
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, neuf ans après sa prise de fonction et à quelques mois de la fin de son mandat aux Nations unies, a (enfin) programmé un périple en Afrique du Nord pour se rendre compte par lui-même du drame quotidien de la population sahraouie. Il est donc venu! La question qui se pose dès lors est de savoir si M.Ban mettra à profit ses nouvelles connaissances de cette tragédie pour rétablir le conflit dans son véritable contexte. Ce qui pourrait se faire lors du rapport qu'il présentera en avril prochain devant le Conseil de sécurité. Aussi, les déclarations de bonne intention ou les compassions envers le peuple sahraoui [qui vit sous les tentes depuis 40 ans] seront improductives si le secrétaire général de l'ONU ne prend pas sur lui de dire en définitive ce qui se passe dans ce territoire occupé et la vérité sur l'impuissance de l'ONU à organiser un référendum conformément à la résolution 1415 (XV) du 14 décembre 1960 de l'ONU sur l'octroi de l'indépendance aux pays et aux peuples coloniaux. Aussi, c'est le contenu du rapport de Ban Ki-moon qui déterminera la suite des évènements. Que va dire M. Ban' Va-t-il inciter à une reprise des négociations' Ce qui semble le cas, dès lors que M.Ban a indiqué dimanche à Alger qu'il a «demandé à [son] envoyé spécial Christopher Ross de reprendre ses tournées afin de créer une atmosphère propice à la reprise des pourparlers» [entre le Maroc et le Front Polisario]. Et Ban Ki-moon de préciser: «Pour le règlement de la question sahraouie, à travers l'organisation d'un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui.» L'énoncé est exact - donner au peuple sahraoui de s'exprimer par le suffrage - mais le hic est que le Maroc ne veut pas d'un référendum de quelque nature qu'il soit, surtout pas transparent et loyal. Le secrétaire général de l'ONU le sait pertinemment qui ne peut ignorer que Rabat a tout fait pour imposer sa pseudo-large «autonomie» pour le peuple sahraoui dont les territoires sont occupés depuis quarante ans. Le dossier sahraoui est une question de décolonisation, ce que le Comité de décolonisation de l'ONU a réitéré à maintes reprises. Le Maroc refuse de discuter sur la base de l'organisation du référendum, dont la responsabilité a été confiée par le Conseil de sécurité à la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (Minurso) en 1991. Le Maroc a fait échouer toutes les tentatives d'organiser une telle consultation. Ce que le secrétaire général de l'ONU ne peut ignorer. Evoquant sa visite aux camps des réfugiés sahraouis, Ban Ki-moon avait déclaré que ces derniers «souffrent depuis des générations», indiquant avoir «discuté avec des jeunes qui perdent foi dans l'avenir». Il a donc vu et entendu! Et d'ajouter: «Je leur ai promis de tout faire pour que les choses avancent.» Certes! Mais les promesses n'engagent que ceux qui y croient. Et cela fait quatre décennies que les Sahraouis croient dans une ONU incapable de répondre à leur confiance. M.Ban doit donc faire plus que son possible et plus que des promesses qu'il sait sans lendemain. Il doit agir et mettre le Conseil de sécurité - en fait ceux qui entravent le processus référendaire en soutenant le jusqu'au-boutisme marocain - face à ses responsabilités envers le peuple sahraoui. C'est le moment pour Ban Ki-moon de quitter le 31 décembre prochain l'ONU la tête haute car le devoir aura été accompli. Serait-ce le cas et aura-t-il l'assurance nécessaire pour mettre un nom sur le (les) membre(s) permanent(s) du Conseil qui - par sa (leur) menace de veto - fait (font) obstacle au processus référendaire au Sahara occidental' C'est là donc que nous attendons M.Ban, qui, désormais, ne peut plus dire «je ne savais pas». Il est venu, il a vu. Aussi, doit-il dépasser des promesses qui n'engagent en rien et mettre toutes les cartes sur table telle que la demande d'une résolution qui déterminera une date butoir qui mettra au pied du mur les responsables d'un nouvel échec. Le fera-t-il' Si oui, jusqu'où irait Ban Ki-moon pour dénoncer, formellement et officiellement, les entraves qui, depuis 1991, empêchent l'organisation d'un référendum au Sahara occidental' Au terme de son deuxième et dernier mandat, le secrétaire général de l'ONU a ainsi l'opportunité de remettre les choses à l'endroit et dire quels sont les pays - sur ce dossier - qui bloquent l'ONU. Est-il en mesure de le faire' Il est permis d'en douter! Lors des quatre dernières décennies, trois SG de l'ONU ont échoué, butant sur l'obstruction de la France sur le dossier du Sahara occidental. Ban Ki-moon risque d'être le quatrième responsable de l'ONU à être ainsi mis échec et mat. Cela peut-il durer' L'ONU peut-elle perdurer si elle est de ce fait devenue le premier obstacle à la paix' Ban est venu dans nos contrées, il a vu, il est reparti. Que vat-il maintenant décider'
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Karim MOHSEN
Source : www.lexpressiondz.com