La carotte et le bâton
C’est un chef de gouvernement rayonnant qui a salué, hier, le patron de la centrale syndicale à l’ouverture de la 14ème Bipartite, allant jusqu’à qualifier «d’esprit responsable le partenaire social». Sidi Saïd, qui a naturellement assuré défendre les travailleurs, a répondu par les mêmes mondanités. Les deux parties, censées âprement se battre pour défendre -pouce par pouce- des intérêts «contraires», donnaient l’impression de négocier ... sur le «dos» des travailleurs, tant l’ambiance n’avait rien d’un champ de bataille. Sinon, comment qualifier des négociations, vitales pour près de deux millions de fonctionnaires et d’agents de la fonction publique, menées des deux côtés sous l’évocation de «Fakhamat Raïs El Djoumhouria» et de son programme? Si le ridicule ne tue plus, la mal-vie et la cherté de la vie ont été les tortionnaires de millions d’Algériens qui ne savaient plus vers qui se tourner quand l’Exécutif donnait l’impression d’avoir la tête ailleurs et que l’UGTA se distinguait par un silence complice, contraire à sa raison d’être. Car, continuer à évoquer, à tout bout de champ, un programme présidentiel alors qu’il s’agit de le concrétiser, relève d’un syllogisme stérile à forte connotation démagogique.
La proximité de la tenue de cette Bipartite avec les élections à venir militent en faveur d’une tentative de (re)mise en orbite d’une formation politique, donnée en proie à des tiraillements internes. Une spéculation qu’encourage la double casquette de Belkhadem qui s’était prononcé en faveur des augmentations alors qu’il n’était pas encore chef du gouvernement. Tant mieux pour les travailleurs qui ne sont pas des militants du parti FLN, à condition que toute cette surenchère faite à propos du fameux 87 bis, d’abord, et de quelques catégories d’échelles (35), ensuite, ne serve pas d’appât électoral. Une carotte, éventuellement comestible en janvier 2008 -si tout va bien- attachée au bout d’un bâton tenu par Zerhouni pour persuader les abstentionnistes de faire un effort et aller constater de visu que les élections en Algérie sont de nos jours, bel et bien, propres et honnêtes. Si les élections locales sont, de l’avis des électeurs, sans intérêts car n’apportant rien de nouveau pour eux sur le plan social, la couleur des mairies servira, au décompte final, à évaluer le poids politique de chaque formation sur une scène politique qui s’emballe le temps de quelques promesses que les candidats ne tiendront jamais, faute de moyens ou de moralité et de civisme.
Augmenter les salaires des fonctionnaires, ces parents pauvres de la société, c’est élever un pouvoir d’achat sous perfusion afin d’éliminer une cause importante de la corruption -la petite, celle qui fait le plus de dégâts auprès des citoyens. Il ne s’agit pas d’octroyer, disons 30%, et applaudir alors que l’on n’a contribué qu’à accentuer les différences entre celui qui perçoit 12.000 dinars et un autre qui en touche quatre fois plus, mais de faire en sorte que le plus démuni bénéficie d’un salaire décent qui le poussera à plus de retenue et qui, en butte perpétuelle avec sa conscience, se convaincra qu’il n’a plus besoin de soutirer, à son prochain qui n’est pas mieux loti, quelques dinars pour lui délivrer une fiche familiale qui lui permettra de toucher 2.000 dinars qui ne serviront même pas à payer le surcoût de la patate.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com