Ils sont venus dans les moments difficiles rendre l'espoir à leurs compatriotes pour redresser une situation dramatique ou, par leur génie, révolutionner le vécu quotidien de leurs concitoyens. Les uns ont conduit leur peuple vers le développement et le bien-être, d'autres, à l'ambition démesurée, ont fini malheureusement par enfoncer leur pays dans des problèmes inextricables. Tous ont laissé une empreinte indélébile dans la mémoire collective. Ils n'ont jamais connu le repos mais plutôt la traversée du désert au moins une fois dans leur vie, ce qui leur permet en principe de comprendre la mécanique humaine et d'apprécier à sa juste valeur la loyauté des courtisans. Objet de toutes les controverses, seul le recul historique pourra les juger objectivement selon les réalisations effectuées sous leur autorité au niveau de la tête du pays et leurs incidences sur le devenir de la nation. A certaines périodes dans la vie d'une nation, il fallait ce profil d'homme à cause aussi bien de la nature du challenge à relever que du charisme et de l'aura dont il peut se prévaloir : (Abraham Lincoln et l'abolition de l'esclavage, de Gaulle et son appel du 18 Juin, Churchill et sa bataille d'Angleterre, le Mahatma Gandhi pour l'indépendance des Indes, Bourguiba, etc...). Plus près de nous, c'est Bouteflika et sa fameuse «arfaâ rassek a ba...!», lorsque l'Algérien, traînant comme un boulet le perfide «qui tue qui ?», était considéré par la plupart des humains comme un pestiféré et avait droit au honteux couloir des gens douteux et à l'humiliation d'une tente spécialement aménagée pour lui dans les aéroports étrangers... Ces géants deviennent, avec les événements auxquels ils ont participés ou qu'ils ont contribué à créer et qui jalonnent leur passage, un repère temporel dans les chroniques. La différence fondamentale entres ces grands dirigeants, c'est leur comportement sous l'influence de la griserie des victoires remportées sur les défis relevés et surtout leur sortie de scène quand ils n'ont plus rien à prouver. Certains réagissent rationnellement et gardent leur distance avec la servilité nauséabonde des distributeurs d'éloges pour garder l'indépendance de leur volonté. D'autres, malheureusement, finissent par succomber à la perfidie des flatteries de leur entourage et se croire réellement investis d'une mission divine à tel point que la fin de l'idylle avec le pouvoir devient avec le temps difficilement perceptible et envisageable. D'ailleurs, la cour des laudateurs est là justement pour qu'elle devienne un feuilleton dont la fin est reportée après chaque épisode qu'on croyait ultime. Fascinés par l'étendue du pouvoir temporel et surtout induits en erreur par des informations toujours manipulées, ils se laissent doucement s'enferrer dans les rets de la mégalomanie à la limite de la démence. La cour des opportunistes de tous bords veille scrupuleusement à inoculer la drogue de la démesure pour le maintien sous hypnose en dressant plusieurs écrans entre leur source de bien-être et le reste de la société. Sans aucune pudeur, ni sursaut de l'amour-propre, on leur accorde et on accepte honteusement la paternité de n'importe quel acte de la vie courante, (des fois on n'hésite même pas à affirmer qu'ils sont pour quelque chose dans les caprices de la météo !). Les mérites de la bonne gouvernance du seigneur sont vantés hypocritement à satiété pour rendre la remise de la tournée pour la énième fois incontournable. On devine aisément sur quoi va déboucher le gavage ! Ce sera peut-être la fois de trop. On lui fera croire et même admettre qu'il est la providence incarnée capable de gérer toute situation, même en dehors des limites de la capacité humaine, et que son règne doit être prolongé ad vitam aeternam dans l'intérêt du pays qui ne peut connaître que le chaos après son départ. A l'orée de la sénescence, une inéluctable étape contre laquelle on ne peut rien, on ira jusqu'à lui jurer que toute la nation reconnaissante réclame la désignation de son fils comme héritier exclusif du pouvoir ! L'histoire nous enseigne comment finit ce genre de dynastie. Etre un visionnaire est sans doute la qualité principale d'un grand homme d'Etat. Elle doit surtout lui dicter d'être très vigilant quant à la température ambiante pour appréhender à temps les prémices de changements. Le plus malin est celui qui percevra l'indicible moment de quitter la table avant d'abdiquer par lassitude ou par dépit son destin à la versatilité de la foule». Le roi est mort, vive le roi» n'est pas une simple boutade ! On reste perplexe lorsqu'on étudie leur parcours avec leur puissance qui semblait incommensurable et éternelle, mais surtout, l'étape ultime de leur règne marquée le plus souvent par la grande solitude et l'ingratitude de la foule qui les avait adulés du temps de leurs splendeurs. La bêtise humaine les a portés jusqu'aux nues et poussait le cynisme jusqu'à les identifier à des êtres surnaturels, des demi-dieux. La fin d'une magistrature, outre son lot de critiques positives et négatives avec toutes les arrière-pensées qui les accompagnent pose un véritable dilemme : se laisser séduire encore une fois par le chant des sirènes et succomber à la perspective d'une énième aventure avec tous ses aléas, ou préserver le capital d'admiration et de reconnaissance en administrant le plus bel exemple du respect des lois et rentrer magistralement dans l'histoire par la grande porte. C'est ainsi que les grands gardent, aux yeux de leur peuple, leur immense ascendance morale et deviennent une référence historique, un personnage auprès duquel on vient se ressourcer. Un havre de savoir et de sagesse dont les conseils sont recherchés. Le temps a fait son oeuvre. Par usure biologique ou inadéquation avec les préoccupations propres à chaque génération, celle de novembre est en train de tirer sa révérence. Malgré les sacrifices consentis et les réalisations dont elle peut réclamer avec fierté la paternité, on lui prête de plus en plus la responsabilité des insuffisances pour justifier les erreurs de gestion et l'incapacité de coller à l'évolution des idées et du progrès tout court. La légitimité révolutionnaire ou historique a fait son temps, les jeunes loups réclament le passage du flambeau. Mais finalement, lui qui détient le pouvoir d'accorder des droits, a-t-il le droit d'éprouver l'impérieux besoin naturel de redevenir un simple mortel et goûter aux plaisirs de son jardin secret ? Par sincérité ou par crainte de l'inconnu sur le devenir du pays, par conformisme ou par roublardise, on fera tout pour anticiper sur ses choix intimes, le convaincre et le relancer pour parachever certains rêves. Une campagne de soutien est vite mise en place et on bat le rappel des troupes. L'opportunité est saisie au vol pour se positionner sous le feu de la rampe, d'autant plus qu'il pourrait y avoir des avantages à engranger ou simplement des intérêts à préserver. Cependant, il serait plus indiqué de tempérer les ardeurs nées du triomphalisme infondé des tutelles partisanes qui ont plutôt prouvé le peu d'emprise et d'ancrage qu'ils ont dans la société et d'analyser sérieusement notre système électoral. La formule de «tête de liste» a ébranlé sévèrement le concept de militant et donc déstabilisé les structures de l'assiette électorale. Exit la culture de parti et la discipline de groupe, le militant devient «un chercheur de tête de liste» ! Qu'importe le flacon... Les scores des dernières élections, pourtant locales, c'est-à-dire avec des enjeux concrets et directs, capables de faire turbiner à plein rendement les redoutables moteurs de mobilisation du tribalisme et du chauvinisme n'invitent pas à l'optimisme quant aux comportements de l'électorat d'autant plus pour une consultation à la dimension nationale dont l'utilité manque de visibilité. La plupart des candidats ont été élus par leur tribu qui ignore allègrement jusqu'au nom du parti sous la bannière duquel s'est présenté leur poulain : on nomadise entres les différents partis à la recherche de celui qui peut offrir la position de tête de liste, le reste importe peu. Hormis ses «fonctionnaires» attitrés et quelques vieilles reliques encore égarées dans les parages des permanences pour s'enquérir de l'évolution de la révolution agraire, le parti est tristement réduit au rôle ingrat et précaire de ticket d'entrée aux arènes qu'on jette après la fin du spectacle. L'Algérien, cet éternel mineur aux yeux de certains tuteurs autoproclamés, jadis sensible au charme des idéologies et aux harangues des tribuns, a été arraché, contre son gré, au sentimentalisme béat par les vicissitudes du quotidien et devient, chaque jour un peu plus, matérialiste et égoïste. Le volontarisme a fait son temps. Allergique au paternalisme et à tous les discours qui n'ont aucun effet immédiat et concret sur sa subsistance, sa méthode de jugement se limite exclusivement à jauger l'incidence que peut avoir n'importe quel événement sur son pouvoir d'achat et la justice sociale; le reste ne semble intéresser que les coquilles vides des appareils de partis et autres annexes associatives. Analysée à travers cette grille de lecture, quel impact aurait par exemple une consultation sur la révision de la constitution auprès de Mr tout le monde ? Les foules qui applaudissent au passage ou qui donnent l'illusion de «boire» les discours des orateurs lors des meetings seront-elles présentes le jour du scrutin ? Dans ce cas, au lieu d'éparpiller ses moyens dans la dérive vers des objectifs facultatifs, on rendrait un grand service au pays si on consacrait ses efforts dans la redéfinition des priorités et qu'on prenne à bras le corps les problèmes de cherté de la vie, du terrorisme, de la violence, du chômage, du logement, de la santé, de la bureaucratie, de la drogue, des harraga, de la culture etc...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Amara Khaldi
Source : www.lequotidien-oran.com