Lila Borsali est la présentatrice de «Jarka», la nouvelle émission de la Télévision algérienne sur la musique andalouse et ses dérivées, dont le chaâbi et la chanson kabyle. Le premier numéro de cette émission a été consacré à Hamdi Bennani. L'artiste andalouse, dans cet entretien, parle également de l'art, de la musique et de la vie de l'artiste en général, en ces temps de pandémie et avant.Le Soir d'Algérie : Une idée sur votre nouvelle émission «Jarka» et sur la signification de son nom '
Lila Borsali : Une émission de cet ordre se devait, à mon humble avis, de porter un nom qui la symbolise. Comme chacun sait, «Jarka» est l'intitulé sous lequel on désigne un des modes musicaux andalous, dont l'origine, perse, explique qu'il soit connu et pratiqué dans tout le monde arabe. Personnellement, j'avoue que j'ai un penchant quasi affectif pour ce mode. À telle enseigne que c'est sous ce même mode que, d'un commun accord avec le Pr Toufik Benghabrit, qui en a composé les paroles, nous avons choisi de placer la nouba que nous avons créée Pour l'espoir en 2018. Par ailleurs, c'est un peu le fait que, relativement aux autres modes, il garde, au c?ur de la richesse et de la diversité qui le caractérisent, une certaine part d'inconnu, je dirai presque de «secret» prêt à être révélé pour peu qu'on le sollicite, que symboliquement nous l'avons choisi comme titre de l'émission. C'est pour nous une façon de faire de cet espace celui à la fois de la valorisation comme de la découverte de tout ce qui fait la beauté et l'étendue artistiques de la musique andalouse comme le talent de ceux qui la pratiquent. Notre ambition au cours de cette émission est d'offrir à nos téléspectateurs un regard le plus large possible sur notre patrimoine musical andalou, aussi bien en termes de diversité spatiale, géographique que d'expressions artistiques. En d'autres termes, partant de la thématique centrale qui est tout ce qui caractérise proprement ce même patrimoine, nous tenons à mettre en valeur aussi des musiques qui en sont les dérivés ou, pour faire encore plus large, des pratiques musicales qui, par leurs composantes, ont capacité à «dialoguer» avec la vie andalouse.
En quelques mots, ce sera pour nous une façon de dire que la musique n'a pas de frontières, que l'art est un langage universel, celui commun à toute l'humanité.
Les noms des prochains artistes invités '
Nous préférons les dévoiler au fur et à mesure. Effet de surprise. Nous pouvons tout de même avancer l'idée que les portes de l'émission seront ouvertes à tous ceux qui acceptent d'y participer et d'ajouter avec nous une pierre à l'édifice de la connaissance d'un domaine aussi vaste (en termes de production, de contextes historiques, d'actants, etc.) que celui du patrimoine poético-musical andalou.
À cet effet, nous avons l'honneur, durant tous les premiers numéros de l'émission, de recevoir d'abord des figures déjà notoirement connues par l'apport qui fut le leur à cette connaissance et à sa pratique. Une façon pour nous de leur rendre hommage et de capitaliser par le dialogue leur savoir et leur expérience en la matière. Mais, évidemment, dans la continuité, nous recevrons également des artistes qui, pour n'être pas encore connus de tous, n'en sont pas moins talentueux.
À ceux-là, nous réserverons une écoute particulière, celle qui visera à dépister la fraîcheur, voire même l'ingéniosité de leurs productions. Pour reprendre une expression qui nous est chère, nous les écouterons avec plaisir dans la rubrique «Patrimoine EST créativité» ! Cela résume toute notre attente face à tous ces nouveaux talents.
Comment Lila Borsali a vécu (et vit) le confinement et l'arrêt des activités culturelles et artistiques, notamment les concerts '
Il est certain que la pandémie que nous vivons à l'échelle mondiale a impacté nombreux domaines et plus particulièrement ceux dont la raison d'être se nourrit de la relation à l'autre, de la relation à la collectivité. Un concert est bien entendu pour un artiste l'espace par excellence d'échanger avec son public le produit d'une recherche, d'une expérience musicale, intimement nourrie dans son univers personnel. Cette relation lui est indispensable, l'artiste en a un réel besoin. Vous imaginez bien le vide que ça a pu laisser chez nous. Mais nous avons essayé de pallier cette situation en testant d'autres modes de fonctionnement que celui du présentiel. Par exemple, personnellement, avec mon orchestre, nous avons fait une «rentrée en nouba», que nous inscrivons traditionnellement dans nos programmes tous les ans, en digital. Notre public en a été très heureux.
Au «bon vieux temps» d'avant la pandémie de Covid-19, vous avez participé à l'hommage à l'artiste Meriem Fekkaï, à l'Opéra d'Alger...
Oui, nous avons eu l'honneur et le grand bonheur de participer à cet hommage à une grande dame de la musique, organisé par la Fondation Cheikh-Abdelkrim-Dali, un sublime spectacle sous la direction de
M. Naguib Kateb. Nous pensons très sincèrement qu'il faut sans cesse rappeler aux esprits que notre patrimoine est jonché de grands noms, de références qui sont autant de catalyseurs pour booster la jeune production. En plus, s'agissant d'une femme, la motivation était encore plus grande (rires).
On voit toujours la violoniste Leïla El Kebir dans votre orchestre. Pourquoi '
Leïla n'est pas seulement «dans» l'orchestre, elle est l'orchestre lui-même puisque c'est elle qui le dirige... je dirai d'une main de maître et avec une sensibilité particulière. En plus, Leïla El Kebir est ma manager, nous faisons équipe pour tous nos projets et les liens fraternels qui se sont tissés entre elle et toute ma petite famille ont fait d'elle un membre à part entière de notre noyau familial.
En peu de temps, vous avez réussi à vous imposer dans un genre musical réputé pour sa rigueur et où les hiérarchies sont bien établies. Le secret '
Le seul secret, c'est le travail, le travail encore, le travail toujours. Avec, en sus, le respect de tout ce qui a existé avant nous et que nous devons connaître, explorer, étudier, pour se donner les moyens de s'inscrire dans la continuité. Et quand nous disons «continuité», c'est pour faire référence à la possibilité d'inscrire sur cette longue chaîne artistique des choses nouvelles qui ne la brisent pas, mais, au contraire, qui l'enrichissent. Puis-je me répéter ' Patrimoine EST créativité.
Après le succès de votre collaboration avec le Dr Tewfik Benghabrit, avez-vous l'intention de continuer dans cette démarche, celle de la création '
Oui, nous avons déjà un projet en chantier qui n'est pas encore arrivé à maturité. C'est pour nous un réel plaisir de travailler ensemble, car nous partageons la même vision concernant le patrimoine. Et aussi le même espoir de voir ce patrimoine ouvert à tous ceux, toutes catégories d'âge et de sexe confondues, qui souhaitent s'en imprégner.
Personnellement, pensez-vous qu'avec un travail collectif de spécialistes (compositeurs, musiciens, musicologues, etc.), il est possible d'arriver à la reconstitution des noubas disparues ou de créer des noubas qui pourraient leur ressembler '
C'est une question qu'il faut poser à toute la communauté musicale, experte en ce domaine. Il s'agirait de mettre en place un vrai centre de recherches, à composante pluridisciplinaire. C'est un très gros projet. Les compétences existent, elles sont néanmoins dispersées, et il suffirait d'un espace spécifiquement attribué à la question pour lancer de vraies investigations qui mettraient fin à de nombreuses hésitations, voire même des supputations.
Il y a, peut-être, des noubas qui ont disparu chez nous et pas chez nos voisins tunisien ou marocain...
Je n'ai pas une grande connaissance du patrimoine de nos voisins, je ne peux donc pas m'avancer là-dessus, quant à nos noubas, on en a effectivement ou certainement perdu quelques-unes mais je pense qu'il n'y a pas eu assez d'études approfondies pour définir l'étendue de la perte.
Dans une musique traditionnelle indienne, il y a 24 ragas, une pour chaque heure de la journée (et de la nuit)...
C'est une information intéressante qui mériterait de s'y pencher et d'essayer de faire un parallèle avec notre musique.
Un album en projet '
Beaucoup de projets en cours... Mais sortons d'abord de la pandémie...
Entretien réalisé par Kader Bakou
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kader Bakou
Source : www.lesoirdalgerie.com