Ouled Mokrane ou Celle qui vivra, le nouveau long métrage d'Amor Hakkar, explore la thématique de la guerre et de ses méfaits à partir d'un angle différent.Depuis la tempête soulevée, en 2010, contre le long métrage Hors-la-loi de Rachid Bouchareb, il est devenu de plus en plus compliqué pour des cinéastes français d'origine algérienne ou maghrébine d'aborder le sujet de la guerre de libération nationale ou de l'occupation française de l'Algérie. Seuls sont acceptés ou tolérés des films comme L'ennemi intime de Florent Siri où l'on donne «un visage humaniste» à des officiers engagés dans des opérations militaires sous régime colonial. Amor Hakkar a osé aborder le sujet de la guerre avec un angle différent dans Celle qui vivra, sorti en juin 2017. Résultat : le film est attaqué ou entouré d'un silence lourd en France.
En France, comme en Algérie. Curieux, non ' Celle qui vivra a été projeté à deux reprises à Alger et à Saïda. C'est tout. L'histoire du film remonte au début des années 1980. Enseignante dans une école primaire, Aïcha (Meryem Medjkane) rencontre Maguit (Muriel Racine), venue en Algérie faire le deuil de son fils, soldat mort dans les années 1960 lors d'un siège d'un village dans les Aurès.
Enfant, Aïcha a assisté, cachée derrière un bosquet, au «spectacle» terrifiant de soldats français malmenant les villageois. Le capitaine (Nicolas Dufour) se montre impitoyable, ordonne à ses soldats de tuer le père de Aïcha, puis sa s'ur. Froidement. Il n'accepte aucun dialogue. L'officier porte en fait une ancienne vengeance qui remonte à la Deuxième guerre mondiale lorsqu'il était dans un camp allemand de prisonniers de guerre. Le capitaine ne réprime pas sa haine.
Double huis clos
Amor Hakkar raconte l'histoire des deux femmes par petites touches en dévoilant leur drame. Traumatisée, Aïcha a su péniblement surmonter son choc alors que Maguit peine à faire le deuil de son fils. La guerre, c'est aussi cela : la perte tragique d'un père ou d'un fils, l'effacement des traces d'humanité chez les militaires, ou l'irrésistible tentation du puissant d'humilier le plus faible. Le cinéaste a choisi le double huis clos, ouvert au village et fermé dans une chambre d'hôtel, pour raconter une histoire tragique construite à partir du regard et de la mémoire d'un enfant et les émotions et les souvenirs d'une mère.
D'où la tendresse de ce long métrage qui porte en lui aussi une féroce dénonciation de la guerre et de ses crimes (des crimes couverts parfois d'impunité). Connu par les drames sociaux (La maison jaune et La preuve) Amor Hakkar a montré dans Celle qui vivra que l'Histoire peut être ce domaine vaste et sans frontières où l'on peut tirer des histoires à échelle humaine simples et profondes.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fayçal Métaoui
Source : www.elwatan.com