Revisiter La Fontaine
L’euphorie née de l’aisance financière tant chantée -et tant décriée- est en train de laisser place à un douloureux constat: le mode d’emploi des milliards accumulés au prix d’énormes sacrifices n’est pas le bon. Le pays est riche, mais la crise persiste. Tous les acteurs politiques ainsi que les hôtes les plus illustres vous le diront: l’Algérie est sur la bonne voie et son développement est inéluctable. Certains se sont risqués jusqu’à affirmer que notre pays, hier au bord de la banqueroute, fait partie des pays qui ont de fortes chances d’être émergents. Si ces propos flattent notre ego, ils ne sont pas sans produire une impression de déjà vu qui prévient que la filouterie n’est pas très loin. Il y a une quarantaine d’années, quand le monde était divisé en bons et en méchants et que peu se souciaient de savoir qui étaient les bons et qui étaient les méchants, beaucoup de ministres et de présidents, parmi ceux qui ont aujourd’hui le destin du monde entre les mains, nous prédisaient le meilleur des avenirs. Nous avons failli disparaître, au sens propre comme au figuré. La sagesse, si nos dirigeants ont bien appris la fable de La Fontaine -celle qui raconte l’histoire d’un fromage, curieuse coïncidence- commanderait de ne pas se laisser aller à la tentation factice. L’OMC est sans doute une bonne chose, mais pour ceux qui ont de bons outils et le bon manuel, ce qui n’est pas notre cas. L’épisode de la privatisation de Sonatrach, présentée par Khelil comme étant la plus belle chose qui peut nous arriver, devrait inciter nos décideurs à se réserver un temps supplémentaire pour méditer loin du chant des sirènes. L’intermède de l’incursion de SH dans le marché espagnol du gaz a montré les limites de la mondialisation quand elle profite à des pays sous-développés. Et l’Algérie en est un. Le gel de l’opération de bradage du CPA -même si notre secteur bancaire est sclérosé et que nos cadres financiers ne possèdent aucune culture de la chose publique- prouve qu’un déclic est en train de se produire. L’ONIL qui achète la poudre de lait et qui devient le partenaire des producteurs, les nouveaux mécanismes de soutien à la semoule, le problème des huiles, du concentré de tomate et des légumes secs -qui sont en train de faire l’objet d’une étude sérieuse, loin du rafistolage et des suppressions de circonstance- rappelle une période que les Algériens ont décriée: la planification et le socialisme à visage humain. L’expression pourrait prêter à sourire, la réalité est là. Aucun pays, aussi puissant soit-il, ne peut se permettre d’affronter seul la loi impitoyable du marché international. L’Algérie, à plus forte raison. Les injonctions du FMI ne doivent pas rester gravées au fronton de notre pays comme des tablettes sacrées. L’intérêt national prime sur toute considération, et il y a urgence à renégocier. Et si le social nous est profitable, privilégions-le. La crise du lait a été révélatrice d’une incurie avérée et prouvé que des décisions ont été prises sans études d’impact fiables. Bénissons le pétrole qui nous permet d’avoir la soupe au lieu de cracher dedans et cessons ce jeu stupide qui consiste à faire peur aux Algériens.
De nouveaux sorciers nous parlent, encore, d’importer des génisses pour s’autosuffire en lait. L’expérience a déjà été tentée, par le passé. Sachons tirer les enseignements de nos échecs pour éviter de nous convaincre que nous sommes des tarés et fixons-nous des objectifs à notre portée. A chaque stade de développement, des moyens. Une vache blonde et bien grasse n’est pas forcément bonne pour nous.
Miloud Horr
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com