Les Jeux ont commencé
Dès l’annonce du début de Ramadhan par une association dont le regard «porte» plus loin que celui des fatwas locales légales, les commerçants ont subitement mis le feu aux poudres des produits qu’ils stockaient pourtant depuis bien longtemps, s’autorisant une marge confortable de bénéfices nets d’impôts, pour justifier les difficultés auxquelles ils sont confrontés, oubliant seulement qu’ils versent à 100% dans l’illicite et le haram à l’orée d’un mois entièrement consacré au pardon, à l’amour de l’autre, et à la crainte de Dieu. Mais Dieu et le commerce -dans l’esprit de ces requins- sont incompatibles, sinon une grande partie de nos compatriotes auraient pu passer un mois dans la dignité, sans avoir à faire des chaînes humiliantes pour repartir avec un couffin dont la plus value a certainement pris une autre destination.Le propos n’est pas de moraliser une profession ou de s’improviser objecteur de conscience dans un pays en mal d’identité religieuse, parce que certains confondent le licite, l’illicite, les folies, le djihad, les mois sacrés et Adoration de Dieu, une adoration qui fait de la valorisation du travail et de la clémence le plus sincère des rapprochements avec notre créateur. Chaque rue a «sa» mosquée, le pays est même en train de construire la plus grande après..., et le gouvernement dispose d’un ministère du Culte, mais cela ne semble pas suffire. Chaque année c’est le même refrain: les pouvoirs publics font des promesses pour rassurer -et rassurer seulement- car à une semaine du coup d’envoi, le ramadan 2008 est en train de ressembler aux pistes de Pékin où les commerçants deviennent des athlètes en compétition pour battre des records. La seule différence avec la capitale chinoise est qu’il n’y a, dans ces olympiades, aucune règle de jeu, aucun arbitrage, aucune limite à la devise des jeux «Citius, Altius, Fortius». En effet «plus Vite, plus Haut, plus Fort» semble être celle du commerce en ce mois de boulimie pour certains, et de profits pour d’autres car conscients que pour améliorer leurs comptes bancaires, il faut «faire vite, viser haut et taper fort». Si tous les ramadans qui se sont succédé ont la même caractéristique: une forte ressemblance dans la mauvaise gestion des affaires sociales, de la société, du commerce et une défaillance à la limite de la complicité des instruments de répression et de contrôle de l’Etat, le ramadan 2008 se singularise par cette déclaration d’un responsable qui pourrait postuler au Nobel de la Bêtise dans un pays où plus gros est le bœuf mieux il passe. Ainsi, selon cet illuminé, si les produits alimentaires sont en train de connaître une flambée car ramadan, c’est parce que ramadan est «tombé» à une période où la récolte tire à sa fin et la nouvelle n’est pas prête. Allant au bout de l’absurde, il ajoutera que la demande augmente de 80% et que l’offre diminue. Prenant conscience des énormités, notre expert ne donnera pas de pourcentage de la baisse de l’offre. Question à une patate, quand ce tubercule coûtait 100 dinars, la période de la disponibilité de la sardine, cette protéine du pauvre, est l’été, peut-on nous expliquer pourquoi le kilo n’est jamais descendu sous la barre des 220 dinars, alors qu’aucune demande n’a été enregistrée et qu’aucune association d’astronomie ne s’est amusée à devancer les «doutes» de nos oulémas?
La réalité est amère mais il faut la dire: Qui se soucie de qui vend quoi, à quel prix, et de quelle qualité sont les produits douteux exposés en cette période où beaucoup de décideurs passent ces merveilleux (derniers) jours d’été dans de somptueuses villas touristiques, non pas en Algérie, mais dans ces pays où l’on respecte la régulation, la distribution et où le nécessiteux a son espace sur lequel ne piétine pas l’aisé. Pour rappel, la radio algérienne a, hier, annoncé, un excédent record de 62 milliards de dollars pour le premier semestre 2008. No comment, dira Euronews.
Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com