Ki Sidi, ki Lalla
A force de s’occuper de po-litique, l’UGTA a failli oublier qu’elle avait pour vocation de défendre les intérêts des travailleurs. Au lendemain de la bipartite, tous les responsables de la Centrale avaient, dans une cacophonie qui n’avait d’égale que la portée historique de la victoire arrachée, raconté l’âpreté du combat mené, même si -bizarrerie du syndicalisme en Algérie- Sidi comme Lalla (Houkouma) avaient conditionné en chœur cette victoire (contre qui?) à l’approbation du président de la République, probablement dans une arrière-pensée électorale.Quatre mois plus tard, et une multitude d’échéances et de déchéances tout aussi éprouvantes les unes que les autres, de nouvelles promesses font douter les fonctionnaires. A la veille du mois de janvier, et alors que des dizaines de milliers de familles ont sorti leur ardoise pour calculer combien de kilos de pomme de terre ou de litres de lait ils allaient pouvoir s’acheter en plus, pour rattraper le retard, les mêmes responsables nous ont (ré)assuré que les augmentations auront bel et bien lieu en janvier, se ménageant néanmoins une issue de secours en précisant que les salaires pouvaient être versés en février, avec effet rétroactif. De quelque côté que les travailleurs se tournent, janvier leur barre la route, alors qu’il devait être la bouée de secours censée les sauver de la noyade. Depuis hier, un nouveau son de cloche est venu confirmer que la partition jouée «en concert» par l’UGTA et le Gouvernement comporte des fausses notes. Certains statuts ne sont toujours pas finalisés, et des logiciels ne seraient pas au point, ce qui risquerait d’introduire des erreurs et provoquer des déceptions. Pour détourner les doutes, Sidi a porté l’estocade depuis Aïn Defla: la Centrale est en train de plancher sur un dossier afin de préserver le pouvoir des travailleurs. Rien que ça! C’est à se demander ce qu’elle faisait quand la patate valait 100 dinars, et que les prix de la majorité des produits alimentaires, lait en premier, ont flambé. Un soutien des prix, c’est ce que cherche à proposer Sidi à un gouvernement où un certain Temmar -passé à la moulinette par Hanoune- trône en empereur. L’idée n’a aucune chance d’être écoutée, tout comme le précisera le patron de la CAP, la Confédération algérienne du patronat, qui refuse tout soutien parce qu’il considère que les subventions ne constituent pas une stratégie viable.
La CAP a raison parce qu’elle défend ses intérêts, tout comme l’UGTA est en train de défendre des intérêts d’économie-fiction. Peut-être le fait-elle de bonne foi, pensant sincèrement que les Algériens n’iraient plus se faire hara-kiri, en allant vendre les produits subventionnés aux frontières, comme ils le faisaient par le passé. Ce que ne sait pas Sidi, ce qui serait grave, c’est que seuls les capteurs d’argent ont changé. Dans l’économie sauvage qui nous tient lieu de marché c’est des meutes de loups qui se sont partagé le gibier qui était, autrefois, dépecé selon d’autres règles.
Miloud Horr
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com