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Il est difficile pour les Français de reconnaître que leur armée a humilié le peuple algérien



Il est difficile pour les Français de reconnaître que leur armée a humilié le peuple algérien
- Celle qui vivra est une histoire qui se déroule dans les Aurès. Elle est liée à la deuxième guerre mondiale. Pourquoi ce rapport 'Après mon précédent film, La preuve, j'ai proposé à Florence Bouteloup, la coscénariste, de faire un film sur la Révolution algérienne. Elle m'a parlé alors de l'histoire de son père résistant en 1940 (contre l'Allemagne nazie). Et de là est née l'idée d'associer nos deux histoires, le destin de deux pays (Algérie, France). Le scénario de Celle qui vivra juxtapose des destins sur des périodes allant de 1940 à 1980.
- La mère (Maguit) venant sur la trace de son fils, soldat français en Algérie, mort en 1960, rencontre une enseignante (Aïcha). Les souvenirs des deux femmes vous ont servi de dérouler l'histoire du film?
Nous avons, dès le début, évoqué ces deux pans importants pour l'Histoire. La seconde guerre mondiale pour la France et la guerre de Libération pour l'Algérie. Nous nous sommes intéressés aux traumatismes que pouvaient subir des personnes en étant témoins des événements. Les deux femmes n'ont pas participé directement à la guerre mais elles ont subi leurs effets.
Elles vont se rencontrer et évoquer, chacune, leur parcours. Le douar d'Aïcha a été quadrillé un matin à l'aube par les militaires français. Un ultimatum est lancé et le dénouement est tragique. La petite fille assiste au déroulement d'une journée terrible, va voir comment son village a été attaqué et comment Simon a été tué. Simon est le fils de Maguit.
- Mais on ne sait pas qui a tué Simon. Tout est «avalé» par un fondu au noir. On peut penser que les militaires français ont massacré le village...
C'est une issue probable. Pour venger Simon, les militaires auraient bien pu décider d'éliminer presque la totalité du douar. J'ai mis le fondu au noir pour laisser au spectateur le soin d'imaginer ce qui a pu se passer. C'est un choix de mise en scène. Au début du film, je montre la violence des soldats français qui tuent un homme et une femme innocents. Donc, ce n'est pas la peur de montrer ou de choquer. A partir du moment où il était possible d'imaginer le dénouement, il n'était pas nécessaire de le montrer visuellement.
- Qu'en est-il du parallèle entre l'Allemagne nazie avec les tirailleurs algériens qui sont dans un camp et l'armée française '
Je ne pense pas qu'il ait ici un pari risqué. Je ne suis pas historien dans le sens où il y a une étude approfondie des faits historiques. Les tirailleurs algériens ont combattu en France contre l'Allemagne nazie.
De retour en Algérie, l'idée de se battre aussi pour l'indépendance de leur pays était née. C'est donc le prolongement d'un combat. J'avais envie de montrer comment les Français avaient subi la barbarie nazie et comment eux-mêmes reproduisaient vingt ans plus tard cette même barbarie.
- Votre film a été projeté à Alger et à Saïda. Quel a été l'accueil du public algérien '
Le film a reçu un accueil paradoxal. Il y a des gens qui l'ont apprécié, d'autres beaucoup moins. Dès qu'un film évoque la guerre de Libération, il y a dans l'inconscient collectif et individuel un certain nombre de choses qui sont attendues. Peut-être que le film ne répond pas aux attentes de certains spectateurs.
- Ils s'attendent à quoi, par exemple '
Eh bien, à la glorification des héros et à la violence systématique des soldats français. Ils attendent quelque chose qui correspond le plus à une forme d'imaginaire, à ce qu'ils ont pu entendre, voir et croire. Moi, j'essaie de me positionner différemment en disant qu'il existe des gens mauvais et des gens bons.
La guerre est un moment dans le temps où l'individu peut montrer tout ce qu'il y a de pire en lui. Et parfois ce qu'il y a de moins pire. Dans le village de Aïcha, le capitaine qui dirige le régiment est violent. Mais, nous avons vu les doutes et les restes d'humanité du sergent, par exemple. Le sergent ne partage pas les choix du capitaine.
- Un capitaine pris dans l'engrenage de la guerre...
Dans une configuration exceptionnelle où il n'existe aucun interdit, un capitaine peut assouvir une vengeance personnelle. Il savait parfaitement que les moudjahinine n'étaient plus dans le village ; pour répondre à une humiliation subie vingt ans plus tôt dans un camp allemand, il utilise sa position et le contexte pour se venger.
- En France, comment le film a-t-il été accueilli '
Comme en Algérie, le film a été accueilli d'une manière paradoxale. Des spectateurs ont aimé le film en acceptant l'idée que l'armée française, humiliée en 1940, se comporte de la même façon que l'armée allemande. Il y a eu des spectateurs qui sont restés sur la réserve en ayant une certaine difficulté à admettre que l'armée française ait pu commettre des atrocités en Algérie
- En France, il y a toujours de l'irritation par rapport au sujet relatif à la guerre de Libération nationale. Pourquoi '
Il est difficile pour les Français de reconnaître que leur armée a humilié le peuple algérien.
- Vous changez complètement de registre après le drame social La preuve. Visiblement, vous ne voulez pas vous enfermer dans un seul genre?
Je veux découvrir des univers différents. Chaque film que fait un réalisateur est une tentative. Parfois, les tentatives réussissent et parfois non. Ce qui me passionne, c'est d'explorer à chaque fois des domaines différents. Ce film exprime une volonté personnelle d'explorer d'autres domaines cinématographiques et aussi d'instaurer d'autres relations. C'est la première fois que je travaille avec une coscénariste. Pour La maison jaune, j'ai travaillé pratiquement seul.
Là, je réfléchis pour revenir dans les Aurès faire un film social. Un domaine que je connais bien et que j'aime beaucoup. J'ai une affection particulière pour les gens qui vivent à la campagne. Des gens simples, mais qui sont riches humainement. Pour l'instant, j'ai plusieurs pistes sur lesquelles je travaille.
- Vous aimez beaucoup tourner dans les Aurès?
C'est une région que j'aime beaucoup. Très peu de films s'y tournent là-bas. Il y a chez moi une démarche de militant qui veut faire connaître plus cette région, qui est riche sur le plan historique, mais pauvre sur le plan culturel. J'ai donc toujours ce besoin d'aller dans les Aurès pour montrer des images de cette région.
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