de l'espoir. En toute humilité, je dirais que ce sera difficile pour moi de jouer dans n'importe quelle production.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nacima Chabani
Source : www.elwatan.com