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J'ai manifesté pour le Prophète et j'ai cassé contre dawla



J'ai manifesté pour le Prophète et j'ai cassé contre dawla
El Watan Week-end est allé à la rencontre des jeunes qui ont manifesté, vendredi dernier, à Alger : sans diminuer de la gravité de la démonstration de force des islamistes, des slogans de l'ex-FIS et les réminiscences des années 1990, il reste que des jeunes sont sortis aussi pour défier les autorités et leur «arrogance». Témoignages sur un malaise social explosif.«Il y a quelques mois, les policiers manifestaient pour leur salaire. Vendredi, pendant la manif', ils ont blessé quatre gars de mon quartier : l'un a une fracture à la main, l'autre a été violemment matraqué au torse. Saïd mon ami a reçu des coups au ventre à trois reprises, il est toujours au lit, le dernier, c'est Rida, le pauvre nouveau marié, on l'a blessé au visage. Et tout ça parce qu'on est sortis glorifier notre prophète ' Comment voulez-vous qu'on respecte une institution pareille '» Amine a 24 ans. Il raconte, sans complexe, avoir, lors de la marche de vendredi dernier, participé à la casse de l'hôtel Es Safir et voulait investir l'Institut français.Pas «contre la France», mais «contre cet Etat qui travaille avec la France». Point commun à tous les manifestants qui ont marché pour exprimer leur soutien au prophète et condamner les caricatures de Charlie Hebdo, qu'ils aient ou pas répondu à l'appel des salafistes : ils pensent envoyer un message à des autorités auxquelles ils estiment ne pas avoir à rendre de comptes. «Ramtane Lamamra a marché à Paris pour les impies, et nous qui voulons marcher pour notre Prophète, on nous l'interdit '», s'emporte Chakib, un Algérois de 23 ans.Après avoir arrêté sa scolarité au lycée, il n'a pas trouvé d'emploi. «Vous voyez ma s?ur, je n'ai rien d'un khwandji, je n'ai pas de barbe, je m'habille à la mode, j'ai une copine, mais je ne tolère pas qu'on touche à notre dignité. Mohamed est la personne la plus sacrée pour toute la nation musulmane, pourquoi est-ce qu'ils font cela alors qu'ils savent que ça nous embarrasse '» Samir, 24 ans, et ses amis de Bologhine sont aussi sortis, sans avoir jamais vu les caricatures.Jets de pierres«??Les khos, demain il y aura une marche. On dit qu'on a injurié Mohamed. Je ne sais pas de quelle manière, mais sortons avec eux ! '', voilà ce qu'on nous a dit», rapporte Samir qui, d'après son ami, projette de se marier et «de devenir un musulman pratiquant, avec une barbe et un qamis». A Belouizdad, Djamel, 28 ans, vendeur dans un bureau tabac, a choisi de descendre dans la rue «pour le prophète», mais aussi «pour faire la guerre à doula».«Je ne lis que l'arabe et j'ai su à travers le journal Echourrouk qu'une marche était organisée pour glorifier notre guide spirituel qui a été blasphémé par ces impies de Français, et comme la mosquée El Mouminine, le point de départ prévu n'est pas loin de chez moi, je suis allé pour être aux côtés de mes frères.» En survêtement et veste en cuir, Djamel ajoute : «Puisque je ne fais pas la prière, je suis allé rejoindre mes frères juste après avoir déjeuné. Quand je suis arrivé, des manifestants affluaient déjà de Belcourt, de la mosquée Seïf El Islam vers El Mouminine, là où il était prévu que Hamadache fasse sa prière.Beaucoup de barbus et de ikhwa, qui ne sont pas spécialement de ces quartiers-là, sont venus en scandant des slogans des années 1990 que j'ai moi-même déclamés avec eux. Et puis j'ai jeté des pierres sur les policiers.» Avec les autres, il a aussi crié : «Chouaki chouhada !», sans vraiment en comprendre le sens, juste parce que ça lui «plaisait». Hakim, chômeur de 22 ans, rencontré à la rue Larbi Ben M'hidi, résume toute la complexité de la situation. «Au départ, la marche était pacifique.Les femmes nous devançaient avec des youyous, on ne récitait que la chahada, un des piliers de l'islam, on glorifiait notre sauveur de l'au-delà. Et puis, les barbus sont arrivés de la mosquée El Mouminine, certains avec leur tenue afghane. Ce sont eux qui ont récupéré la manifestation.» Yassine, un ami de Hakim, ajoute : «C'était le genre de barbus qui font peur, avec des cheveux longs et du khol aux yeux. Ils essayaient de semer la fitna.L'un d'eux m'a dit : ?Prouvons à l'Etat qu'on est toujours là, appelons à la libération de nos frères détenus. '' Nous, on appelle la police dawla, eux disent taghout ! Ils étaient très organisés : ils travaillaient ensemble et à chaque appel à la prière, ils quittaient la foule pour aller prier, puis revenaient pour continuer leurs prêches, et la plupart des jeunes qui les suivaient étaient des mineurs».LynchageDevant la Grande-Poste, un autre groupe d'amis accepte de témoigner. Amine, 23 ans, qui est sorti «défendre le Prophète», comme il le dit, se vante d'avoir scandé des slogans de l'ex-FIS. Et il le dit aussi, sans savoir vraiment pourquoi. «Il n'y avait pas que moi, tout le monde suivait le mouvement !», essaie-t-il de se justifier devant ses amis qui se moquaient de lui : «Il ne fait même pas la prière, il ne sait rien de la religion.S'il trouve un moyen de partir, demain il sera de l'autre côté de la Méditerranée. Lui et la grande majorité des manifestants sont sortis faire la guerre à la police, profiter du ?'mouvement'' pour voler, c'est tout.» Pour eux, s'il y a eu de la casse, c'est parce que la police «voulait arrêter la marche». Mohamed, 22 ans, en est persuadé : «Ils veulent que ça dégénère, c'est fait exprès pour voir notre pays périr. Je ne fais pas confiance à ces policiers.Quelques-uns en civil, qu'on connaît et qu'on a l'habitude de voir, étaient en train de nous filmer, je vous jure que l'un d'eux nous lynchait avec des pierres pour filmer nos réactions, on aurait dit qu'ils étaient en train de nous étudier.» Karim, 30 ans, de Belcourt, se réjouit que la manifestation «ait dérapé» : «Je n'attendais que ça, lapider les policiers m'amuse, de quoi me venger pour deux trois retraits de permis et des fouilles nocturnes !»Un autre jeune, qui a refusé de révéler son identité, ajoute : «Notre gouvernement ne comprend rien sans la violence, c'est d'ailleurs ainsi qu'il nous traite. Oui, j'ai participé à la casse, mais ce n'est qu'un message à nos gouvernants, pour leur dire : si une bande de petits voyous arrive à vous faire vivre cet état de stress, imaginez si le peuple se décide à bouger '»Rien à perdreBilal, 23 ans, veut aussi témoigner à visage découvert. Pour joindre le geste à la parole, il sort sa carte d'identité et demande «que son nom soit écrit» : «Si le FIS revient vraiment, moi, je serais aux premiers rangs ! C'est la seule manière de faire la guerre à ce régime corrompu. Je veux commencer par Hamel qui nous envoie ses flics pour la moindre des choses, ensuite Ouyahia qui méprise son peuple, même une boîte de yaourt, c'est trop pour nous les fakakir, puis tous ces gouvernants qui nous regardent de haut, sans exception ! Je n'ai rien à perdre, qu'est-ce qu'ils nous ont laissé 'Et puis, ils n'en ont rien à faire de moi, ils ne viendront pas me chercher, ne vous inquiétez pas !» Avec ses amis, il rachète de l'or rue Ben M'hidi. Ils sont habillés en jean, veste en cuir, et assurent : «On n'est pas des terroristes, on n'est pas des Kouachi, on veut juste notre part du pétrole.» Hacen, 54 ans, moniteur d'auto-école à Belouizdad, connaît bien ce jeunes : «Ce ne sont pas des islamistes, encore moins des terroristes. Ils ne lisent pas la presse, ils ne savent même pas ce qu'est Charlie Hebdo, ils ne regardent pas les infos, ils sont toute la journée dans la rue et si facilement manipulables par les islamistes. Leur situation nourrit leur haine envers l'Etat et ses institutions.»


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