
André Malraux, qui fut un grand ministre français de la Culture, ami et confident du général de Gaulle, affirmait qu'«un homme est la somme de ses actes, de ce qu'il fait, de ce qu'il peut faire. Rien d'autre».Hamid Grine, ministre de la Communication, décrié par certains et soutenu par d'autres, peut-il prétendre répondre à ce juste profil'Il est comme tous ces personnages de romans qui fascinent, qui ne suscitent pas le dédain tant il est différent des autres, de tous les autres. La raison tient en un mot: sa personnalité.N'importe quel psychanalyste révèlera vite ces qualités, celles de l'homme qu'il est et qu'il entend rester. Aujourd'hui, il est ministre de la République. Hier, il était, au commencement, à lire son CV, à la fois, journaliste, éditorialiste, red'chef. Comme si tout cela ne suffisait pas, il rêvait de conquérir de nouveaux horizons. Partir pour se parfaire tant il était convaincu que le succès, dans la vie, est au bout de l'effort.Il lui restait donc à apprendre l'art de la communication. Mais quelle communication' Politique' Publicitaire' Hamid ne rate pas sa chance lorsqu'un ami de longue date lui proposa un poste dans un célèbre holding français de publicité cherchant à s'installer au Maroc. Apprendre, c'est sa raison d'être. Comme Seguela ou Jacques Pilhan, les fameux communicants français. N'ont-ils pas servi admirablement en conseil en communication les présidents Mitterrand et Jacques Chirac' Seguela a créé le slogan éternel qui l'a fait monter aux cimes de la notoriété mondiale, mais aussi comme fer de lance dans son combat politique. Le slogan de «la force tranquille» restera pour toujours comme un talisman sacré.Voilà comment en trois mots et une photo, on peut créer le miracle tout en changeant le destin d'un homme. Jacques Pilhan avait, lui aussi, l'oreille de Mitterrand pour lui distiller les meilleurs conseils comme jamais un communicant ne l'a fait auparavant. Parler le moins possible, raréfier sa parole et ses apparitions, donnent, selon lui, à un Président, quand il s'adresse à l'opinion, plus d'impact, d'audience et de consistance. Va pour la théorie. Mais il faut d'abord commencer par apprendre toutes ces ficelles du vrai communicant avant d'atteindre le palier de l'Olympe: devenir un gourou de la communication.Travailler aux côtés de grands communicants qui débarquaient à «Casa» pour un week-end ou une semaine ne lui suffisait pas non plus, même s'ils portaient les plus beaux patronymes de l'aristocratie de la communication. Pour gagner ce pari, l'Algérien qu'il était, savait que descendre dans l'arène pour jouer aux gladiateurs exigeait d'abord de se préparer scrupuleusement aux rites de ce que d'aucuns n'hésitaient pas à élever au rang de religion. Comment séduire, comment gagner, se faire aimer, soigner son image de marque, choisir ses amis tout en exécutant ses adversaires, ça s'apprend et ça s'enseigne maintenant dans les plus grandes universités du monde. Seguela n'a-t-il pas signé un livre qui est devenu un best-seller même si son titre prêtait à équivoque: Fils de Pub'Plan d'attaquePour Hamid Grine, devenir le «Gourou de la République» cela supposait pour lui qu'il devait apprendre, se donner un Maître, un mentor. Avaler des dizaines d'ouvrages sur la pub. Sur le marketing. Sur la politique. Tous signés et estampillés par de grands maîtres. Ce fils de Biskra, élevé dans la douceur capiteuse des plaines du Ziban, va admirablement relever le gant. A son tour, il va imaginer et codifier son plan d'attaque. Son «plan com» comme on dit dans le jargon de la maison.Déjà repéré comme un éditorialiste aux idées novatrices, il n'est pas un novice comme voudraient le faire croire certains de ses détracteurs. Il se réinstalle à Alger. Et fort de ce qu'il a appris dans le domaine de la communication, il décide d'embrasser une - nouvelle - carrière d'écrivain. En quelques années, il finit par sillonner toute l'Algérie pour signer des dédicaces à ses nombreux lecteurs. Le succès en fait son allié dès que paraîssent dans les librairies d'Alger et de l'intérieur du pays, d'abord le livre consacré au Président Bouteflika, puis Le café de Gide suivi de Camus dans le narguilé. Ce dernier roman, édité à Paris, avait été classé premier dans les ventes pour les écrivains issus des pays francophones par la Fnac.Son passage à Djezzy en qualité de patron de la communication boostera en quelques mois cet opérateur de téléphonie mobile. Il deviendra la charpente ouvrière de chez Orascom dont le patron, l'Egyptien Najib Sawiris, dira de lui: «Quand vous voulez conquérir le coeur de millions de clients, adressez-vous à un grand communicant. Dieu merci, j'en ai un d'excellent à Alger!».J'ai eu la chance extraordinaire de le compter parmi mes amis. Et cela m'a donné toute la latitude d'esprit pour échanger, débattre, analyser et commenter ensemble maints événements et faits de l'actualité. Sa propension à scanner, décortiquer et détricoter jusqu'aux situations ubuesques m'a permis de juger toute la profondeur de ses connaissances, qu'elles soient culturelles ou politiques. Son érudition est vaste et rare dans un pays où l'élite médiatique pèche souvent par ignorance ou méconnaissance lors de débats publics. Ce n'est pas un troubadour du Café du commerce comme Alger a l'habitude d'en regorger. Il est tout à fait à l'aise pour vous parler d'un écrivain américain ou hindou, à l'aise comme peut le faire n'importe quel lecteur averti ou versé dans cette catégorie. Il tire son épingle du jeu même quand il s'agit d'aborder des thèmes qui tiennent de l'ésotérisme. Hamid Grine peut disserter des heures durant d'un sujet portant sur la vie d'Ernest Hemingway ou d'Henry Miller.Au cours d'un dîner, un grand journaliste étranger resta ébahi lorsqu'il l'entendit parler, avec toute l'aisance d'un conférencier émérite, du philosophe Schopenhauer, auteur de plusieurs essais dont L'art d'être heureux à travers 50 règles de vie. Dans ma vie algéroise, durant cinquante ans, je n'ai croisé qu'un seul homme qui ait une telle disposition à aborder avec aisance des sujets aussi complexes et... vertueux. Il s'agit d'un grand journaliste: le défunt Kheireddine Ameyar.On dit que «le style fait l'homme». Cela s'applique à merveille au journaliste, à l'écrivain et au communicant Hamid Grine. En choisissant de servir la République, il est convaincu d'aller dans le sens de l'Histoire. Aujourd'hui, il incarne à merveille son rôle dans la garde prétorienne du Président Abdelaziz Bouteflika. Qu'on le veuille ou non, c'est l'homme politicus par excellence. Cet homme sait déjà, depuis longtemps, que dans la vie, pour être aimé, il faut être aimable. Un vrai seigneur pour certaines personnes qui l'ont approché à un moment difficile de leur vie.Dans le sens de l'HistoireCiblé ou carrément attaqué, il convoque la vérité, la persuasion pour tuer le doute qui mine les esprits ou les critiques d'estaminet. Ce n'est pas un personnage de roman de cape et d'épée, comme les gens aiment tant lire. Dans les situations de crise, il sait demeurer inflexible.Autrement dit, ce n'est pas un homme à se laisser tailler en pièces.Il est capable d'incarner l'Etat, le vrai, dans toute sa splendeur.Ses convictions, sa loyauté, son courage constituent le combustible idéal de sa personnalité et de son ADN. Hamid Grine est capable de tout.Rien ne peut le faire reculer quand il s'agit de l'intérêt de l'Etat.Aucune pression ne le déstabilise, ni ne l'impressionne.Quand les choses s'enveniment, témoignent ses connaissances, le voilà reparti distribuant des claques, à gauche comme à droite, à tous ses contradicteurs.Aujourd'hui, il le claironne clairement: «Je n'ai pas besoin d'un airbag pour assumer mes décisions de ministre.» Grine est l'anti-type de responsable que l'Algérie a connu à ce jour, car il n'est pas non plus l'homme à se coucher dès la première rafale lâchée.Prétendre le noyer dans une abyssale impopularité en déversant sur lui des tombereaux d'immondices, c'est ignorer ses capacités formidables à rebondir et renverser le cours des événements. Cet homme n'a pas besoin de l'onction de quiconque pour s'assumer dans les décisions qu'il est amené à prendre chaque jour en sa qualité de ministre de la République.Communicant de première classe, il n'est pas prêt lorsqu'il est attaqué, à ranger sa grosse artillerie au placard tant il est convaincu, pour toujours, cet adepte de Nietzsche, que «tout ce qui ne tue point, rend plus fort».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ahmed FATTANI
Source : www.lexpressiondz.com