En 48, Sarkozy n’était pas né
En faisant de la non-repentance un cheval de bataille, Sarkozy est-il conscient qu’il ne fait que passionner davantage des relations algéro-françaises envenimées par la loi scélérate sur la «colonisation positive» ou n’est-il que l’otage de cercles revanchards qui ont, plus que jamais, leur mot à dire dans la politique d’un pays où le Président est trop jeune pour influer sur la décision, du seul fait de sa fonction; une sorte de ligne rouge à ne pas dépasser, comme ce fut le cas pour son prédécesseur? Dirigeant d’une grande nation démocratique, Sarkozy ne peut ignorer le contenu de la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée à Paris, six années avant le déclenchement de la Révolution qui libéra et l’Afrique, et l’Algérie. Une Déclaration qui reconnaît que «tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne», que «nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants», que «nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé», que «toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un Etat» et que «nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété».Durant la colonisation, des centaines de milliers d’Algériens ont été victimes d’assassinats collectifs. Des centaines de milliers d’autres ont été torturés, soumis à des peines et des traitements cruels, inhumains et dégradants. Des millions ont été arrêtés, détenus, exilés et empêchés de circuler librement sur les terres de leurs ancêtres par l’instauration de zones interdites. Tout un peuple, enfin, a été privé de sa propriété du fait de crimes contre l’humanité et des crimes de guerre pour perpétuer une Algérie française qui était, déjà, une nation souveraine qui entretenait des relations avec d’autres, bien avant 1830. Le préambule de la Déclaration de 1948 avertissait, pourtant, «qu’il est essentiel que les droits de l’homme soient protégés par un régime de droit pour que l’homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l’oppression». C’est, cependant, ce qui se passa. Reconnaître les faits, comme le suggère Sarkozy, c’est dénier la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine qui constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Sarkozy n’a jamais cessé de fustiger la «repentance systématique» qui «nourrit la honte d’être français». «Si je suis élu président de la République, je veux rendre hommage aux soldats qui ont combattu dans l’armée française contre la rébellion indépendantiste de 1954 à 1962", a-t-il déclaré. Des déclarations qui vont à contresens de l’histoire et qui ont conduit trois historiens français à dénoncer le refus de la repentance de la France. Coquery-Vidrovitch, Manceron, et Benjamin Stora ont noté que ce refus de repentance visait à «rallier la fraction de l’électorat la plus nostalgique de la période coloniale, souvent proche de l’extrême droite». Celle précisément qui fit peur à la France quand Le Pen arriva au second tour, en 2002. En 1992, Michel Rocard avait affirmé à la télévision que Le Pen avait «torturé» pendant la guerre d’Algérie…
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com