-Les patrons des plus grandes firmes pétrolières, réunis jeudi en marge du Forum de Davos, considèrent qu'il coûtera désormais plus cher d'assurer la sécurité des sites de production. Dans quelle mesure pensez-vous que cela pourrait impacter les coûts des facteurs de production '
Je ne suis pas spécialiste des questions de sécurité, mais je pense que les coûts de sécurité vont augmenter aussi bien pour les compagnies pétrolières nationales qu'internationales, mais aussi pour les Etats producteurs dont les armées et services de gendarmerie devront mobiliser des moyens supplémentaires.
-Au-delà de l'aspect militaire de la sécurité, on a également évoqué les menaces que font peser sur l'industrie les cyberattaques'
On a compté plusieurs cyberattaques en 2012, mais celles-ci ciblent plutôt les objectifs politiques. Des cyberguerres opposent parfois des Etats antagonistes. Les sociétés pétrolières, qui ont un poids important pour certains Etats, sont prises pour cibles, notamment dans les pays du Golfe. On peut citer dans ce sens le cas de l'Aramco, qui a été la cible en 2012 de plusieurs cyberattaques. La première de ces cyberattaques a perturbé passablement ses opérations.
-Les questions de sécurité devraient générer des coûts supplémentaires pour les pays producteurs. Ne croyez-vous pas que ces coûts devraient aussi être assumés par les investisseurs et partenaires '
Je crois que devant la montée des risques, tout le monde devra consentir des efforts supplémentaires pour assurer la sécurité des installations. Chacun, à son niveau et dans son domaine, devra faire des efforts pour mieux assurer la sécurité à la fois du personnel et des installations.
-Ne pensez-vous pas que les incidents d'In Amenas et la montée des risques dans la région nord-africaine auront un effet sur les investissements pétroliers et gaziers dans cette zone '
Chaque fois qu'une région est en proie à des problèmes sécuritaires, les compagnies étrangères hésitent, bien entendu, à aller y travailler. Elles cherchent à garantir la sécurité de leur personnel avant toute chose. Après l'attaque terroriste d'In Amenas, le gouvernement algérien devra démontrer, aussi bien aux partenaires étrangers qu'aux travailleurs de Sonatrach, que la leçon a été tirée et que les installations seront désormais mieux protégées. Cela s'applique aussi bien au personnel étranger qu'au personnel national.
-Certains s'attendent aussi à une décélération des investissements dans la région'
Je ne le crois pas. Je pense qu'il y aura un temps d'observation et d'attente, mais je ne pense pas que cela aura un impact durable. Il est évident que ceux qui travaillaient dans la région d'In Amenas mettront un certain temps à revenir, car il est entendu qu'il y a un traumatisme. Ce sont des êtres humains et ils ne sont pas prêts à revenir si on ne leur donne pas des garanties de sécurité. Dans la région particulière d'In Amenas, il peut y avoir effectivement un flottement. Mais dans les autres secteurs en Algérie ou dans d'autres pays, ce n'est pas à cause de cette attaque terroriste que les compagnies pétrolières vont se retirer. Elles vont simplement renforcer les mesures de sécurité. Je ne pense pas qu'il y aura une décélération des investissements, juste un temps d'attente pour obtenir les assurances nécessaires en matière de sécurité et pour surmonter, dans certains cas, les traumatismes que l'attaque a provoqués.
-Vous remarquerez que l'attaque terroriste est survenue au moment où l'on s'apprête à appliquer une nouvelle loi sur les hydrocarbures dans l'objectif de relancer l'exploration pétrolière et gazière en Algérie. Ne croyez-vous pas que cela risque de contrarier quelque peu les projets ou de retarder un éventuel appel d'offres dans ce sens '
Tout le monde a noté la coïncidence entre l'attaque terroriste d'In Amenas et les discussions menées au moment même au Parlement concernant la loi sur les hydrocarbures. Je ne crois que cela était l'objectif des terroristes, ils avaient un objectif affiché clairement. Mais la coïncidence est là. Il faudrait que les autorités algériennes agissent vite pour restaurer un climat de sécurité, pour que cette nouvelle loi sur les hydrocarbures tienne ses promesses. Car grâce à cette loi, l'Algérie peut effectivement espérer une accélération de l'exploration.
Pour que cela se fasse, il faudrait agir pour rétablir le climat de confiance. Je voudrais juste préciser que l'Algérie ne constitue pas un cas isolé. Il y a au moins une vingtaine de pays dans le monde où les conditions de travail sont difficiles et, très souvent, beaucoup plus difficiles qu'en Algérie. L'Algérie a traversé avec très peu de dégâts pour le secteur pétrolier et gazier toute la décennie noire des années 1990. Il y a eu très peu d'attaques contre l'industrie pétrolière et gazière et pratiquement pas de pertes humaines dans le secteur. L'attaque d'In Amenas est une sorte d'exception. Il faut faire en sorte que cela reste une exception.
Cependant, il y a au moins vingt pays où les conditions de sécurité sont beaucoup moins assurées qu'en Algérie. Il y a des pays où l'industrie pétrolière et gazière subit depuis de longues années des attaques récurrentes comme la Colombie ou le Nigeria. Cela n'empêche pas les compagnies pétrolières de travailler dans ces pays. Je pense qu'il ne faut se focaliser sur cette dernière attaque et que dès que les mesures de sécurité seront prises par les autorités algériennes, le climat de confiance sera rétabli. L'Algérie a démontré qu'elle pouvait assurer la sécurité sur son territoire. Je ne pense pas que l'effet de l'attaque sera durable sur l'industrie pétrolière et gazière en Algérie.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Melissa Roumadi
Source : www.elwatan.com